Appuie-mains stalles 77-78. Encore un buveur, et ce n'est pas le dernier. Il n'a ni l'air abruti de celui que nous avons vu à l'appuie-mains 35-36, ni la passion de celui que nous rencontrerons dans le pendentif 13-14; il boit tout simplement parce qu'il a soif. Son visage imberbe, ses cheveux courts, indiquent un tout jeune homme : les manches de sa robe à col rabattu sont très courtes et bizarrement plissées : cette robe retroussée par devant laisse voir ses bras, ses jambes et ses pieds nus. Son chapeau à longs poils et à enseigne, est rejeté sur le dos, retenu par une gourmette. Il verse dans une écuelle le contenu d'un pot et vous regarde d'un air de satisfaction qui fait plaisir.


Appuie-mains stalles 78-79. « Le bon pâté! » N'est-ce pas ce que semble dire ce bonhomme à la face sensuelle qui, la main gauche levée en signe d'admiration (3), nous montre de l'autre un superbe pâté posé devant lui sur une table proprement couverte d'une nappe frangée? Aussi bien pouvait-on oublier le pâté dans Amiens (4)? L'habillement de notre gourmet est assez simple : il aime mieux un bon dîner qu'un bel habit. Il n'a pas de ceinture, pour ne point gêner la digestion.

(3) Elle est brisée.
(4) Les archives de la ville d'Amiens renferment une foule de détails sur l'importante corporation des pâtissiers et sur ses célèbres pâtés. Il semble qu'au moyen âge les habitants d'Amiens faisaient peu de cuisine chez eux et qu'ils préféraient aller consommer chez les pâtissiers les viandes toutes préparées ou les faire venir à domicile, surtout lorsqu'ils voulaient faire bonne chère.