CHAPITRE VII

STALLES

II
DESCRIPTION.


Stalles sud


Ancien Testament.

          L'histoire de l'Ancien testament se déroule, avons-nous dit, sur toutes les miséricordes, contre les parois des deux maîtresses stalles et enfin à la partie supérieure des rampes qui arrêtent les stalles basses à l'endroit des passages.
          Il est bon d'observer, avant de commencer la description, que, soit par suite d'une erreur dans le placement primitif des miséricordes, soit par un remaniement fait on ne sait quand, peut-être lors de la suppression de plusieurs stalles au XVIII° siècle, quelques miséricordes se sont trouvées interverties. Celle qui devrait occuper le n° 43 se trouve au n° 110 ; celle qui est au n° 43 doit provenir d'une des stalles enlevées au XVIII° siècle. Cette particularité laisse supposer que ce serait bien à ce moment que le changement aurait eu lieu (2).
          Le point de départ pour tous les sujets est la stalle maîtresse à droite en entrant dans le chœur (n° 1) : de là, on suit toutes les miséricordes des stalles hautes du côté sud, en allant de l'entrée du chœur au sanctuaire puis les miséricordes des stalles basses avec les passages du même côté, mais en sens inverse, c'est-à-dire en allant du sanctuaire à l'entrée du chœur; on passe ensuite à la stalle maîtresse à gauche en entrant dans le chœur et aux stalles hautes du côté nord et enfin aux stalles basses et aux passages du même côté, de la même manière qu'il a été dit pour le côté sud, en finissant par la dernière stalle basse à gauche en entrant dans le chœur, et qui porte le n° 110 de notre plan.


          MAITRESSE STALLE I. - Les huit premiers chapitres de la Genèse se déroulent sur différentes parties de la stalle maîtresse à droite en entrant.
        Jouée extérieure A. — Elle peut se diviser en deux parties principales : la partie basse, depuis le sol jusqu'à la hauteur de l'accoudoir de la stalle, soubassement entièrement plein et contenant un sujet sculpté en bas-relief,      

Notes
(1) Ajoutons pour être complet que de petites sellettes pour les enfants de chœur étaient fixées jadis le long du plancher en avant des stalles basses. Elles n'étaient sans doute pas contemporaines des stalles, et avaient dû être placées après coup. L'une d'elles portait gravé au couteau, le nom du compositeur Lesueur qui fut enfant de chœur de la cathédrale d'Amiens. Elles ont été supprimées il y a une cinquantaine d'années.
(2) Il y en avait davantage du temps de MM. Jourdain et Duval, mais depuis elles ont été remises en place. Les autres n'ont pu l'être : celle qui est au n° 43 parce qu'elle provient d'une stalle qui n'existe plus et l'autre parce qu'ayant été ajustée à sa nouvelle place, elle n'entrait plus exactement dans l'ancienne.

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mais qui appartient à une autre série que nous décrirons plus loin, et la partie haute montant jusqu'à la base de la flèche qui lui sert de couronnement. Celle-ci est entièrement sculptée à jour et garnie de sujets à personnages visibles pour la plupart aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur. C'est là que commence l'histoire de la Genèse (Pl. LIX, en Y).
          A la partie inférieure, sur quatre petites niches a, b, c, d que l'on aperçoit du dehors, les trois premières, a, b, c, ont perdu les sujets qu'elles renfermaient. Celui qui remplit la quatrième, d, représente des flots à travers lesquels nagent des poissons. Il est visible à la fois de l'extérieur et de l'intérieur, de même que celui qui lui faisait pendant, en a. Les deux autres au contraire, b et c, n'avaient face que sur l'extérieur; ils étaient adossés à un sujet unique regardant l'intérieur de la stalle et qui existe encore. Il représente des arbustes et des plantes croissant sur une sorte de monticule au sommet duquel s'élève l'arbre de la science du bien et du mal. Dans ce dernier sujet MM. Jourdain et Duval ont cru voir le Paradis Terrestre ; des quatre autres, ils n'ont absolument rien dit. Je penserais plutôt que ces cinq sujets représentaient l'œuvre de chacun des cinq premiers jours de la Création : a aurait contenu la création de la lumière, oeuvre du premier jour (1); b, celle du firmament, ou deuxième jour (2). Tel que nous l'avons décrit, le sujet central visible seulement de l'intérieur, se rapporte bien à la création des plantes, principal ouvrage du troisième jour (3). Le quatrième jour ou création des astres, avait sans doute sa place en c (4), et enfin le sujet d qui, nous l'avons vu, représente des poissons nageant au milieu des flots, s'applique naturellement à l'œuvre du cinquième jour (5). Cette manière de représenter la Création est d'ailleurs parfaitement conforme aux habitudes iconographiques du moyen âge (6), et il aurait été fort extraordinaire que, dans une représentation aussi développée de la Genèse, on ait omis l’œuvre des cinq premiers jours, et commencé à la création de l'homme. Il est très regrettable que la plupart de ces sujets aient disparu; il eût été fort curieux de voir comment le sculpteur s'en était tiré pour figurer des sujets abstraits tels que la création de la lumière ou celle du firmament, privé qu'il était de la ressource des combinaisons de couleurs dont usaient les peintres et les miniaturistes en pareil cas.
          Le reste de la jouée, sur l'extérieur, est consacré au grand œuvre du sixième jour, à la création de l'homme et à celle de la femme. Elle occupe deux sujets, ou plutôt deux groupes de plus grandes dimensions que les précédents. Dans le premier, Adam, entièrement nu, debout, dans la force de l'âge, barbu, les mains jointes, les yeux tournés vers le ciel, vient de recevoir le souffle de vie et rend grâces à son Créateur (7). Dans l'autre, Adam endormi, pendant que la femme, nue comme lui, les mains jointes (8), sort de son côté (9). L'un et l'autre sujet se détache sur une prairie plantée d'arbres et émaillée de fleurs      
Notes
(1) Gen., 1, 3-5.
(2) Gen., 1, 6-8.
(3) Gen., 1, 9-13.
(4) Gen., 1, 14-19.
(5) Gen., 1, 20-23.
(6) Cf. les miniatures des Bibles, et notamment celles du ms. 107 de la Bibl. d'Am. (Parch., 26 feuillets, 272 sur 188 mill.). Nous citerons souvent ce beau ms. qui est à peu près contemporain de nos stalles et qui présente avec elles de nombreuses analogies iconographiques.
(7) Gen., 1, 26-27.
(8) Les mains sont brisées.
(9) Gen., 1, 27-30; II, 21-25.

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représentant sans doute le Paradis Terrestre. Ils étaient jadis abrités par de petits dais qui ont été brisés.
          Enfin en haut de la jouée, et dominant toute la scène de la Création, le Seigneur dans sa gloire, debout, bénissant et entouré d'une auréole formée de nuages et de petits anges. Il porte une longue barbe et de longs cheveux, et il est nu-tête, drapé dans un ample manteau aux plis magnifiques, attaché par un fermail. Il n'a aucun insigne ni attribut. A ses côtés sont deux petites niches vides.
          Tournons la page, ou plutôt entrons dans l'intérieur de la stalle, et, sur le revers des mêmes sujets, nous verrons l'histoire de la faute. Au sommet du monticule où nous avons vu le troisième jour de la Création s'élève droit le tronc de l'Arbre de la science du bien et du mal, très curieusement agencé dans les motifs d'architecture qui font comme le fond du panneau, de sorte qu'on peut l'apercevoir de l'extérieur, à travers les pillettes qui servent de support au Créateur. Autour de ce tronc est enroulé le Serpent â tête de femme et muni de bras; à sa droite, Adam portant la main gauche à la gorge comme s'il sentait quelque chose qui ne peut passer (1); de l'autre côté, sa femme, faisant un geste de la main droite (2). Tous deux essaient de cacher leur nudité avec des feuilles de figuier (3). Ces deux sujets, qui forment la contrepartie de la création de l'homme et de la femme, étaient aussi abrités par de petits dais qui n'existent plus. Tout en haut de l'arbre, adossée au Créateur, est une délicieuse image de la Vierge Marie, debout au milieu d'une gloire rayonnante, les mains jointes, la chevelure tombant sur les épaules et posant le pied sur la tête féminine du serpent (4).
          Il était impossible d'imaginer un arrangement plus ingénieux, plus décoratif et en même temps plus expressif dans sa saisissante concision, pour rendre par la sculpture, sur une partie de meuble, les mystérieux débuts du genre humain.
          Le long du montant et du pendentif qui soutiennent le dais de cette stalle maîtresse, quatorze petites niches abritaient jadis autant de sujets sculptés à personnages, qui devaient se rapporter aux événements qui ont accompagné ou suivi le péché d'Adam et d'Ève et leur expulsion du Paradis (pl. LXXXVI). Deux seuls subsistent. Dans le premier, au milieu d'une campagne, au fond de laquelle on aperçoit un fort joli château, Adam, couvert de la tunique de peaux de bêtes dont Dieu lui-même l'a revêtu (5), moissonne un champ de blé. L'autre (6) représente Dieu le Père, barbu, coiffé de la triple couronne, couvert d'une chape à fermail, assis, bénissant d'une main, et tenant le globe du monde dans l'autre. La partie inférieure de quelques autres sujets subsiste encore, mais cela est insuffisant pour permettre de les identifier (7).
          L'histoire des fils d'Adam est racontée sur la plinthe du haut dorsal de cette même stalle et sur la rampe qui la sépare de la suivante.
Notes
(1) Nous avons vu au XIII° siècle dans les sculptures du trumeau de la porte de la Mère Dieu, Adam faire exactement le même geste. Voy. ci-dessus, t. I, P. 337.
(2) Elle est brisée.
(3) Gen., III, 1-7.
(4) Gen., III, 15.
(5) Gen., III, 21.
(6) N'est pas visible sur la pl. LXXXVI.
(7) MM. Jourdain et Duval ont supposé qu'il y avait Dieu interdisant à Adam et à Eve de toucher au fruit de l'arbre; Ève cueillant le fruit, en offrant à son mari; les coupables chassés du Paradis; Ève occupée à filer.

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          Haut dorsal. - La plinthe sculptée en demi-relief (pl. LX, en Y) représente un champ planté d'arbres, où paissent un bœuf, un cheval et un troupeau de moutons. Caïn les pieds nus et vêtu de peaux de bêtes, semble s'enfuir, armé d'une mâchoire d'âne ou de cheval dont il vient de frapper Abel. Celui-ci, une énorme blessure au front, le visage marqué d'une grande expression de douleur, tombe à terre. Comme son frère, il a les pieds nus, mais sa robe est d'étoffe avec manches ; une sacoche est pendue à sa ceinture, signe d'un progrès vers la civilisation; sa barbe est naissante pour marquer qu'il est le plus jeune : Caïn la porte tout entière et bien fournie (1). MM. Jourdain et Duval font observer avec raison que le troupeau de moutons est du côté d'Abel, tandis que le bœuf et le cheval, animaux nécessaires à la culture, semblent accompagner Caïn (2)

          Parclose 1-2. - Sur la rampe qui sépare la stalle maîtresse de sa voisine, trois groupes de personnages se rapportent à la condamnation et au châtiment de Caïn (pl. LX, en Y).
          1er groupe (3). - Le Seigneur debout (4), parle d'un air sévère à Caïn, qui l'écoute à demi agenouillé et tenant toujours l'instrument de son crime (5).
          2° et 3° groupes. - Sur le rapprochement de deux textes de la Genèse (6) les rabbins et quelques auteurs chrétiens ont édifié une légende à laquelle sont consacrés les deux derniers groupes de la rampe qui nous occupe. Lamech, descendant de Caïn à la cinquième génération, était devenu aveugle. Un jour que, conduit par un enfant, il chassait aux bêtes, il tira une flèche sur Caïn, qui, fuyant toujours le contact des hommes, était caché dans un buisson. Il l'avait pris pour une bête fauve. Après avoir maudit Caïn, Dieu avait ajouté que celui qui le tuerait serait puni sept fois (7).
          A la partie supérieure de la rampe, Caïn, vêtu de sa peau de bête, est blotti dans un buisson, tandis qu'un lapin, le vrai gibier, sort paisiblement de son terrier. Un peu plus bas, on voit Lamech, barbu, vêtu d'une longue robe avec crevés aux emmanchures, souliers en bec de cane, chapeau sur la tête. Accompagné d'un jeune enfant habillé d'une façon analogue, une bourse à la ceinture, il bande son arc (8) et vise son aïeul qu'il prend pour une bête sauvage. Dorénavant, tous les personnages seront vêtus à la moderne.
          Stalle. - A la partie haute de la parclose A, à gauche de l'occupant, un bas relief représente Noé construisant l'arche, aidé de deux ouvriers. Richement

Notes
(1) Gen., IV, 8.
(2) « Fuit autem Abel pastor ovium et Cain agricola. Gen., IV, 2.
(3) En commençant par le bas.
(4) Son bras droit est brisé.
(5) Gen., IV, 9-15.
(6) « Dixitque Cain ad Dominum : Major est iniquitas mea quam ut veniam merear. Ecce ejicis me hodie a facie terrae et a facie tua abscondar, et ero vagus et profugus in terra, omnis igitur qui invenerit me, occidet me. Dixitque ei Dominus : Nequaquam ira fiet, sed omnis qui occiderit Cain septuplum punietur..... Dixitque Lamech uxoribus suis Adae et Sellae : Audite vocem meam, uxores Lamech, auscultate sermonem meum : quoniam occidi virum in vulnus meum et adolescentulum in livorem meum. Septuplum ultio dabitur de Caïn, de Lamech vero septuagies septies ». Gen., IV, 13-15; 23, 24.- Voy. MALE, L'Art relig. du XIII° s., p. 268
(7) Cette légende est racontée tout au long dans la Mer des histoires (Paris, Pierre Lerouge, 1488 ; 1er âge, chap. XX, fol. XXVIII, v°) – Cf. JOURDAIN ET DUVAL - op. cit.
(8) L'arc est brisé.

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vêtu d'une longue robe ornée de houppettes, fendue sur les côtés avec collet crénelé et coiffé d'un chapeau aux bords découpés, costume qu'il gardera dans toutes les autres scènes, il frappe à coups de maillet sur une planche qu'un ouvrier ajuste (1).
          Sur la miséricorde (pl. LX, en Y), des flots impétueux, dans lesquels s'abîment maisons, clochers et édifices et où l'on voit flotter des cadavres humains, rendent la scène terrible du Déluge. Au milieu des eaux agitées vogue paisiblement l'arche, figurée par un bateau crénelé et surmonté d'un charmant édifice en pans de bois orné de moulures et de pignons garnis de crochets (2).

          Au bas de la parclose de gauche A, sous le siège, le corbeau envoyé par Noé hors de l'arche, se repaît du cadavre d'un animal roulé par les eaux; à travers celles-ci on aperçoit encore des cadavres humains (3).
          Vis-à-vis, contre la parclose de droite, on a figuré la colombe lâchée une seconde fois par Noé, rapportant un rameau d'olivier. Les eaux sont presque entièrement retirées, et la terre commence à apparaître riante et plantée d'arbres (4).
          Noé sorti de l'arche et offrant un sacrifice au Seigneur (5) forme le bas-relief supérieur de cette même parclose (fig. 199). Sur l'autel se consument deux brebis et deux oiseaux, pendant que Noé est agenouillé, les mains jointes, la tête découverte, son chapeau à ses pieds, les yeux fixés vers l'autel. Derrière lui, deux de ses fils ont pris la même attitude respectueuse; le troisième, Cham sans doute, est debout, chapeau crénelé sur la tête, s'appuyant d'une main sur un bâton, d'un air distrait.

Notes
(1) Gen., VI.
(2) Gen.. VII.
(3) Gen., VIII, 5-7.
(4) Gen., VIII, 10, 11.
(5) Gen., VIII, 20, 21.

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          RAMPE B 55 (pl. LXXVIII, en Y). - C'est dans les groupes qui garnissent la partie supérieure de la rampe contre la dernière stalle basse de ce côté, qu'il faut aller chercher l'histoire, trop populaire pour avoir été oubliée, de la culture de la vigne par le patriarche et des suites fâcheuses qu'eurent pour lui les premières fumées du vin (1). Ses principales phases sont pittoresquement campées et divisées en trois groupes, malheureusement mutilés par endroits.
          1er groupe. - Noé, la serpe pendue à la ceinture, enfonce un cep de vigne dans la terre.
          2e groupe. - Ayant bu du vin, il s'enivra et parut nu dans sa tente, dit la Genèse. Ici l'artiste, sans doute par un sentiment de pudeur, n'a pas pris à la lettre le texte sacré comme on le faisait souvent au moyen âge, mais il a supposé Noé, endormi par l'effet de la boisson, étendu au milieu de pampres, un gobelet rempli de la perfide liqueur à côté de lui. II n'est point nu, comme dit l'Écriture, mais couvert de tous ses vêtements qui sont seulement censés s'être relevés d'une façon indécente. Sem et Japhet arrivent à temps pour le couvrir d'un manteau. Leurs têtes sont brisées, mais la position de leurs épaules indique qu'ils devaient se détourner, pour ne pas voir leur père dans une posture honteuse. La Bible dit qu'ils étaient entrés à reculons. Cham, qui n'a pas craint d'affronter le déshonneur de son père, se tient accroupi près de la tête de celui-ci.
          3e groupe. - Revenu à la raison et ayant appris ce qui s'était passé, Noé chargea de malédictions Chanaan, fils de Cham. Debout, une main passée dans sa ceinture (2), Noé semble parler d'un air sévère; Cham se tient devant lui, chapeau sur la tête, une main sur la hanche (3) et détournant la tête d'un air insolent. Un troisième personnage, aujourd'hui brisé, mais dont on voit très bien les arrachements, était sans doute le jeune Chanaan, à qui, suivant l'Écriture, Noé a adressé ses malédictions.

          MISÉRICORDES. - Pl. LXI. 2. - Les miséricordes des deux stalles hautes du côté sud, qui ont été supprimées au XVIII°, siècle, se rapportaient sans doute aux commencements de l'histoire d'Abraham, et dans celle qui porte le n° 2 de notre plan, nous trouvons cette histoire au moment où Abraham vient de tailler en pièces les rois conjurés qui avaient pris son frère Loth dans Sodome, et où Melchisedech, roi de Salem et prêtre du Très Haut, offre du pain et du vin en actions de grâces et bénit Abraham (4). Vers un autel à retable, couvert d'une nappe, tel qu'on en pouvait voir dans les églises de France au commencement du XVI° siècle, et sur lequel sont placés un pain et un riche calice, Melchisedech s'avance les mains jointes : il est imberbe, tonsuré, vêtu d'une longue robe fendue par devant, à larges manches et serrée à la taille par   
Notes
(1) Gen., IX, 20-27.
(2) L'autre est brisée.
(3) L'autre est brisée.
(4) Gen.. XIV, 18-20.

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une courroie à laquelle pend  une bourse. Une mitre épiscopale est posée à ses pieds (1), tandis que Dieu le Père, le globe crucifère dans la main et bénissant, apparaît dans le ciel. A droite et à gauche, deux personnages assistent à la cérémonie; d'un côté, un homme barbu, sans doute Abraham, occupé à faire taire un petit chien qui aboie, et de l'autre, un homme plus jeune, imberbe, Loth apparemment, vêtu d'une robe à longues manches fendues et joignant les mains d'un air recueilli.
          MISÉRICORDE 3. - Trois anges s'approchent de la maison d'Abraham et, cordialement reçus par lui, lui annoncent que Sara, dont la stérilité le désolait, enfantera un fils (2). Abraham s'avance vers eux et leur fait un geste accueillant. Les tailleurs d'images ont traduit le « tabernaculum » de l'Écriture par une maison en maçonnerie accompagnée d'arbres.
          MISÉRICORDE 4. - C'est évidemment Dieu renouvelant à Abraham, au moment où Sara demeurait incrédule à la prédiction des trois anges, la promesse que toutes les nations seront bénies en lui (3). La scène se passe dans la campagne. Le Seigneur est debout à gauche du spectateur : il semble parler à Abraham qui, placé au centre de la composition, l'écoute plein d'effroi, posant un genou en terre. Du côté droit, se tient un troisième personnage jeune et imberbe, aux longs vêtements, paraissant s'éloigner comme à regret. MM. Jourdain et Duval ont pensé que ce devait être le fils du serviteur qu'Abraham regrettait de laisser pour héritier (4).
          MISÉRICORDE 5. - Dieu ayant voulu éprouver Abraham, lui a demandé son fils Isaac en sacrifice. Abraham s'est levé la nuit, il a préparé son âne et l'a chargé du bois du sacrifice. Deux fagots sont attachés par des cordes aux flancs de l'animal. Suivant le texte sacré, Isaac et deux jeunes gens l'accompagnent (5).
          MISÉRICORDE 6. - Au bout de trois jours de marche, étant arrivé en vue du lieu que Dieu lui avait désigné, Abraham a laissé là les deux jeunes gens, et continue sa route seul avec son fils. Appuyé d'une main sur un bâton, et tenant de l'autre une torche allumée, le glaive à la ceinture et non à la main comme le dit la Bible, il montre le chemin à Isaac qui a chargé le bois sur ses épaules (6). On aperçoit une maison dans le lointain.
          MISÉRICORDE 7. - Les deux jeunes gens et l'âne qu'Abraham a laissés à l'écart. L'un des deux jeunes gens montre du doigt la montagne que le patriarche et son fils ont sans doute commencé à gravir. L'âne est débarrassé de son fardeau.
Pl. LXII. 8. - Abraham est parvenu au lieu du sacrifice et y a dressé un autel. Sur cet autel, qui est en maçonnerie et orné de moulures, le bois est disposé pour le feu qui consumera la victime, et le jeune Isaac est agenouillé sur ce bûcher. Il joint les mains et ses yeux sont couverts d'un bandeau (7) qu'Abraham tient d'une main, pendant que, de l'autre, il brandit son glaive          
Notes
(1) La liturgie catholique interdit de rester couvert en présence du Saint-Sacrement, dont le sacrifice de Melchisedech est le symbole.
(2) « Apparuit autem ei Dominus in convalle Mambre sedenti in ostio tabernaculi sui in ipso fervore diei. Cumque elevasset oculos, apparuerunt ei tres viri stantes prope eum », etc. Gen., XVIII, 1, 2. Se basant sur ces mots de saint Paul : « Latuerunt quidam, angelis hospitio receptis » (Hebr., XIII, 2), les commentateurs ont généralement considèré les « tres viri » dont parle la Genèse comme des anges.
(3) Gen., XVIII, 17, 18. - Cette promesse, Dieu la lui a faite à plusieurs reprises ; celle-ci fut la plus solennelle. - Du temps de MM. Jourdain et Duval cette miséricorde avait été changée de place. Elle a été réintégrée depuis où elle doit être.
(4) Gen., XV, 2, 3. Passage de la Bible qui d'ailleurs, n'est pas clair et doit être incomplet.
(5) Gen., XXII, 1-3
(6) Gen., XXII, 4-8
(7) Rappelons qu'au moyen âge les criminels avaient généralement les yeux bandés pour être décapités.

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pour trancher la tête de son fils. Mais un ange descendant du ciel saisit le glaive par la lame et l'arrache des mains du patriarche. Le bélier qui prendra bientôt la place d'Isaac est blotti dans un buisson (1).
          MISÉRICORDE 9. - Abraham ayant aperçu ce bélier, l'a pris et l'a placé sur le bûcher, il le frappe de son glaive, pendant qu'Isaac, pieusement agenouillé, les mains jointes, assiste au sacrifice (2).
          MISÉRICORDE 10. - Les années se sont écoulées, Abraham est devenu vieux et Isaac, parvenu à l'âge de se marier. Ayant donc appelé le plus ancien de ses serviteurs (3), Abraham lui fit placer la main sur sa cuisse et jurer de choisir pour Isaac une épouse, non dans le pays de Chanaan qu'il habite, mais d'en aller chercher une dans sa terre d'origine et dans sa propre famille (4). Au milieu d'un paysage où l'on aperçoit un château crénelé et une jolie maison ornée d'une élégante petite frise sculptée, Abraham est assis dans un fauteuil, la main droite levée ; le serviteur, vêtu d'une ample houppelande à revers, le couteau et la bourse à la ceinture, est agenouillé, la tête découverte, tenant son chapeau d'une main et posant l'autre sur la cuisse du patriarche.
          MISÉRICORDE 11. - Et ayant pris dix chameaux du troupeau de son maître, le serviteur partit pour la Mésopotamie emportant avec lui de nombreux bagages (5). Les chameaux y sont bien tous les dix; chargés chacun de deux malles ou coffres très curieux ou de deux paniers d'osier. Un petit homme encapuchonné est monté sur l'un d'eux. Le serviteur, qu'à la suite des commentateurs nous appellerons Éliézer, l'épée au côté et marchant à pied, conduit la caravane.
          MISÉRICORDE 12 (fig. 193, Y). - Un soir qu'il avait fait reposer ses chameaux près d'un puits, aux abords de la ville où demeurait Nachor, frère d'Abraham, à l'heure où les femmes avaient l'habitude de sortir pour tirer de l'eau, Éliézer pria le Seigneur de lui faire connaître par un signe l'épouse qu'il destinait à Isaac. On ne saurait trop admirer la façon charmante dont l’entailleur a su rendre dans des groupes pleins de vie et d'expression les différents épisodes de ce récit, un des plus poétiques et un des plus populaires de l'Ancien Testament. Sur le bord du puits qu'accompagne une petite auge de pierre, Éliézer fléchissant le genou, les mains jointes, la tête découverte, fait dévotement sa prière au Dieu d'Abraham, tandis que les chameaux gardés par leur petit conducteur, sont arrêtés derrière lui. Rebecca s'approche, une cruche à la main. Elle est richement vêtue, sa robe ornée de bouffettes est ouverte en carré à la gorge, laissant voir une chemisette plissée, une élégante coiffe couvre sa tête, « puella decora nimis, virgoque pulcherrima ». Elle vient de quitter la maison paternelle qu'on aperçoit à l'arrière-plan (6).
          MISÉRICORDE 13. - Éliézer a demandé à boire à Rebecca, et celle-ci a approché sa cruche des lèvres du serviteur, la penchant doucement elle-même pour l'aider à boire. Les chameaux, le puits, l'auge et la maison sont toujours là (1).
Notes
(1) Gen., XXII, 9-12.
(2) Gen., XXII, 13.
(3) La Bible dit « servum seniorem domus suae qui praeerat omnibus quae habebat ». (Gen.. XXIV, 2), sans le nommer. Les commentateurs en ont fait Éliézer, dont il n'est parlé que lors qu'Abraham se lamentait de rester sans enfants : « Ego vadam absque liberis, et filius procuratoris domus meae. iste Damascus Eliezer ..... Et ecce vernaculus meus haeres meus erit ». (Gen., XV, 2, 3). Voy. ci-dessus, t. II, p. 173, note 4.
(4) Gen., XXIV, 1-9.
(5) Gen., XXIV, 10.
(6) Gen., XXIV, 11-16.

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          MISÉRICORDE Pl. LXIII. 14. - La jeune fille a encore offert d'abreuver les chameaux. De sa cruche, elle remplit l'auge qui accompagne le puits, et dans laquelle les chameaux viennent se désaltérer. Reconnaissant le signe qu'il a demandé à Dieu, Éliézer a fait décharger un des coffres et l'a ouvert pour en tirer des présents (2).
          MISÉRICORDE 15. - Mais les chameaux ont fini de boire et se sont retirés conduits par un piqueur armé d'un fouet. Éliézer s'étant approché de celle qui venait de lui faire un si gracieux accueil, lui offre des bracelets et des pendants d'oreilles en or, lui demandant de qui elle est fille, et si dans la maison de son père il y a place pour le recevoir. « Je suis fille de Bathuel, répondit-elle, fils lui-même de Melcha et de Nachor », et ajoutant : « II y a bien de la paille et du foin chez nous, et de vastes locaux pour y demeurer » (3).
          MISÉRICORDE 16. - Rebecca a couru raconter à sa mère ce qui venait de se passer; Laban, son frère, est allé trouver l'étranger pour le presser d'accepter l'hospitalité chez son père, et nous voici chez Bathuel (4). C'est bien l'intérieur d'un bourgeois qui a « beaucoup de foin et beaucoup de paille ». La salle est meublée d'un joli dressoir chargé de vaisselle. Le maître de la maison en longue robe, comme il convient à un homme grave, et sa femme (5) coiffée d'un bourrelet, sont assis côte à côte sur un banc à haut dossier, devant une table couverte d'une nappe et de pains (6), près de laquelle un escabeau semble attendre un convive. Laban, jeune homme imberbe, aux vêtements courts, introduit en le poussant par l'épaule Éliézer qui semble faire des façons pour entrer. Il s'est respectueusement découvert, et porte la main à la poignée de son épée pour l'empêcher de frapper le sol et de s'embarrasser dans ses jambes. Son attitude et l'expression de son visage, son air gêné, sont bien d'un homme d'un rang inférieur introduit pour la première fois dans la maison d'un gros personnage. Bathuel lui fait signe amicalement de se mettre à table, mais Éliézer ne veut rien accepter avant de s'être acquitté de sa mission (7).
          MISÉRICORDE 17 (fig. 193, Z). - Les parents et la jeune fille ont donné leur consentement, et le départ est décidé (8). Rien de plus vrai et de plus naturellement simple que la manière dont l'artiste a su rendre cette scène touchante du départ de Rebecca.
Il y est arrivé non par des effets exagérés, mais par je ne sais quel air de mélancolie pénétrante répandu sur tous les visages et dans tous les gestes. On est devant la maison de Bathuel qui se voit à gauche, à l'arrière-plan. C'est Rebecca qui occupe le milieu de la composition. Elle a toujours son riche costume, mais son volumineux couvre-chef aurait été trop lourd et trop gênant pour un si long voyage : elle l'a donc enlevé et, avec un geste d'une coquetterie et d'un sentiment inexprimables, elle jette sur sa tête un voile qui lui couvre      
Notes
(1) Gen., XXIV, 17, 18.
(2) Gen., XXIV, 19-21.
(3) Gen., XXIV, 22-25.
(4) Gen., XXIV, 26-33
(5) MM. Jourdain et Duval ont pensé que la femme assise â côté de Bathuel était Rebecca. Nous croyons plus volontiers que c'est la femme de Bathuel : c'est la place de la maîtresse de la maison : son visage est bien celui d'une femme âgée, tandis que Rebecca a une figure qui respire la jeunesse. La différence de costume doit être aussi intentionnelle, car, dans tous les autres sujets où elle est représentée, Rebecca est vêtue d'une façon identique; il serait bien étonnant que dans celui-là seul on lui ait donné un costume différent.
(6) « Appositus est in conspectu ejus panis ». Gen. XXIV, 33.'
(7) Gen., XXIV, 32-54.
(8) Gen., XXIV, 55-58.

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tout le haut du visage, soit pour le protéger contre les regards indiscrets, soit pour cacher ses larmes, car on sent bien qu'elle pleure. Elle tourne tristement la tête vers Éliézer qui la prend respectueusement par la main pour l'aider à monter sur le chameau qui attend à côté d'elle. Derrière Rébecca, une femme âgée, coiffée d'un bourrelet, sa nourrice peut-être, qui va partir avec elle, semble lui faire entendre des paroles de consolation, tandis qu'un jeune homme, Laban, sans doute, s'avance pour lui dire adieu. Dans le fond, le petit piqueur armé de son fouet, s'apprête à faire partir les chameaux (1).
          MISÉRICORDE 18. - L'entailleur a passé sous silence l'arrivée de Rébecca près d'Isaac et son mariage (2), et nous la montre tout de suite prête à devenir mère. Les deux enfants dont elle était grosse s'entrechoquaient dans son sein. Effrayée, Rébecca consulta le Seigneur, et celui-ci lui répondit : « Deux races sont dans tes entrailles, et deux peuples en sortiront dont l'un surmontera l'autre, et le plus grand servira le plus petit » (3). Au milieu d'un lieu clos de murs, aux angles duquel s'élèvent deux maisons gothiques à pignons et à perrons, Rébecca, dans un état de grossesse très visible, est seule, agenouillée, les mains jointes, devant un autel à retable, semblable à celui sur lequel nous avons vu Melchisedech offrir son sacrifice (4), et couvert seulement d'une nappe.
          MISÉRICORDE 19. - Les deux enfants sont nés et ont grandi. Esaü, homme rustique et velu, revient de la chasse à laquelle il était fort habile, ce qui l'avait fait préférer par son père, parce qu'il lui faisait manger du gibier qu'il tuait. Il est vêtu d'une saie fortement décolletée, à travers les ouvertures de laquelle on aperçoit les poils qui lui couvrent le corps; il a la bourse et le carquois à la ceinture, et tient un arc. Trois chiens à poil ras l'accompagnent. Homme d'intérieur, de mœurs plus douces, et chéri de Rébecca, Jacob vient de franchir le seuil de la maison de son père que l'on aperçoit derrière lui. Sa plus petite taille, son air ingénu marquent bien son infériorité d'âge. Il tient un plat de lentilles; la Bible dit « pulmentum » Esaü, qui est fatigué et meurt de faim, va vers lui d'un air qui montre bien que son estomac est prêt à toutes les concessions, et lève la main comme pour jurer qu'il abandonne à son frère son droit d'aînesse pour le ragoût. Un des chiens qui a flairé le mets, vient se frotter d'un air câlin contre la jambe de Jacob (5).
          MISÉRICORDE Pl. LXIV. 20. - Isaac devenu vieux et aveugle envoie son fils Esaü à la chasse, pour lui chercher quelque gibier, après quoi il le bénira avant de mourir (6). Comme il aime à le faire, l'entailleur a représenté cette scène en plein air avec une maison dans le lointain. Au milieu de la composition, Isaac est assis dans un fauteuil : sa longue barbe dénote son grand âge, et il est vêtu d'une robe ample et traînante à la manière des personnes âgées, la tête couverte d'un chapeau à gourmettes. Esaü, s'approche de son père en se découvrant, et semble lui dire « Adsum ». Derrière le siège du patriarche, Rebecca, vêtue comme précédemment, semble écouter ses paroles (7).
Notes
(1) Gen., XXIV, 59-61.
(2) Gen., XXIV, 62.67.
(3) Gen., XXV, 2 1-23.
(4) Mis. 2.
(5) Gen., XXV, 27-34.
(6) Gen., XXVII, 1-5.
(7) « Quod cum audisset Rebecca », etc. Gen., XXVII, 5.

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          MISÉRICORDE 21. - Après le départ d'Esaü Rébecca alla tout raconter à Jacob. « Va vite me chercher deux des meilleurs chevreaux du troupeau, afin que j’en fasse un plat du goût de ton père, et qu'en ayant mangé, il te bénisse avant de mourir ». Vainement Jacob a-t-il objecté que, son frère étant velu, Isaac le reconnaîtra facilement, il faut obéir (1). La scène se passe encore au dehors, dans un lieu planté d'arbres, où l'on aperçoit une maison et, plus loin, une espèce de clocher. Rébecca debout parle à Jacob qui manifeste son étonnement d'un air scandalisé. Il a derrière lui un troupeau de boucs et de brebis.
          MISÉRICORDE 22. - Jacob rapporte les deux chevreaux à sa mère : celle-ci s'est armée d'un grand couteau et s'est mise à en dépecer un sur une table, tandis que Jacob tire l'autre d'un sac. Dans le fond est un banc à haut dossier, dont les panneaux sont à draperies plissées, et derrière lequel on aperçoit la campagne et des maisons, ainsi que le troupeau diminué de deux chevreaux (2).
          MISÉRICORDE 23. - « Et elle le revêtit des habits d'Esaü, les meilleurs qu'elle avait à la maison, et couvrit avec les peaux des chevreaux ses mains et les parties nues de son cou » (3). Cette scène et les quatre suivantes se passent à l'entrée d'un vaste château que nous voyons successivement sous ses différents aspects : pignons de diverses formes, toitures en tuiles ou en ardoises, tours crénelées, clochetons, portes à pentures de fer, perrons, etc. Jacob a revêtu les plus beaux habits de son frère, ses habits de fête : c'est un long manteau traînant, ouvert par devant, à larges manches et muni d'une pèlerine de fourrures avec riche fermail; il est coiffé d'un large chapeau. Rébecca achève de lui recouvrir les mains avec la peau des chevreaux taillée en forme de gants.
          MISÉRICORDE 24. - Isaac est assis dans un fauteuil en forme d'X, à la porte du château. Jacob travesti, la tète découverte, s'est approché de lui avec le fameux « pulmentum » dressé sur un plat qu'il lui présente en fléchissant le genou. Rébecca vient derrière lui, apportant, surcroît d'attention, une énorme cruche et une écuelle (4).
          MISÉRICORDE 25. - Isaac s'est bien un peu étonné de ce que son fils soit revenu si tôt de la chasse, mais on lui a répondu que la Providence lui avait fait tout de suite rencontrer le gibier qu'il cherchait, et, pour calmer ses soupçons, on lui a fait toucher les mains recouvertes des peaux de chevreaux, et Jacob et Rébecca se sont agenouillés, les mains jointes, pour recevoir la bénédiction paternelle. Isaac, à demi levé de son siège, plaçant sa main gauche sur la tête de son fils, le bénit de la droite, mais tout en semblant répéter : « Vox quidem, vox Jacob est, sed manus, manus sunt Esau » (5).
          MISÉRICORDE Pl. LXV. 26. - « Jacob parti, arrive Esaü » (6). Le carquois encore au côté, il vient vers son père, la tête découverte, et lui présente, en fléchissant le genou, le produit de sa chasse servi sur un plat. Isaac se renverse sur son fauteuil, les mains étendues, de surprise et d'indignation (7). Jacob, agenouillé à l'écart, rend grâces au Seigneur (8).
Notes
(1) Gen., XXVII 5-13.
(2) Gen., XXVII 14
(3) Gen., XXVII, 15, 16.
(4) Gen., XXVII, 17-19.
(5) Gen., XXVII 20, 21.
(6) « Et egresso Jacob foras, venit Esau ». Gen., XXVII, 3o.
(7) « Exapavit Isaac stupore vehementi ». Gen., XXVII, 33.
(8) Gen., XXVII, 30-34

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          MISÉRICORDE 27. - La colère d'Esaü fut terrible, « irrugiit clamore magno », menaçant de tuer Jacob dès qu'Isaac aurait rendu le dernier soupir. Mais Rébecca fit fuir Jacob à Haran auprès de Laban, son frère, sous prétexte d'aller chercher une femme (1). Jacob, vêtu d'une saie à plastron, la bourse au côté, et le chapeau à la main, se présente devant son père, avec un geste qui indique qu'il va partir. Isaac, assis dans un fauteuil à haut dossier, étend sa main vers lui pour lui donner encore une fois avant de partir la bénédiction d'Abraham. Rébecca est debout à côté de lui, le visage tourné vers Jacob; Esaü se tient à l'écart faisant vers son frère un geste menaçant.
          MISÉRICORDE 28. - Jacob arriva un soir auprès d'une ville, et ayant posé sa tête sur une pierre, il s'endormit. Pendant son sommeil, il vit en songe une échelle qui allait de la terre au ciel, et le long de laquelle des anges montaient et descendaient ; au haut de l'échelle il aperçut le Seigneur qui lui lit les solennelles promesses que l'on sait (2). Raconter cette histoire si connue, c'est décrire la miséricorde. Jacob est endormi accoudé sur une pierre, vêtu comme nous l'avons vu lorsqu'il prit congé de son père, le chapeau sur la tête. Devant lui, des anges montent et descendent le long d'une échelle au haut de laquelle on aperçoit le Père Éternel, tenant le globe du monde et bénissant. Dans le fond, sur une hauteur, se dresse l'enceinte fortifiée de la ville de Luza, flanquée de tours carrées.
          MISÉRICORDE 29. - A son réveil, Jacob s'écria plein de frayeur : « Oui, le Seigneur était ici et je ne le savais point. Que ce lieu est terrible ! C'est la maison de Dieu et la porte du ciel ». Il s'est donc levé et, une fiole à la main, il répand de l'huile sur la pierre qu'il a érigée comme un titulus. Ici, la ville de Luza, que Jacob a désormais appelée Bethel, est figurée par plusieurs bâtiments à tourelles et à pignons, et beaucoup plus rapprochés que dans la scène précédente (3).
          MISÉRICORDE 30. - Jacob a poursuivi sa route vers l'Orient, et est arrivé dans un champ où pâturaient trois troupeaux auprès d'un puits couvert d'une pierre, et s'étant adressé aux bergers, il leur demanda d'où ils étaient. De Haran, répondirent-ils. - Connaissez-vous Laban, fils de Nachor? – Certainement. – Est-il en bonne santé? – Il se porte bien, et voici sa fille Rachel qui arrive avec son troupeau (4). Nous sommes au moment où, à ces mots, Jacob s'approche de sa cousine. Dans un lieu planté d'arbres, est un puits couvert d'une pierre et accompagné d'une auge. Jacob, appuyé sur un bâton, semble parler à Rachel, qui, vêtue d'une robe fort élégante, ouverte en carré et laissant voir les fins plis de la chemise sur la poitrine; un bourrelet sur la tête, la houlette à la main et accompagnée de ses moutons, va vers Jacob qu'elle prend par le poignet. De l'autre côté, sont deux bergers vêtus de saies et ayant sur les épaules le chaperon tel que le portaient encore les gens de la campagne et du commun au commencement du XVI° siècle; l'un d'eux tient une houlette, l'autre joue de la musette. Une brebis et un chien sont à leurs pieds.
          MISÉRICORDE 31. – Prévenu par sa fille, Laban est venu lui-même chercher le fils de sa sœur. Ce n'est plus le fils de famille jeune et alerte que nous avons vu remplir avec Éliézer le même devoir d'hospitalité, mais un respectable vieillard à longue barbe, vêtu d'une robe tramante à pèlerine de       
Notes
(1) Gen., XXVII, 34-46; XXVIII, 1-4
(2) Gen., XXVIII, 5-15
(3) Gen., XXVIII, 16-22.
(4) Gen., XXIX, 1-9

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fourrures, coiffé du chaperon rigide à longue cornette, la bourse au côté et s'appuyant sur un bâton. Jadis il poussait amicalement; mais sans façon, Éliézer par l'épaule, tandis que son neveu, il l'a pris par la main avec bonté, et le mène doucement vers le seuil de sa maison, où apparait Rachel, souriante et aimable; la houlette à la main et deux brebis à ses pieds. Dans le lointain on aperçoit le puits maintenant découvert, parce que Jacob a enlevé la pierre qui le fermait, pour aider sa cousine à abreuver son troupeau (1).

          RAMPE E 32 (pl. LXXXI, en Y). - L'artiste a passé sous silence le double mariage de Jacob avec les deux filles de son oncle, Lia et Rachel, la naissance de ses douze fils, ainsi que le stratagème dont il usa pour s'attribuer une grande partie des troupeaux de son beau-père, et il nous conduit tout de suite au moment où, mécontent du peu de sympathie qu'il trouvait auprès de Laban et de ses fils, pressé d'ailleurs par Dieu de retourner dans son pays, il a fait venir ses deux femmes dans le champ où il faisait paître ses troupeaux, et s'enfuit avec elles, ses enfants et tous ses biens (2). Le tout est distribué en quatre groupes.
          1er groupe. - Dans le premier, au bas de la montée, Jacob s'entretient avec Rachel et Lia de son projet de départ. Tous trois sont debout. Jacob, encore tout jeune homme dans la miséricorde qui précède, a vieilli et est devenu patriarche : sa barbe a poussé, sa robe qui tombe jusqu'à la cheville est munie d'un collet à capuchon, une bourse pend à sa courroie, il est coiffé d'un chapeau. Rachel porte une chaîne à la ceinture, et, sur la tête, un bourrelet maintenu par une gourmette. Lia n'est pas moins élégamment habillée : robe ornée de retroussis à bouffettes et relevée des deux côtés par des affiquets, sur la tête, une espèce de fichu. Elle tient à la main un mouchoir, comme si elle allait pleurer. Deux moutons sont près d'elles.
          2e. et 3e groupes. - Le départ de Jacob avec tous ses biens forme le sujet des deux groupes suivants. Dans le premier, deux chevaux chargés chacun de deux coffres, sont conduits à la main par deux serviteurs, vêtus de saies et coiffés de chapeaux; l'un d'eux, détail rare dans les stalles, porte encore des chaussures à la poulaine. Un chameau, deux bœufs et un bélier conduits de même par deux serviteurs, forment le second groupe. Le long de la rampe, un bœuf, un bouc, cinq brebis, un chien et un animal mutilé suivent la caravane.
          4e groupe (fig. 202, en Y). - Au haut de la rampe, sur le montant le plus élevé, MM. Jourdain et Duval ont vu Jacob faisant part à Laban de ses projets de départ. Nous ne sommes pas de cet avis. Outre que le groupe en question ne serait pas à sa place chronologique, il comporte deus personnages : le premier, est un vieillard à longue barbe, vêtu d'une robe traînante à pèlerine de fourrures, la tête couverte d'un bonnet tombant carrément sur les épaules et terminé dans les angles par des bouffettes; par-dessus ce bonnet est posé un chapeau orné d'une enseigne et d'une longue cornette qui, passant sous l'aisselle, est portée sur l'avant-bras droit. Il s'appuie sur un bâton. Il n'y a pas de difficulté à reconnaître Laban dans ce grave et majestueux personnage, dont le costume diffère peu de celui qu'il portait dans la miséricorde qui précède.       
Notes
(1) Gen., XXIX, 10-13.
(2) Gen., , XXXI, 1-22.

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Mais nous ne pouvons nous décider à identifier avec Jacob le personnage au visage rasé qui s'avance vers lui en se découvrant et en fléchissant légèrement le genou. Il porte un costume très particulier et bien différent de celui des autres : houseaux avec crevés à hauteur de la cheville, saie descendant un peu plus bas que le genou, rattachée sur les épaules par des aiguillettes et ornée de bandes horizontales par-dessous lesquelles le vêtement est plissé à hauteur du buste; dépourvue de manches, cette saie laisse sortir entièrement celles d'un habit de dessous. Ces manches sont extrêmement bouffantes depuis l'épaule jusqu'au coude, et plus serrées avec un rang de crevés vers le poignet. Une longue épée est pendue à sa ceinture, et toute sa chevelure est enfermée dans un filet. Si nous nous reportons au premier groupe, nous nous demanderons pourquoi cette différence de costumes, pourquoi ici l'artiste aurait représenté Jacob sans barbe, avec un accoutrement si peu sérieux, si peu conforme à sa dignité de patriarche, déjà père de douze enfants. D'un autre côté, si Jacob, en effet, avait fait part à son beau-père de son premier projet de retourner dans son pays (1), la Bible ajoute aussitôt que, sur les instances de Laban, Jacob avait fini par promettre de rester à son service, sous certaines conditions tandis que, beaucoup plus tard, lorsque Jacob est décidé à partir, il se garde d'en prévenir son beau-père (3). C'est un petit détail du costume de l'interlocuteur de Laban, détail qui a si fort étonné MM. Jourdain et Duval, qui va précisément nous le faire reconnaître. " Nuntiatum est Laban die tertio quod fugeret Jacob », ajoute la Bible (4). Or notre personnage porte sur sa poitrine, du côté gauche, une petite plaque en forme d'écusson (5). C'est tout simplement une plaque de messager. Les messagers officiels des villes et des grands personnages étaient, en effet, dès le XV° siècle, peut-être avant, revêtus de cet insigne. C'était souvent, et dans les premiers temps, une boîte en forme d'écu, mais souvent aussi une simple plaque (6). Il n'y a donc pas de doute, c'est bien le messager qui vient annoncer à Laban la fuite de son gendre, et nous voyons dans toute l'originalité et tout le pittoresque de son costume officiel, un messager du temps de Louis XII. Nous trouverons encore d'autres messagers porteurs du même insigne.
          Nous savons qu'il manque ici une stalle basse. Peut-être représentait-elle Laban à la poursuite de Jacob et Dieu lui apparaissant pour lui défendre de rien dire d'offensant à son gendre.
          MISERICORDE - P1. LXVI. 32. - Toujours est-il que la miséricorde 32         
Notes
(1) Gen., XXX, 25, 26.
(2) Gen., XXX, 27-34.
(3) « Noluitque Jacob confiteri socero suo quod fugeret ». Gen., XXXI, 20.
(4) Gen., XXXI, 22.
(5) Suivant MM. Jourdain et Duval, cet écu était aux armes de France. I1 est absolument vide aujourd'hui, et ne parait même avoir été chargé d'aucunes pièces héraldiques, ce qui eût d'ailleurs été bien difficile, vu ses minuscules dimensions.
(6) 23 oct. 1424 : ordonn. par l'échevin. d'Am. « que Jaquot de Revelle, en alant et chevauchant ès voyages et besongnes de la ville, aura et lui sera livré, aux- despens d'icelle ville, un escuchon ou boite d'argent armoié des armes de ladicte ville, du poix d'un marc d'argent ». (Arch. de la ville d'Am. BB 3, fol. 3 et suiv.). – Dans le même registre, le même Jacquot de Revelle est souvent qualifié de sergent et messager de 1a ville. – 1455 Thomas Dubuisson, messager, reçoit de la ville d'Amiens 40 s., pour l'aider à payer « ung esmail ou enseigne d'argent doré, pour porter à sa poitrine, comme messagier, ouquel esmail estoient empraintes et pourtraictes les. armes de ladite ville ». (Ibid., BB 7, fol. 253 v°). – En 1492, v. s., Jean Godhart, messager, est autorisé à porter un écu aux armes de la ville d'Am. (Ibid., BB 16, fol. 231), et, en 1520, même permission est accordée à Nicolas Davesnes (Ibid., 1313 22, fol. 4,4 v°), - etc.

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nous met au pied du mont Galaad, où Laban a atteint Jacob, lui reprochant sa fuite (1). Laban, reconnaissable à son costume, la main levée d'un geste de reproche, parle à Jacob. Celui-ci a la barbe et la robe un peu moins longues que dans le groupe qui précède, et porte une espèce de gibecière pendue à la ceinture. Il met sa main droite sur sa poitrine, comme pour se justifier. Tous deux paraissent très animés. Rachel et Lia, que Jacob montre de la main gauche à son beau-père, se parlent à l'écart. Laban est accompagné de trois hommes armés, coiffés d'espèces de barbutes ou salades à jugulaires relevées, et portant des cuirasses de plates; l'un d'eux tient la hampe d'une arme dont l'extrémité supérieure est brisée, et qui devait être une hallebarde.
          MISERICORDE 33. – Après avoir vainement scruté les bagages et les tentes de Jacob pour y retrouver ses dieux que Rachel avait emportés et soigneusement cachés sous la litière d'un chameau, après avoir essuyé les reproches de son gendre qui ignorait le larcin, Laban a proposé à Jacob un pacte d'alliance. Ayant donc pris une pierre qu'il éleva comme un « titulus », il fit faire de même à tous ses parents; ils en formèrent un « tumulus » sur lequel tous prêtèrent serment. Puis, ayant offert un sacrifice et mangé le pain, ils se séparèrent (2). Des pierres entassées au milieu de la composition représentent le « tumulus », sur lequel Jacob et Laban étendent la main pour jurer. Laban est toujours accompagné de ses deux suivants armés. Près de Jacob se tiennent un homme imberbe, à robe courte, et drapé dans un manteau, et Rachel seule, reconnaissable au bourrelet dont elle est coiffée et tenant un bâton.
          MISERICORDE 34. – Jacob poursuivant son chemin, des anges vinrent au-devant de lui. « Voilà les armées de Dieu », dit-il en les apercevant, et il appela ce lieu Mahanaïm, c'est-à-dire le camp (3). Sur le seuil d'une jolie maison toute en style de la Renaissance, Jacob, la tête découverte, fait une profonde révérence à trois anges vêtus d'aubes et d'amicts, les pieds, nus, qui s'avancent vers lui. Le premier semble parler à Jacob, un autre est dévotement agenouillé, les mains jointes. Il faut remarquer que Jacob est plus vieux que dans les compositions précédentes et que sa barbe est devenue sensiblement plus longue.
          MISERICORDE 35. – Près d'atteindre le sol natal, Jacob envoie des messagers vers son frère pour lui porter des propositions de paix et pour lui offrir des présents (4). A l'extérieur d'un château, le patriarche est assis dans un fauteuil en X à haut dossier, ayant à ses côtés un homme imberbe, coiffé d'un chapeau. Il donne des ordres à deux messagers, vêtus chacun d'une saie et l'épée au côté. Celui qui est le plus proche de Jacob est imberbe, les cheveux longs ; un petit manteau est jeté sur ses épaules. Il a complètement enlevé son chapeau qu'il tient à la main, et semble écouter attentivement ce qui lui est dit. L'autre fait le geste de se découvrir : il porte les cheveux courts et la barbe entière et n'a point de manteau, laissant voir sur sa poitrine la plaque en forme d'écu, insigne des messagers (5).
          MISERICORDE 36. - Mais les messagers sont retournés vers Jacob pour lui annoncer qu'Esaü marche sur lui à la tête de quatre cents hommes (6). Jacob est assis dans une chaire à bas dossier. Son costume diffère un peu de celui          
Notes
(1) Gen., XXXI, 23-31.
(2) Gen., XXXI, 44-55
(3) Gen.,- XXXII, 1,2
(4) Gen., XXXII, 3-5.
(5) Voy. ci-dessus, t. II, p. 180.
(6) Gen., XXXII, 6 et seq.

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qu'il portait dans les sujets précédents : sa robe, à collet festonné, est un peu moins longue et est fendue et relevée par devant. Un des deux messagers, la tête découverte, s'avance vers lui. Le patriarche fait un geste d'effroi et d'étonnement (1). Ses gens, déjà armés pour se défendre, se tiennent derrière lui. Ils sont figurés par quatre personnages dont trois portent des saies, cuirasses, et casques semblables à ceux que nous avons vus aux compagnons de Laban; ils ont l'épée au côté et un bâton à la main. Dans le fond, on aperçoit d'un côté une maison, et de l'autre, un moulin à vent en bois, monté sur pivot.
          MISERICORDE 37. – Jacob a pris ses dispositions de défense; il a mis de côté des présents pour apaiser le courroux de son frère, il a prié le Dieu d'Abraham, puis « il demeura seul, et voilà qu'un homme lutta contre lui jusqu'au matin » (2). Cet homme n'ayant pu le terrasser l'appela Israël, parce qu'il avait été fort contre Dieu (3). Suivant l'interprétation du prophète Osée (4), qui est universellement admise, on a représenté un ange luttant corps à corps contre Jacob, au milieu d'un paysage où l'on voit des arbres, des châteaux et des maisons.
          MISERICORDE 38. – Rassuré sur sa force, Jacob a repris sa route et a bientôt atteint son frère Esaü. Il a placé en avant ses deux femmes et leurs servantes avec leurs enfants et s'est prosterné sept fois devant son frère. Alors Esaü courut au-devant de lui et l'embrassa étroitement en pleurant (5). Au centre de la miséricorde, les deux patriarches s'embrassent avec effusion la tête découverte. Il est difficile de les distinguer : mais il est vraisemblable que c'est Jacob qui se trouve à la gauche du spectateur. L'un et l'autre est accompagné d'un personnage en costume civil et de trois hommes armés qui tiennent des épées nues et des hallebardes.
          MISERICORDE 39. - Passant par-dessus plusieurs chapitres de la Genèse, d'ailleurs moins connus, nous arrivons tout de suite à l'histoire de Joseph, qui sera longuement développée. Elle est prise au moment où Joseph raconte à ses frères qu'il a vu en songe sa gerbe se dresser, tandis que les leurs l'entouraient et paraissaient l'adorer (6). Sur un côté. de la miséricorde, Joseph, dont la robe traînante (7) lui donne une gravité qui contraste avec son jeune âge, parle debout à ses onze frères qui l'écoutent avec des mouvements divers. Derrière Joseph, le songe est matérialisé par deux gerbes placées l'une les épis en haut, et l'autre les épis en bas.
          MISERICORDE 40. - Dans cette miséricorde, disposée à peu près de la même manière que la précédente, Joseph raconte à ses frères une autre vision qu'il eut durant son sommeil. Le soleil (8). la lune et onze étoiles sont figurés derrière lui, pour marquer qu'il s'est vu adoré par ces astres (9).

          RAMPE D 40 (pl. LXXX, en Z). - 1°' groupe (10). - Un jour que ses fils aînés étaient allés faire paître leurs troupeaux à Sichem, Jacob envoya Joseph s'enquérir de leurs nouvelles (11). Jacob est debout, drapé dans de longs et       
Notes
(1) « Timuit Jacob valdc ». Gen., XXXII, 7.
(2) « Mansit solus, et ecce vir luctabatur cura eo usque mane ». Gen., XXXII, 24.
(3) Gen., XXXII, 23-32.
(4) Osée, XII, 2-4.
(5) Gen., XXXIII.
(6) Gen., XXXVII, 6-8.
(7) Sans doute la « tunica talaris et polymita » que son père lui avait donnée. Gen., XXXVII, 3, 23.
(8) MM. Jourdain et Duval n'ont pas vu le soleil, mais il y est effectivement quoique à demi caché par le chapeau de Joseph.
(9) Gen., XXXVII, 9.
(10) Celui qui surmonte le plus bas montant
(11) Gen., XXXVII, 12-14.

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amples vêtements ; il parle à Joseph figuré par un tout jeune homme, presque un enfant, à l'air simple et ingénu. Sa robe talaire à longues manches fendues, serrée par une courroie, est ouverte en pointe par le haut, laissant apercevoir l'encolure d'un vêtement de dessous décolleté et le haut d'une chemise plissée. Il tient son chapeau à la main, et semble écouter son père avec attention et respect.
          2e groupe. - Arrivé à Sichem, Joseph a appris d'un homme qui errait dans un champ que ses frères étaient à Dothaïn (1). A travers un pays planté d'arbres, Joseph et l'inconnu s'avancent vers ce lieu. Joseph, reconnaissable à son air juvénile et à son costume qui n'a pas changé et dont les longues manches fendues flottent au vent de la façon la plus originalement élégante, marche à grands pas à côté de l'inconnu qui s'appuie sur un bâton.
          3e et 4e groupes. – Les dix frères aînés, distribués dans les deux derniers groupes, regardent leur frère arriver. Les expressions de leurs visages sentent l'ironie mêlée de dépit et ils semblent se dire : « Voici notre songeur, venez, tuons le » (2). Les six frères qui composent le troisième groupe sont accroupis les regards dirigés vers Joseph. Un seul détourne la tête; les quatre autres, qui surmontent le montant le plus élevé, sont debout et semblent se concerter. Il faut remarquer dans ces deux groupes pleins de vie. et d'expression, une variété extraordinaire d'attitudes et de costumes : habits tailladés, coiffures diverses, chapeaux (3) avec ou sans plumes, capuchon, turbans. Les uns sont entièrement rasés, d'autres portent la barbe entière, d'autres la moustache seulement. Des moutons pâturent le long de la traverse supérieure de la rampe.

          RAMPE D 41 (pl. LXXX, en Y). - Ruben a dissuadé ses frères de tuer Joseph. Ils le mettront seulement dans une vieille citerne desséchée et abandonnée (4).
          1er groupe. – Trois frères de Joseph lui enlèvent sa longue tunique, laissant voir une saie serrée à la taille par une courroie à laquelle une jolie bourse est suspendue (5).
          2e groupe. – Deux autres frères l'enfoncent dans la citerne, à côté de laquelle la tunique gît par terre. Joseph joint les mains d'un air innocent et résigné (6).
          3e et 4e groupes. – Pour plus de commodité, sans doute, et pour en finir avec la robe de Joseph, l'ordre des événements se trouve légèrement interverti : on a figuré ici un fait qui, chronologiquement, n'a eu lieu qu'après ce qui va suivre. D'une part deux frères de Joseph sont accroupis près d'un chevreau écorché; le long duquel ils promènent la tunique. D'autre part, la robe sanglante est apportée à Jacob pour lui faire croire qu'une bête féroce a dévoré son fils. Jacob est debout, faisant un geste de surprise et de douleur, à la vue de la tunique que deux envoyés de ses fils lui présentent d'un air hypocritement consterné (7). Comme dans la rampe précédente, des moutons paissent le long de la traverse supérieure.
Notes
(1) Gen., XXXVII 15-17.
(2) Gen., XXXVII, 19, 20.
(3) Un de ces chapeaux est porté sur le dos, retenu sur la poitrine par les gourmettes qui peuvent se serrer ou se desserrer à volonté.
(4) Gen., XXXVII, 21, 22.
(5) « Nudaverunt eum tunica talari et polymita ». Gen., XXXVII, 23. - Le visage entier de deux frères et le haut de celui de Joseph sont brisés.
(6) Gen., XXXVII, 24. - Un des deux frères a la tête entièrement enlevée.
(7) Gen., XXXVII, 31-33.

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Ne quittons pas les rampes de ce passage, sans admirer le pittoresque avec lequel les groupes sont arrangés, la variété extrême des attitudes, en même temps que le mouvement et la vie que l'artiste y a répandus, sans jamais sortir de la silhouette générale de cette partie du meuble.
          MISERICORDE - Pl. LXVII. 41. – S'étant assis pour manger, les frères de Joseph virent arriver des marchands Ismaëlites qui venaient de Galaad et qui portaient en Égypte des aromates, de la résine et de la myrrhe (1). Neuf frères de Joseph – Ruben était absent – ont pris place autour d'une table couverte d'une nappe, et au milieu de laquelle un plat est posé. L'un d'eux tient une tasse dans laquelle il s'apprête à boire; deux sont assis sur des escabeaux. Deux marchands drapés dans d'amples manteaux, s'approchent avec un chameau chargé de deux paniers. Dans le lointain, on aperçoit une petite maison.
          MISERICORDE 42. – Sur le conseil de Juda, et pour ne pas souiller leurs mains d'un crime, ils traitent avec les marchands pour vingt pièces d'argent et leur livrent Joseph (2). Un des frères de Joseph, Juda sans doute, reçoit une pièce de monnaie d'un des marchands, pendant que deux autres retirent Joseph de la citerne. Trois autres personnages assistent à la scène. Dans le fond, on aperçoit des arbres et une maison.
          MISERICORDE 43. – La miséricorde qui, par la suite des événements, devrait venir ici, occupe maintenant le n° 110, c'est-à-dire le dernier, mais, pour ne pas interrompre l'ordre chronologique, nous la décrirons à cette place. Celle qui se trouve au n° 43 sera décrite sous le n° 87.
Elle représente les marchands emmenant Joseph en Égypte (3). Joseph retiré de la citerne, qu'on voit encore à l'arrière plan, à gauche du spectateur, marche entre les deux marchands accompagnés d'un chameau chargé de deux corbeilles d'osier.
          MISERICORDE 44. – Ruben revient à la citerne pour en retirer Joseph en secret, et ne l'y trouvant plus, déchire ses vêtements (4). Au milieu d'un charmant paysage agrémenté d'arbres, de maisons et d'un moulin à vent sur pivot, la citerne est vide, et auprès d'elle, Ruben désespéré, arrache sa robe d'un geste plein de vérité et d'énergie.
          MISERICORDE 45. – Retourné vers ses frères, Ruben, le visage bouleversé, leur montre la citerne comme pour leur demander ce qu'est devenu l'enfant (5). Tous les neuf sont présents : l'un d'eux prenant amicalement Ruben par le bras, lui fait part sans doute, pour le tranquilliser, du moyen qu'ils ont imaginé pour expliquer à Jacob la disparition de Joseph; les autres frères l'appuient du geste.
          MISERICORDE 46. - Emmené en Égypte, Joseph est vendu à Putiphar, eunuque du pharaon et chef de son armée (6). Putiphar est richement vêtu, mais sa robe, dont le collet est orné d'affiquets, est relativement courte, comme pour marquer son infériorité sur le pharaon; il tient d'une main un sceptre ou un bâton de commandement, et de l'autre, il remet une pièce de monnaie à l'un des deux marchands qui lui présente Joseph. Celui-ci, que le marchand a pris par la main, se découvre honnêtement et humblement devant    
Notes
(1) Gen., XXXVII, 25.
(2) Gen., XXXVII, 26-28.
(3) Gen., XXXVII, 28.
(4) Gen.. XXXVII, 29-30.
(5) Gen., XXXVII, 30.
(6) Gen., XXXVII, 36 et XXXIX, 1.

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son nouveau maître. L'autre marchand suit par derrière. Putiphar est accompagné d'un suivant qui porte l'épée au côté et qui est drapé dans un manteau. Dans le lointain, on aperçoit une maison ou un château.
          MISERICORDE 47. – Le Seigneur était avec Joseph qui réussissait dans toutes ses actions. Celui-ci gagna promptement la faveur de Putiphar qui le mit à la tête de toute sa maison. Mais il eut le malheur d'avoir un trop joli visage (1) et de faire naître de mauvais désirs dans le cœur de la femme de son maître (2). Nous voilà donc dans la chambre de cette dame, que l'Écriture n'a point nommée. Le fond de la pièce est garni par un banc à haut dossier, dont les panneaux sont à draperies plissées; à gauche est un grand lit dont le chevet est décoré d'une petite crête sculptée, sans dais ni courtines, mais muni de deux oreillers provocateurs; à l'extérieur, on aperçoit une maison. « Madame Putiphar » se tient au pied du lit. Elle est mise comme les élégantes du temps d'Anne de Bretagne : robe traînante, ouverte en carré à la gorge, larges manches à parements fourrés, petite coiffe plate et bourse pendue à la ceinture. Prenant doucement Joseph par la manche, elle lui montre le lit d'un geste qui semble bien dire, dans leur laconisme tout antique ces simples mots : « Dormi mecum ». Joseph, toujours jeune et imberbe, mais pourtant plus âgé que dans les groupes qui précèdent, chapeau sur la tête, et retroussant légèrement son manteau, fait un geste scandalisé.
          MISERICORDE 48. – Même décor. Joseph a résisté avec indignation, mais un jour les sollicitations de sa maîtresse sont devenues plus pressantes. Elle a déjà ôté ses chaussures qui gisent à côté d'elle, et, assise au pied du lit, elle l'a pris par le bord de son manteau, et lui a réitéré son « dormi mecum ». Joseph, chapeau à la main, s'enfuit, laissant son manteau entre les mains de la séductrice (3). Cette circonstance permet de voir le vêtement de dessous de Joseph : c'est une saie à col droit, serrée à la taille, et ornée d'une espèce de plastron attaché sur l'épaule gauche par un bouton; son épée est pendue à un baudrier qui tombe sur les cuisses de droite à gauche.
          MISERICORDE Pl. LXVIII. 49 – Se sentant compromise, la femme de Putiphar a appelé les gens de la maison. Ils sont là au nombre de trois, dont l'un à l'épée au côté. Leurs gestes témoignent de leur surprise en entendant leur maîtresse raconter que l'hébreu introduit par son époux a tenté de la séduire, et que, effrayé par ses cris il s'est enfui, lui laissant entre les mains son manteau qu'elle leur montre (4). Un palais forme le fond de la composition.
          MISERICORDE 50. – Suivant une habitude assez fréquente, l'artiste a réuni en un seul sujet deux actions consécutives, mais connexes. Dans la première moitié de la miséricorde, c'est encore la chambre de la femme de Putiphar meublée comme précédemment. Elle tient toujours le fameux manteau qu'elle présente à son mari. Celui-ci, l'écoute d'un air peiné et indigné à la fois et fait un signe de son bâton à deux satellites qui entraînent Joseph dans une prison crénelée. Ce dernier groupe occupe la seconde moitié de la miséricorde.
          MISERICORDE 51.– Vers le même temps, deux eunuques du roi d'Egypte, son grand échanson et son grand panetier offensèrent leur maître, qui les fit      
Notes
(1) « Pulchra facie et decorus aspectu »
(2) Gen., XXXIX, 2-7.
(3) Gen., XXXlX, 11, 12.
(4) Gen., XXXIX, 13-15.

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mettre dans la maison du princeps militum où était Joseph (1). Le pharaon est assis dans un riche fauteuil en X à haut dossier, de style Renaissance. Sa robe, élégamment drapée et serrée par une ceinture à pendeloques, est relevée sur les genoux, laissant voir ses pieds chaussés de houseaux; il est coiffé d'un turban surmonté d'une couronne et tient un sceptre fleurdelysé. Il gardera à peu près le même costumé dans toutes les compositions qui vont suivre. D'un geste, il donne des ordres .à deux gardes qui entraînent les deux officiers dans la prison. A côté du pharaon se tient un valet imberbe, à figure réjouie et coiffé d'un chaperon en bourrelet. Derrière lui est une jolie crédence couverte de vaisselle.

          RAMPE C 51 (pl. LXXIX, en Z). – On sait ce qui se passa dans la prison. Joseph mis par le gardien au service des deux eunuques du Roi, leur donna l'explication de songes qu'ils avaient eus. Il prédit à l'échanson que, dans trois jours, il serait rétabli dans sa charge; quant au panetier, il serait, dans le même délai, attaché à une croix et mis à mort, ce qui arriva en effet (2). Ces différentes scènes sont distribuées sur les quatre groupes dont le haut de la rampe est orné.
          1er groupe (3). - Joseph, explique les songes aux deux eunuques. Il est coiffé d'un chapeau et vêtu d'une longue robe à manches fendues, analogue à celle qu'il portait dans sa jeunesse. II est encore jeune et imberbe. Les deux eunuques l'écoutent en manifestant des sentiments de surprise. La richesse de leurs costumes contraste avec la simplicité de celui de Joseph. L'un d'eux porte par-dessus une robe traînante une seconde robe beaucoup plus courte et taillée en rond par devant et par derrière; serrée à la taille par une courroie, elle est ornée d'un riche galon et d'une sorte de frange; les manches sont bouffantes, étroites aux poignets; il est coiffé d'une espèce de mouchoir formant turban avec un affiquet sur le front, et tient à la main son chapeau à longs poils. C'est l'échanson, car il est à peu près vêtu comme nous le verrons dans le sujet suivant. Les habits de l'autre sont disposés d'une façon inverse : c'est la robe de dessus qui est traînante. Munie d'un col droit peu élevé et de manches bouffantes froncées -aux épaules et tailladées aux poignets, elle est fendue des deux côtés avec un affiquet à l'extrémité de la fente, à hauteur de la cuisse, laissant voir une saie qui ne descend que jusqu'aux genoux et qui est bordée d'un très riche galon, tandis que la robe de dessus ne l'est que d'une simple ganse. Il semble avoir deux chapeaux superposés ; celui de dessus est à longs poils.
          2e groupe. - L'échanson rétabli dans sa charge. C'est un des plus jolis et un des plus curieux de tous les groupes qui, dans les stalles, occupent la même situation. Le pharaon est assis dans un élégant fauteuil devant une table couverte d'une nappe et servie. L'échanson (4) est vêtu à peu près comme précédemment, sauf que la robe de dessous est plus courte et qu'il aune bourse pendue à la ceinture et un couteau passé par-dessous. Son chapeau à la main, il sert à boire au pharaon dans un hanap couvert. Le long de la rampe, autour de la table du roi, divers objets accessoires d'un repas gisent à terre : piles d'assiettes dont un chat lèche le contenu, corbeille remplie de pains, flacon        
Notes
(1) Gen., XL, 1-3.
(2) Gen., XL, 4-23.
(3) Celui qui correspond au montant le moins élevé.
(4) Sa tête est brisée.

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avec sa courroie, pot à anse couvert. Le monarque est entouré de trois chiens, dont un (1) s'approche de la table en levant une patte de devant, comme pour solliciter quelque friandise. Un singe (2) attaché par une ceinture et une chaîne, porte un morceau à sa bouche, avec sa main, d'un geste bien naturel. Tout cela est vulgaire, bourgeois, mais c'est charmant.
          3e et 4e groupes. – Le supplice du panetier occupe les deux derniers groupes. A l'extrémité supérieure du plus haut montant de la rampe, entre deux arbres, se dresse un gibet de bois brut en forme de tau, auquel l'eunuque est suspendu par une corde. Il n'a pour tout vêtement qu'une chemise qui flotte au gré du vent, laissant apercevoir ses jambes et ses pieds nus. On voit par terre une tête de mort et des ossements humains, restes de ceux qui ont précédé. C'était la coutume, au moyen âge, de laisser les corps des suppliciés au gibet jusqu'à ce qu'ils tombent d'eux-mêmes. Le bourreau, ou, pour mieux dire l'exécuteur de la haute justice, est accroupi par derrière, mettant dans une espèce de sac ou de vêtement à manches un objet dont la forme est difficile à distinguer, et que MM. Jourdain et Duval ont pris pour la bourse du condamné. Il est vêtu de chausses garnies d'un rang de crevés à mi-cuisses et serrées à la taille par une coulisse, et d'un pourpoint très court et décolleté, laissant apercevoir la chemise entre les chausses et son bord inférieur; sur sa tête est un chapeau tailladé, par-dessus lequel la gourmette est relevée. Il a le visage rasé, mais paraît âgé. Une corde passée en bandoulière est l'insigne de sa profession (3).
          Trois personnages composent le troisième groupe, et représentent sans doute le public ou les gardes, qui assistent à l'exécution. Celui-ci est vêtu d'une longue robe fendue par devant, à grand col rabattu garni de petites boules, et serrée à la taille par un baudrier de cuir avec boucle et appendices découpés en forme d'écussons (4). Il tient un long bâton noueux. Celui-là, chaussé de houseaux à crevés, porte une saie serrée à la taille, fendue sur les côtés et laissant voir un vêtement de dessous beaucoup plus court. Le troisième, qui est à cheval, est vêtu à peu près de même. Il a une plume au chapeau et tient un bâton.

          RAMPE C 52 (pl. LXXIX, en Y). – « Deux ans plus tard, le pharaon eut un songe. Il lui semblait être sur le bord du fleuve, d'où sortaient sept vaches belles et grasses, qui pâturaient dans les marécages; puis il en sortit sept autres, laides et d'une maigreur extrême, qui allèrent paître dans les herbages sur la même rive du fleuve et qui dévorèrent les premières. Le pharaon s'étant alors éveillé, se rendormit et eut un autre songe. Sept épis pleins et beaux sortaient d'une même tige, qui furent dévorés par autant d'épis maigres et desséchés » (5).
          Contrairement au parti généralement adopté, c'est le songe des vaches, le premier en date, qui occupe les trois groupes les plus élevés de la rampe, tandis que celui des épis est tout entier sur le plus bas montant. La raison en       
Notes
(1) La tète brisée.
(2) La tète en partie brisée.
(3) Caudron a donné un costume à peu près semblable au bourreau qui décolle saint Firmin dans la clôture du chœur, et qu'il a refait de toutes pièces. Celui qui, dans l'autre partie de la clôture du chœur, tranche la tète à saint Jean-Baptiste, et celui qui, dans les stalles, préside au Crucifiement de Jésus (panneau de la rampe J 96) sont vêtus d'une façon beaucoup plus riche.
(4) 1509 : « Deux baudrez à boucle et morgan, l'un sur ung tissu de velours noir, et l'autre batu à l'or ». Arch. de la ville d'Am., 4313 z 1, fol. 28 v°.
(5) Gen., XLI, 1-7.

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est que le premier devant occuper trois groupes, il était plus naturel de lui faire suivre une marche ascendante. L'artiste n'a pas hésité à sacrifier la vérité à la beauté du coup d’œil.
          1er groupe (1). – Le pharaon est assis, accoudé et endormi dans une chaire dont le dossier est orné de draperies plissées. Un dais polygonal, d'une étoffe brodée, orné de franges et de courtines troussées, est placé au-dessus de sa tête et accroché à un édicule triangulaire couvert en tuiles ou en ardoises et de style Renaissance. Dans sa décoration figurent des coquilles, des médailles, etc. De cet édicule sort un personnage imberbe, coiffé d'un casque plat, en robe courte, bourse à la ceinture, sans doute un garde. Remarquons l'opposition très bien trouvée entre le pharaon dans sa gloire et le supplice du panetier qui lui fait pendant sur la rampe voisine.
          2e groupe. – Sept vaches grasses pressées les unes contre les autres semblent se diriger vers le pharaon endormi.
          3e groupe. – Sept vaches maigres entassées de même, dans la même direction. Il faut admirer l'habileté avec laquelle le tailleur d'images a su disposer ces deux groupes pour conserver le galbe général de la rampe, sans nuire au naturel et au mouvement.
4e groupe. – Le pharaon est encore endormi assis dans une chaire à haut dossier surmonté d'un fronton dans le goût de la Renaissance, mais sans dais. Sept épis pleins et sept épis vides croissent autour de la chaire (2).

          MISÉRICORDE - Pl. LXVIII. 52. – Plein de terreur, le pharaon a fait venir tous les devins de l'Égypte (3). Il est assis dans un fauteuil en X, à haut dossier de style Renaissance, et parle à un devin qui est debout près de lui. Ce personnage à figure grave et ornée d'une forte barbe, fait un geste qui manifeste son embarras. Longue robe serrée à la taille et retombant sur la ceinture, avec un affiquet sur la poitrine, capuchon couvrant la tête par-dessus le chapeau, bourse pendue à la ceinture, tel est son costume. Derrière lui, deux autres devins sans barbes, font également des signes d'inintelligence. Deux autres personnages se tiennent du côté du pharaon, dont ils figurent sans doute la suite.
          MISÉRICORDE 53. – Les devins n'ayant rien pu expliquer, l'échanson vint raconter au roi ce qui s'était passé dans la prison (4). Le pharaon est toujours assis dans le même fauteuil, en dehors de son palais qui forme le fond de la miséricorde; un personnage imberbe coiffé d'un chapeau se tient derrière lui. L'échanson, reconnaissable à son costume, est debout et semble adresser au roi des paroles que celui-ci écoute attentivement et avec intérêt. Deux autres personnages, l'un barbu et paraissant âgé, l'autre, le visage rasé et coiffé d'un casque, occupent la partie de la miséricorde à la droite du spectateur.
          MISÉRICORDE 54. – « Aussitôt Joseph fut tiré de la prison, par ordre du roi » (5). Debout, le sceptre à la main, et accompagné de deux personnages de sa suite, le pharaon s'avance vers la prison, dont un geôlier ouvre la porte,        

Notes
(1) Le plus élevé.
(2) Plusieurs sont brisés.
(3) Gen., XLI, 8.
(4) Gen., XLI, 9-13
(5) Gen., XLI, 14.

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tandis qu'un autre, vêtu d'une robe courte, tailladée sur la poitrine, et tenant un trousseau de clefs, fait sortir Joseph. Les cheveux et la barbe de celui-ci ont fortement poussé (1).
          MISÉRICORDE 55. – La miséricorde qui se trouve à cette place devait évidemment occuper le n°110, qui se trouve de l'autre côté : elle est la suite du fait représenté sur le n°109. Nous la décrirons en son temps.
          Amené devant le pharaon, Joseph a expliqué les songes. Les sept vaches grasses et les sept épis pleins représentent sept années d'abondance, et les sept vaches maigres et les sept épis vides, sept années de disette qui suivront immédiatement. Le roi fera donc bien d'établir un homme sage et habile pour amasser des provisions pendant les années d'abondance. Émerveillé, le pharaon dit à ses ministres : « Où pourrions-nous trouver un homme plus rempli de Dieu? » Il établit donc Joseph sur toute la terre d'Égypte, le premier après lui-même (2).
          Il est vraisemblable que les miséricordes des deux stalles basses faisant suite à celles que nous venons de décrire et qui ont été supprimées au XVIII° siècle, devaient se rapporter à ces faits.
Notes
(1) La Bible (loc. cit.) dit que Joseph fut tondu avant d'être présenté au pharaon
(2) Gen., XLI, 15-41.

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