Appuie-mains stalles 12-13. Femme vêtue d'une robe fort simple, ouverte, en pointe par derrière et attachée par des lacets d'une façon fort originale, et, par devant, découpée en carré avec une petite fente tout à fait coquette sur un vêtement de dessous posé à plat. A la taille est une courroie à laquelle pend une jolie bourse ornée de petites boules. Elle est coiffée d'un mouchoir qui ne laisse rien paraître de sa chevelure. Ce doit être un accoutrement de femme du peuple ou de mesquine, car nous verrons plus loin (5) une lavandière porter une robe à peu près de même coupe. Accroupie, les mains croisées sur son genou droit, elle semble écouter une voisine qui raconte une histoire, ..... à moins qu'elle ne la raconte elle-même (6).

Appuie-mains stalles 13-14. Cet homme à longs cheveux et longue barbe, assis les jambes croisées, ne peut être qu'un mendiant. II a pour tout vêtement un chapeau à larges bords retroussés par devant, et un simple morceau d'étoffe artistement drapé, de manière à compléter le galbe de l'appuie-mains. Ce doit être un spécimen de l'intéressante catégorie d'individus que, dans les registres de l'échevinage d'Amiens, nous voyons qualifiés de maraux, bélistres et mendians, la plaie des villes et des campagnes au moyen âge, hôtes dans cette ville de la rue des Miracles (2), et contre lesquels la municipalité fit tant d'ordonnances restées toujours inefficaces. L'échevinage les fit notamment expulser de la cathédrale en 1506 (3).

(5) Appuie-mains 70-71.
(6) Il ne lui reste plus rien du visage.
(2) 1533 : « Et pour ce que lesdits belistres ..... et telle manière de gens se porroient logier et cachier ès maisons de plusieurs cabarestiers, hostelliers, tant en la rue des Miracles, comme ailleurs », etc. Arch. de la ville d'Am., AA 12 (reg. M), fol. 171 v°
(3) Échevin. du 13 juin 1506. Arch. de la ville d'Am., BB 20 Col. 127 v°.