CHAPITRE VII

STALLES

II
DESCRIPTION.


Pendentifs et culs-de-lampe


          Rappelons que la magnifique dentelle de bois qui couronne les dais des stalles retombe vis--à-vis de chaque parclose sur un pendentif alternativement formé d'un bouquet de feuillage et d'un groupe de personnages. Derrière ces pendentifs, les petites voûtes, qui forment le dais de chaque stalle, retombent aussi sur de jolis culs-de-lampe qui, alternativement aussi; sont formés de feuillages lorsque le pendentif correspondant est à personnages, et, dans les autres, d'un petit personnage accroupi : travail et talent dépensés en pure perte, puisqu'on ne peut voir ces derniers qu'en montant sur une échelle, cil se renversant péniblement et en s'éclairant d'une bougie, mais nos artistes n'étaient pas avares de leurs peines. C'est à notre avis la partie la plus intéressante de nos stalles. Ici les entailleurs se sont donnés libre carrière dans des scènes d'un entrain et d'un naturel achevés. Les pendentifs et les culs-de-lampe ont sur les appuie-mains, l'avantage d'avoir été préservés de tout contact et de nous être parvenus à peu près tous dans leur première fraîcheur, sans avoir perdu un coup de gouge ni un coup de ciseau. MM. Jourdain et Duval ont jugé à propos de faire des pendentifs et des culs-de-lampe deux séries, mais nous croyons qu'il sera plus commode pour suivre notre description sur le monument, de n'en faire qu'une seule; nous distinguerons seulement les culs-de-lampe par un astérisque. Nous ne décrirons, bien entendu, que les culs-de-lampe et pendentifs à personnages.
          I. Concert d'anges. Trois anges ou génies : le premier, vêtu d'une longue robe ouverte à revers sur la poitrine qu'elle laisse à nu, tête d'enfant joufflue et souriante, aux cheveux bouclés, joue de la harpe; le second, l'air vieillot et laid, entièrement nu, et n'ayant pour tout vêtement, si on peut appeler cela un vêtement, qu'une garniture de grelots aux jarrets, pince du luth; le dernier, également vieux et laid, porte une longue robe à col droit et joue de la vielle à manivelle, appelée jadis chifonie.
          1-2*. Un homme à barbe pointue, encapuchonné, accroupi, et soutenant la retombée avec effort.
          1-2* bis. Au bas du grand pendentif de la maîtresse stalle, deux hommes imberbes, l'un, vêtu de chausses dont la ceinture retombe à droite et à gauche, et d'un pourpoint au bas duquel on aperçoit les œillets destinés à faire passer les aiguillettes qui doivent le rattacher aux chausses; sur sa tête est une écharpe roulée en turban avec l'extrémité retombant sur le côté. Le second est tête nue et porte une longue saie. Tous deux paraissent soutenir le pendentif à grands efforts.
          2-3*. Un homme imberbe, à longue chevelure bouclée, vêtu d'une robe traînante, paraissant soutenir péniblement le pendentif.
          3-4. C'est un des plus curieux et un des plus vivants de tous les pendentifs. On pourrait l'intituler : Une bataille, ou plutôt : Le guet-apens. Un   

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individu imberbe, aux vêtements tailladés, coiffé d'un bonnet, et, par dessus, d'un chapeau à plumes aux bords retroussés. D’une main, il tient un poignard qu'il retire vivement en arrière pour en frapper son adversaire qu'il saisit de l'autre par le collet. Celui-ci porte des chausses rattachées à son pourpoint par des aiguillettes, dont le mouvement qu'il fait en arrière pour échapper à l'étreinte de son agresseur a fait rompre une partie, de sorte que la chemise flotte entre le pourpoint et les chausses ; par dessus ce pourpoint est une cuirasse avec brassières articulées aux coudes; il a sur la tête un bonnet ou coiffe, et, par dessus, un casque à visière, dont on ne saisit pas bien exactement la forme. Une main à la garde de son épée (1), il saisit de l'autre la ceinture de son adversaire pour tâcher de le repousser. Par derrière, un troisième personnage à longues moustaches, le reste de la figure rasé, est caché et en train de dégainer, comme s'il avait l’intention d'aller à la rescousse de l'un ou de l'autre des combattants. Bas et haut de chausses, jarretières sous les genoux, pourpoint à col droit tailladé, avec manches dont les trois rangs de crevés vont en s'élargissant du poignet à l'épaule, comme trois melons de tailles inégales superposés, chapeau à larges bords retroussés, tel est son costume qui rappelle celui des lansquenets.
Suivant MM. Jourdain et Duval (2), ce sujet serait, ainsi que plusieurs autres analogues, une réprésentation de la colère ou de l'envie. Nous ne pensons pas qu'il y ait rien de symbolique dans ces pendentifs, pas plus que dans les appuie-mains, et nous croyons que nos artistes ont simplement voulu reproduire ici une de ces scènes qu'on voyait fréquemment dans les villes au moyen âge, et telles qu'à Amiens même ils en avaient constamment sous les yeux :« Envayes, excez et oultraiges ..... fais ..... par aucuns seigneurs qui voloient batre et injurier les habitans de ladite ville, et de fait en avoient batu aucuns (3) ..... batures et navrures, .,... noises, débatz et homicides (4), ..... destroussemens, volleries, homicides, invasions, pilleries et maléfices  » (5), guet-apens, agressions nocturnes, rixes sanglantes, dans les cabarets, à la suite de jeux ou de fêtes, ou à propos de fillettes, querelles contre les sergents, querelles contre les gens de guerre, querelles de femmes, etc., sur lesquels les registres de la ville d'Amiens fourmillent de détails, dont nous ne retiendrons que celui-ci qui semble le commentaire de ce curieux groupe : « De jour en jour et aussi de nuit, y a plusieurs malfaiteurs de dehors en icelle ville, qui batent, navrent et injurient les habitans et povres gens d'icelle ville, et se viennent couvertement embusquier et muchier ès maisons et hostels où ils sont logiez, et, quant ilz voient leur coup, saillent enmy la rue et batent et navrent ceus qu'ils héent ou ceuls qui veulent dire qui leur ont fait desplaisir » (6).
          4-5* (7). Un ange, à belle figure, aux cheveux bouclés, vêtu d'une longue robe à capuchon relevé, la tête découverte, les ailes éployées et accroupi. Il semble lire ou chanter dans un grand livre qu'il tient ouvert devant lui.
Notes
(1) La garde de cette épée est extrêmement curieuse, un vrai chef-d'œuvre de délicatesse.
(2) Op. cit., p. 411 .
(3) Echevin. du 6 mars r 157 v. s., Arch. de la ville d'Ain., 1313 S, fia. 104 v".
(4) 1535. Arch. de la ville AA 12 reg M. fol. 179 v°.
(5) 1544 Ibid., fol. 216.
(6) Echevin. du 29 mars 1462. Arch. de la ville dAm. BB 9, fol. 62. - Les artistes n'étaient pas parmi les moins batailleurs. Nous avons rappelé un fait de ce genre à propos d'Alexandre Huet, un des auteurs de nos stalles. (Voy. ci-dessus, t. II, p. 149, note 3). - Rasset Sarnin, entailleur d'images à Amiens, fut aussi condamné à une amende « pour batures et navrures par luy faictes à l’encontre de Michaut le Normant ». Echevin. Du 12 mai 1497. Arch. de la ville d'Am.. BB 17, fol. 164 v°.
(7) Correspondant au pendentif placé dans l'angle.

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         5-6. Trois hommes imberbes. Celui du milieu, entièrement nu, se tire violemment avec les deux index les deux coins de la bouche, déjà démesurément grande, en faisant une horrible grimace (1); il est accroupi, les jambes croisées. Les deux autres, qui paraissent plus jeunes et qui n’ont pour tout vêtement qu'un linge à la ceinture, sont à genoux à ses côtés, lui pressant le dos d'une main et, de l'autre, son ventre rebondi, le tout arrangé d'une façon comiquement symétrique. Par derrière, est une femme ailée, aussi entièrement nue, tenant dans une main une mèche de ses cheveux qui tombent sur ses épaules. On ne saurait expliquer ce sujet plus grotesque pourtant que réellement inconvenant, du moins en comparaison de certains autres.
          6-7*. Un bon gros réjoui à large figure bouffie, camarde et imberbe, vêtu d'une robe dont le capuchon lui enveloppe toute la tête. Il est accroupi et parait soutenir avec effort la retombée de la voûte.
         7-8. Nous ne croyons pas que les deux hommes qui composent ce pendentif soient des moines, ainsi que l'ont pensé MM. Jourdain et Duval : ils sont barbus, et leur longue chevelure ne porte pas trace de tonsure. Leurs robes serrées à la taille et retombant sur la ceinture, sont munies de manches évasées; une bourse leur pend au côté. Un chaperon relevé complète leur accoutrement qui, on le voit, est assez simple. Tous deux sont agenouillés et tiennent symétriquement un grand livre ouvert qu'ils présentent au public (2).
          8-9*. MM. Jourdain et Duval l'ont calomnié en le traitant de manant, ce gentil petit vieux assis sur ses jambes croisées et qui semble soutenir sur son dos avec tant d'efforts le poids de la retombée. Sa mise est, au contraire, des plus soignées : il porte les souliers à la poulaine, souvenir de son jeune temps, et une saie boutonnée par devant, dont les manches fort compliquées sont d'abord bouillonnées à l'épaule, puis serrées sous l'aisselle, après quoi elles deviennent très amples et tailladées aux coudes, serrées puis enfin évasées aux poignets. Un bonnet lui enveloppe complètement la tête. En un mot, charmante petite figure, d'une grâce et d'un naturel exquis.
9-10. Le chef de saint Jean. Deux angelots aux figures suaves, aux longues tuniques flottantes, l’amict au col, les ailes éployées, sont à demi agenouillés et présentent au public la tête tranchée de saint Jean-Baptiste posée sur- un plat orné de pierres précieuses. Cette tête morte; les yeux éteints, les traits contractés et pourtant encore beaux après la mort, est une véritable merveille (3).
          10-11*. Un homme fort laid, affaissé sur lui-même et endormi. Deux pointes de barbe lui pendent au menton. le reste de son visage est rasé. II est vêtu d'une longue et ample robe et encapuchonné dans un chaperon dont le camail, qui tombe très bas, est échancré sur les côtés et arrondi devant et derrière.
Notes
(1) Cf. une miséricorde des stalles de Mortain. De LA SICOTIERE, dans Bull. monum., t. V, p. 376
(2) Il y a un sujet analogue à un des appuie-mains des stalles d'Auch.
(3) Il est à supposer comme l'ont pensé MM. Jourdain et Duval, qu'il y a ici une allusion à la relique du Précurseur que possède la cathédrale. Une maison pour le moins de cette ville avait le Chef saint Jean pour enseigne. Ce n'est pourtant pas absolument une raison. On retrouve le même sujet à d'autres endroits, notamment sur une miséricorde des stalles de la cathédrale d'Auch.

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          11-12. Deux anges ou plutôt deux génies presque entièrement nus, serrés seulement à la taille par une écharpe qui ne les couvre que très imparfaitement, ailes éployées et visages souriants. Ils tiennent un écu en forme de cartouche sur lequel est sculptée une énorme tète grimaçante, aux cheveux hérissés, aux oreilles pointues, avec un anneau passé 'dans la bouche en manière de heurtoir de porte (1). Par derrière, un troisième génie, entièrement nu, tient d'une main le pied d'un de ses camarades et pose l'autre sur l'épaule du second.
          12-13*. Un homme barbu, coiffé d'une espèce de casque, vêtu d'une longue robe, accroupi, cramponnant ses mains à ses jambes, comme s'il succombait sous le faix qui l'accable.
        13-14. Un gros homme ventru, vêtu de chausses demi-collantes, attachées à un pourpoint muni d'un chaperon relevé, est assis les jambes croisées buvant avidement à même d'un pot. Ses yeux largement ouverts, de profondes fossettes creusées dans ses joues, expriment merveilleusement l'effort voluptueux qu'il fait pour avaler. A ses côtés sont deux vieillards : un homme, coiffé du chaperon posé sur la tête par la visagière, la cornette retombant en faisant le tour du cou, et une femme, la tête enveloppée dans un capuchon. Tous deux prennent le premier par l'épaule et semblent vouloir le tirer chacun de son côté. Ne serait-ce pas un vieux père et une vieille mère qui essaient d'arracher leur fils à son ignoble vice? Par derrière, un quatrième personnage, homme imberbe à tête nue, étend la main en arrière comme s'il voulait montrer la scène. Ces quatre personnages ont des expressions extraordinaires de vie et de vérité. MM. Jourdain et Duval ont judicieusement fait observer que le cul-de-lampe intérieur qui surmonte notre pendentif est formé d'un cep de vigne chargé de raisins.
Notes
(1) Nous ayons déjà vu ce même motif dans l'appuie-mains 8;-88. Nous le retrouverons encore.

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          14.-15*. Un homme endormi, la tête appuyée sur son coude droit et s'accrochant de la main gauche à la retombée.
         15-16. Nous éprouvons quelque embarras vis-à-vis de ce pendentif qui est un des plus remarquables; mais aussi un des plus grossièrement inconvenants. Au milieu et en avant, est un affreux démon dont on ne voit ni les bras ni les jambes : son horrible tête, tout à la fois humaine et bestiale, est posée sur un corps entièrement nu, aux mamelles luxurieusement pendantes : cheveux crépus, yeux caves, nez en bec de cane, gueule fendue jusqu'aux oreilles par un rictus immonde; deux mêches de barbe lui pendent sous le menton; deux cornes courbées qui partent du front, complètent cette physionomie vraiment diabolique. A ses côtés, deux hommes imberbes et têtes nues s'enlacent avec lui par les bras et par les jambes. Ils font avec des hommes entièrement nus placés à côté d'eux, tournés vers l'intérieur des stalles, des gestes qu'il faut renoncer à décrire. Tous ces visages aux traits tirés, aux nez épatés respirent la passion et le vice de la façon la plus énergique, la plus brutale. On. ne sait s'il faut plus admirer l'habileté de l'artiste que blâmer son audace.
         16-17*. Un pouilleux. C'est encore un spécimen de l'intéressante catégorie d'individus que les registres de l'échevinage d'Amiens désignent sous les qualifications variées de varigaux, compaignons oiseux, truands et vacabonds, de ces teneurs de jeux, souteneurs de filles, mendiants, coupeurs de bourses exerçant encore divers autres métiers interlopes (1). Figure sauvage et ramassée, traits durs, nez épaté, bouche contournée par un rire mauvais, longue barbe, chevelure inculte et pendant en longues mêches sur les épaules; pourpoint rattaché aux chausses par des aiguillettes, souliers à revers, délabrés et à travers lesquels sortent les doigts de pieds, voilà, en quelques mots, cet être repoussant. Il est littéralement plié en trois, sous le poids de la retombée.
          17-I8. Deux hommes dans la force de l'âge, entièrement nus, aux nez crochus, aux longues chevelures, l'un portant toute sa barbe, l'autre seulement la moustache et les favoris, le menton rasé, sont à demi agenouillés symétriquement à droite et à gauche d'un bucrane dont ils tiennent chacun une corne et des yeux duquel part un varech dont les enroulements complètent l'ornementation du pendentif.
Notes
(1) « Pour ce que plusieurs compaignons huiseux, que communément on nomme varigaux, ont esté prins en ladite ville par justice et mis prisonnierz en Beffroy, ouquel ils ont enté interroguiés par Messeigneurs et leurs conscillerz, de leur estat, vie et gouvernement et ont trouvé qu'ils estoient gens vacabondes, qui aloient de feste en feste, tenoient brelens à fermes, menoient fillettes par le pays, suyoient l'ordre de bélistre, se pourchassoient et aloient de pays à aultre, sans mestier faire ne ouvrer, dont grant soupechon estoit sur eulz, à cause de ce que, à la feste saint Jehan à Amiens, et à la feste de saint Pierre de Corbie derrainement passez, aucuns larrons avoient coppé pluiseurs bourses ans bonnes gens et fait pluiseurs larchins aux marchans, par quoy lesdis varigaux en estoient souspeçonnez ». Echevin. du 6 juillet 1460. Arch. de la ville d'Am., BB q, fol. 226. – En 1464, Pierre Petit, brasseur, est condamné en une amende, « pour ce qu'il soustenoit en sa maison plusieurs varigaux, garchons, joueurs de dez, coquins, truhans, quérans leurs vies, qui chacun jour jouoient aux dez et se logeoicnt en sa maison et jouoient leurs robes et pourpoins ». Echevin. du 30 avril 1464. Arch. de la ville d'Am., BB 9, fol. 146 v°, etc. - Voy. ci-dessus, t. II, P. 246

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          18-19*. Un homme barbu, vêtu de chausses collantes, d'une saie serrée à la taille, et coiffé d'un chapeau. A demi agenouillé, il soutient la retombée avec effort de son bras gauche, la main droite appuyée sur son genou.
          19-20. Est-ce le culte de la Volupté, ainsi que l'ont intitulé MM. Jourdain et Duval ? Une jolie jeune femme agenouillée, entièrement nue, les cheveux tombant en longues boucles sur ses épaules, tient dans ses deux mains une guirlande de feuillage traitée dans la manière de la Renaissance, enroulée autour de son cou, croisée avec un gros bouquet sur sa poitrine. Cette guirlande se continue en de gracieux festons tout autour du cul-de-lampe, auquel elle se rattache par derrière. Deux hommes âgés aux visages osseux et rasés, vêtus de saies fendues sur le côté, et coiffés de bonnets, sont symétriquement agenouillés de chaque côté de cette femme, une main levée, et tenant de l'autre la guirlande.
          20-21*. Un homme âgé, le visage glabre, chapeau très bizarrement contourné, soutenant la retombée de son épaule droite, la main appuyée à la hanche, et de son pied droit qui est levé en l'air d'une façon tout à fait acrobatique.
          21-22. Deux jolis angelots, en amicts et longues tuniques, les ailes éployées, agenouillés et présentant au public un long et étroit écu parti.
          22-23*. Horrible vieux renfrogné, nez crochu, sans barbe, vraie tête de chouette, coiffé d'un chapeau et dont la longue robe est munie de manches bouillonnées aux épaules, larges aux coudes, serrées aux poignets et retombant brusquement en entonnoir. Où la coquetterie va-t-elle se nicher ? Il est agenouillé portant péniblement la retombée sur ses épaules en s'arcboutant de ses bras sur ses jambes, et paraît mourir d'ennui.
          23-24. Quatre jeunes gens imberbes. L'un, vu de face, porte un habit à col droit et attaché très originalement sur le devant par des aiguillettes lacées deux par deux ; il est tête nue, et met un genou à terre. Les deux autres, à sa droite et à sa gauche, l'un coiffé d'un mouchoir, l'attire, tête nue, lui tirent chacun de son côté sa longue chevelure, tandis que de ses deus mains, il cherche à les repousser, et que la contraction de ses traits exprime une vive douleur. Le quatrième personnage, qui est tout à fait derrière, saisit son voisin de droite par le pied. Il y a dans tout ce petit groupe une vie et une animation extraordinaires : les expressions des visages ont une variété et une vivacité étonnantes; c'est un des plus jolis pendentifs. Remarquons une fois de plus comme dans tous ces sujets si animés, l'artiste ne perd jamais de vue le galbe général ni l'effet d'ensemble.
          24-25*. Homme coiffé d'un chapeau, manteau sur les épaules, assis un genou dans ses mains, et soutenant avec effort la retombée sur son dos.
          25-26. Au centre est un génie bien replet et bien joufflu, entièrement nu, les ailes éployées : à ses côtés, deux jeunes gens imberbes, têtes nues aux longues chevelures, vêtus seulement d'espèces de tuniques largement ouvertes en pointe sur la poitrine qu'elles laissent à nu, ainsi que les jambes et les pieds, tiennent chacun une longue troupe ou cornet recourbé. Le génie semble vouloir les amener en avant, les tirant l’un par le bras, et l'autre par l'épaule.

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          26-27*. Un homme imberbe, tête nue, longue robe boutonnée par devant, relevée, chausses collantes, sans souliers, s'écartant les deux coins de la bouche avec les doigts, en faisant une horrible grimace. Confortablement assis, il n'a pas l'air autrement gêné du fardeau qu'il porte.
          27-28. Qu'ils sont dévots et innocents ces trois angelots qui prient de si bon cœur agenouillés, les mains jointes le visage tourné vers l'autel, les ailes humblement abaissées et les longues chevelures retombant en belles boucles sur les épaules (1)!
          Il y a dans ce petit groupe si pur, si simple, un calme et une douceur indicibles. Il semble que nos artistes aient voulu figurer les charmes de la vertu après les effroyables excès du vice et nous montrer qu'ils savaient exprimer avec autant de bonheur les sentiments les plus opposés. Le contraste n'échappera à personne.
          28-29*. Un homme vu de profil, à figure imberbe, souliers à revers, chausses demi-collantes et d'une pièce, la chemise bouffant entre ces chausses et le pourpoint qui est attaché à ces dernières par des aiguillettes, chapeau sur la tête. De ses deux mains, de ses épaules, et en s'arcboutant sur ses jambes, il soutient la retombée avec un sentiment de l'effort admirablement rendu.
          29-30. Deux hommes d'un certain âge, le visage rasé, coiffés tous deux de chapeaux et vêtus de robes à pèlerines. Ils sont à genoux, la tête penchée, et déroulent gracieusement une banderole.
          30-31*. Encore un sot : chausses collantes, saie assez longue serrée à la taille, la tête encapuchonnée dans un chaperon à oreilles d'âne, dont le camail est échancré sur les cotés et arrondi par devant et par derrière. II a dans une main sa marotte, et, de l'autre, se tient la jambe, le pied en l'air.
           55-56. Quatre jolis enfants courant, jouant et gambadant à travers des branches d'arbres. Ils n'ont que des tuniques fort courtes et très échancrées, laissant voir à nu la poitrine, les jambes, les pieds et une partie des bras : l'un d'eux a le haut des manches tailladé, un autre a sa tunique ouverte à revers par devant, avec un bouton, le troisième a un col rabattu, et le dernier est sans manches (2).
          56-57*. Deux angelots aux visages riants, les ailes abaissées, tenant devant eux et présentant un livre ouvert.
          57-58. Le suave et le grossier se coudoient. Deux gros hommes imberbes aux visages lippus et sensuels, vêtus seulement de tuniques largement ouvertes, à manches courtes et laissant voir la poitrine, les bras, les jambes et les pieds nus, sont symétriquement accroupis de chaque côté d'un troisième encore plus gros qu'eux, au visage enfantin et joufflu et qui, leur passant ses bras sur les épaules, cherche à se défendre contre leurs entreprises lubriques.
          58-59*. Un homme barbu, accroupi et comme écrasé sous le faix qu'il supporte : houseaux aux pieds, saie festonnée par en bas et munie de manches tailladées de l'épaule au coude, chapeau crénelé, voilà son accoutrement.
          59-60. Ce joli pendentif est en assez mauvais état. Il représente quatre enfants courant à travers des branches d'arbres- et jouant avec des oiseaux (3). II n'y en a plus que trois à peu près entiers : du quatrième il ne reste plus qu'une jambe. Deux des trois autres sont entièrement nus, le troisième porte seulement une saie très courte et festonnée par le bas.
Notes
(1) L'un d’eux a les mains cassées.
(2) On ne voit pas trop comment cette charmante scène enfantine pourrait personnifier la paresse comme l'ont pensé MM. Jourdain et Duval. (Op. cit., p411) Ce vice aurait un aspect bien attrayant.
(3) Cf. une des miséricordes des stalles d’Auch.

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          60-61*. Un homme à longue barbe divisée en deux pointes, nez retroussé, yeux vifs, vraie tête à la manière de Callot. Il est coiffé d'un chapeau par-dessus un bonnet et vêtu d'une robe à capuchon découvert. Assis, affaissé, se tenant la jambe d'une main, la tête appuyée sur l'autre, il semble profondément réfléchir.
          61-62. Si le bon gros joufflu qui est là au milieu, en chemise, serrant ses bras et croisant ses jambes comme s'il avait froid, ne riait pas de si bon cœur en montrant une belle rangée de dents, on pourrait intituler ce sujet l'agression, tant ont l'air sinistre les deux personnages qui l'appréhendent au collet. L'un est vêtu de long, avec bonnet et chapeau sur la tête ; sa figure rasée, au nez retroussé, coupée en deux par de longues moustaches en crocs, dessine un rire méchant et sauvage. Le visage glabre et osseux de l'autre, sa bouche édentée, serrée et grimaçante, son nez eu bec d'aigle, avec une verrue poilue comme une queue d'hermine au milieu de la joue, et son chapeau aplati comme une sorte de bonnet de coton, font penser à Robert Macaire (1).
          62-63*. Un homme à grosse face réjouie, imberbe, robe tailladée au col et au haut des manches, avec deus grands crevés verticaux le long de la poitrine. II est complètement agenouillé et de ses mains soutient la retombée avec effort.
          63-64. Deux hommes tenant un écu en forme de cartouche bordé de têtes de clous et chargé d'une tête de lion admirablement faite, dans la gueule de laquelle est passé un anneau. L'un porte une robe à col droit, fendue sur le côté, avec manches aux larges parements, des grelots pendus aux oreilles. L'autre a des souliers lacés, une saie à col droit, dont les manches sont tailladées de l'épaule au coude, avec un très long crevé sous l'avant-bras à travers lequel bouffe la manche de la chemise et dont les bords sont réunis par un lacet lâche. Tous deux ont une écharpe nouée autour d'une chevelure courte et crépue : visages ronds, lippus et imberbes, types de nègres.
          64-65*. Un homme âgé, coiffé d'un bonnet sur lequel est posé un véritable casque à mèche terminé par un superbe gland. Complètement affaissé sur lui-même, il paraît soutenir la retombée de son coude gauche machinalement, et comme pour l'acquit de sa conscience. II est bien plus occupé à regarder d'un air jovial le liquide contenu dans le flacon qu'il élève à la hauteur de son oeil.
          65-66. Trois hommes agenouillés et déroulant devant eux une banderole. Le premier, ne porte que les moustaches, et a sur la tête un bonnet sur lequel est une sorte de bonnet phrygien, ou de bonnet de coton, la corne en avant; celui du milieu est entièrement rasé et coiffé d'un bonnet carré; le dernier est également glabre. Les traits accentués de celui-ci, son gros nez et sa grande bouche aux lèvres minces donnent à sa physionomie beaucoup de vie et d'expression. Autour de sa tête est enroulée une écharpe dont l'extrémité retombe sur le côté, comme la patte du chaperon.
Notes
(1) - Pour ce que le commun poeuple de ceste ville d'Amiens, par bondes et compaignies, a acoustumé chacun an, ès gras jours, de faire plusieurs assemblées et combats les ungs contre les aultres, par manière d'esbatemens; au moien de quoy sont procédez pluiseurs inconvéniens, tant de bleschures, navrures, noises, discensions et malladies, comme aultrement », etc.. 15 févr. 1514 v. s. Arch. de la ville d'Am., AA 12, fol. 118 ».

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          66-67*. Epais et ventru avec sa grosse face imberbe, plate à force de graisse et renfoncée dans les épaules, les membres ramassés et sans forme, comme une huître dans son écaille, ce gros homme va crever sous le poids qu'il supporte.
          67-68. Une jeune fille ou plutôt une jeune femme fort élégante robe ouverte en carré sur la poitrine et laissant voir les fins plis de la chemise, manches bouillonnées, serrées aux aisselles et allant en se rétrécissant jusqu'aux poignets. Elle est coiffée d'un bonnet qui lui couvre toute la chevelure, et, par-dessus, de la coiffe dite d'Anne de Bretagne, ornée sur les oreilles de deux affiquets qui paraissent servir de points d'attache à une gourmette passée sous le menton. Un genou en terre, elle tient un miroir monté sur un pied hexagonal, dont l'encadrement est orné de huit gemmes ou huit têtes de clous. De l'autre côté, est un homme imberbe, aux traits accentués, aux cheveux longs, et non moins somptueusement vêtu; manteau coquettement drapé sur les épaules et superbe chapeau orné de trois plumes et d'une enseigne. II tient derrière le miroir que porte sa compagne, une tête de mort admirablement faite, et semble la montrer avec un geste et une expression pleins d'ironie (1).
          68-69*. Un pauvre vieux à figure décharnée et édentée, vu de dos, use tout ce qui lui reste de forces à soutenir la retombée des deux mains.
          69-70. Deux anges à la physionomie un peu banale, portant l'aube et l'amict, ailes éployées, sont agenouillés tenant un écu en forme de cartouche, parti, avec renflement au centre.
          70-71*. Celui-ci a trouvé plus commode de se mettre à quatre pattes et de recevoir sur son dos le fardeau qu'il est chargé de supporter. Sa robe est bizarrement drapée autour de lui, et sa grosse figure imberbe, renfoncée dans les épaules, semble exprimer qu'il se trouve bien du parti qu'il a pris.
          71-72. Deux hommes barbus se tenant accrochés à des branches d'arbres et paraissant se battre. L'un, qui est à demi agenouillé, porte une saie dont la jupe est à plis en tuyaux d'orgue. Elle est attachée sur la poitrine par un seul bouton, avec manches tailladées de l'épaule au coude et étroites à l'avant-bras. Son chapeau est à larges bords; à son bras gauche est attachée une rondache entourée d'un orle à têtes de clous. Sa physionomie est tout à fait particulière : tête carrée, bouche largement fendue et entr'ouverte, laissant voir les dents, nez pointu et un peu retroussé, forte barbe taillée carrément, le chapeau un peu sur l'oreille. L'autre, qui est assis par terre, a un type tout différent : il porte aussi toute sa barbe, mais plus allongée et divisée en deux pointes; sa bouche est également entr'ouverte et laisse voir les dents, mais elle est plus petite. Chausses collantes, saie dont la jupe, fort courte, est festonnée par en bas et complètement raide, sans aucuns plis, manches longues et étroites, corsage échancré en rond sur la poitrine et laissant voir le vêtement du dessous posé à plat, bonnet sur la tête. Son chapeau à larges bords, surmonté d'un bouton, tombe sur son dos, retenu par une gourmette qui, traversant les bords, vient passer par-dessus la tête. Il tient un écu en cartouche à un orle engrelé, dont la forme est à peu près semblable à celle de l'écu du pendentif 69 70.
Notes
(1) Il faut rapprocher ce sujet, dont la pensée philosophique est d'exprimer la brièveté de la vie, d'un grand nombre d'autres du même genre qui eurent beaucoup de succès pendant la seconde partie du moyen âge, jusqu'au XVII° siècle, et dont le type te plus populaire est la fameuse Danse macabre. On rencontre un grand nombre de variantes sur ce thème, notamment dans les estampes des XV° et XVI° siècles. L’ « ange pleurant » de Blasset (voy. ci-dessus, t. II, p. 81) rentre encore dans cet ordre d'idées. - A rapprocher ces vers,
II n'est fisicien ne mire
Tant saiche les aultres guérir
Quy à ce myrouer ne se mire
Et que tous ne faillent mourir.
(La remembrance de la mort, poésie du XV° siècle publ. dans MONTAIGLON, Rec. de poésies franç., des XV` et XVI° siècles, t. II, p. 206).

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          72-73*. Un homme barbu à type allemand, coiffé d'un chapeau, et dont la tête, par suite de l'effort qu'il fait en s'accroupissant, parait près de disparaître sous sa robe. II tient une banderole.
          73-74. Encore une bataille. Un homme chaussé de brodequins à boutons, la chemise bouffant entre les chausses et le pourpoint qui est à manches simples, grandement ouvert en pointe sur la poitrine et laissant voir les fins plis de la chemise, qui est froncée au cou et serrée par un galon. A la ceinture de ses chausses et au bas de son pourpoint, de petits oeillets sont disposés deux par deux pour passer des aiguillettes qui n'existent pas. Il est imberbe et coiffé d'un chapeau aux bords retroussés, la main à la garde de sa dague ; comme pour chercher à se défendre. Cette dague est pendue à un baudrier lâche. La poignée et la croisée, très exactement reproduits, sont assez intéressants. II est appréhendé au collet et par le bras par deux individus. L'un parait âgé, édenté, la lèvre inférieure proéminente, la bouche pincée, l'air mauvais : chapeau crénelé, pourpoint tailladé à la ceinture, aux manches longues et étroites, bouillonnées à côtes de melon aux épaules et aux coudes, col droit, chausses collantes, baudrier lâche, tel est son accoutrement. L'autre est encore plus sinistre : nez en bec d'aigle, menton en galoche, crâne dénudé, moustaches pendantes, le reste de la figure rasé, yeux vifs, pourpoint avec petits trous pour des aiguillettes qui ne sont pas mises, la chemise bouffant entre les chausses et le pourpoint. Il brandit un énorme coutelas, dont il s'apprête à frapper le premier personnage. Un quatrième larron au regard méchant, tenant une épée nue, se tient caché par derrière, pour prêter main forte aux premiers.
          74--75*. Un jeune homme en chausses et en pourpoint, les cheveux en désordre, tête nue, tenant par le corps une jeune fille ou jeune femme coiffée d'un mouchoir, qui cherche à lui échapper, la main levée comme pour le frapper. Charmant petit sujet.
          75-76. Le sot ou le fou ivrogne. Un vieux sot entièrement chauve et glabre, vêtu d'une saie dont la jupe est découpée en pointes au bout de chacune desquelles est un grelot, capuchon relevé, chausses collantes avec une garniture de grosses boules ou de grelots sous les genoux, boit avidement à même d'un pot à anse qu'il tient à deux mains. Il est assis, les jambes croisées. A sa droite et à sa gauche, deux folles le prenant par le coude et l'épaule l'aident à boire en riant : l'une est jeune et fort jolie, pour une folle, une garniture de grelots orne les manches de sa robe ; sa tête est enveloppée dans un capuchon sans oreilles; mais garni d'une sorte de revers et d'une crête à la couture. L'autre est plus âgée : figure replète, riant aux éclats, la tête renversée dans son capuchon à oreilles d'âne, un grelot au coude et au bas de sa robe, qui est assez courte, retroussée et laissant voir ses jambes et ses pieds nus. Le geste et l'expression de physionomie de ces deux femmes sont bien différents de ceux des deux personnages qui accompagnent le buveur du     

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pendentif 13-14. Là-bas, ils semblent vouloir le retenir et l'empêcher de boire. Ici, notre vieux sot est provoqué et excité par ses compagnes de folie.
Par derrière, un quatrième sot, fait une grimace en s'écartant les coins de la bouche avec les doigts et en tirant la langue (1).
          76-77*. Un sot à grosse figure imberbe et riant aux éclats. Coiffé d'un chaperon à oreilles d'âne, dont le camail est attaché par un bouton, il est accroupi, un faucon sur le poing, et met l'autre main dans une grande bourse pendue à son côté, comme s'il cherchait quelque chose à lui donner à manger.
          77-78. Trois religieux au chœur. Ils portent le costume des Jacobins, moins le scapulaire : robe serrée à la taille, chape et capuce dont la pèlerine se termine en pointe peu aiguë par derrière, large tonsure. L'un d'eux est chauve et n'a de cheveux que par derrière. Un est assis, les deux autres à genoux et, le capuce relevé, la bouche entrouverte, ils psalmodient dans un grand livre.
          78-79. Le « joueur de tabour ». Chausses jarretées, pourpoint tailladé au col, aux épaules, aux coudes et aux poignets, chapeau crénelé, moustaches en crocs, le reste de la figure rasé, il est à demi couché sur le côté, battant du tambour.
          79-80. Trois petits génies joufflus et à peu près nus. L'un ne porte qu'une tunique très décolletée, aux manches retroussées, fendue sur les côtés; les deux autres, simplement drapés dans un morceau d'étoffe, soufflent de tous leurs poumons, en enflant comiquement leurs joues, dans de longues trompes recourbées assez semblables à celles que nous avons vues au pendentif 25-26.
          80-81*. Un ange en aube et amict, les ailes éployées, tête nue, assis et chantant dans un grand livre ouvert devant lui.
          81-82. Quatre petits polissons entièrement nus, bien potelés et bien joyeux, dansant une ronde effrénée autour du pendentif, les bras enlacés et le visage tourné en dehors.
          82-83*. Un homme imberbe à grosse face réjouie, sans souliers, chausses collantes d'une seule pièce, tailladées au milieu des cuisses, saie à col droit avec bandes horizontales entre lesquelles est un rang de crevés, manches tailladées de l'épaule au coude, et étroites aux poignets. Il tient dans une main son vaste chapeau crénelé et souffle à pleins poumons dans une trompe ou plutôt dans un cor bizarrement recourbé et enroulé. Affaissé sur ses deux genoux, il semble penser beaucoup plus à sa musique qu'au poids qu'il supporte.
          83-84. Le couple en ribotte. Visage rasé, plein de vie et de caractère, yeux vifs, long nez droit et pointu, large bouche, lèvres épaisses, rire sensuel, vraie trogne de buveur, un homme boit à la régalade à même d'un pot à large panse.
Il est coiffé d'une espèce de bonnet ou chapeau à haute forme, à très petits bords, dont le galbe rappellerait assez la célèbre casquette dite à trois ponts; son pourpoint largement ouvert en rond est lacé sur le devant, un petit tablier pend à sa ceinture. II lève la jambe en se tenant le bout du pied avec la main. Cet homme est un des types les plus réussis, les plus originaux, les plus nature de toutes nos stalles : c'est un petit chef-d'œuvre de caricature. Sa moitié, grosse commère aux traits vulgaires, la face bien replète et bien plate, coiffée d'un mouchoir attaché par un affiquet, entièrement agenouillée, un gobelet à la main, pousse par le fond le pot dans lequel boit son compagnon, comme si elle lui disait : « Dis-donc, c'est mon tour. »
Notes
(1) Le sot buveur se rencontre également dans tes vignettes des Heures de Simon Vostre, dans l'ornementation desquelles se trouve aussi un grand nombre de sots dans diverses postures.

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          84-85*. Un vieux bonhomme à tête ronde, bouche largement fendue, nez aplati, figure de chat-huant, vêtu d'une longue robe à col rabattu et boutonnée par devant. Bizarrement appuyé sur la poitrine, les jambes en l'air, c'est avec celles-ci qu'il supporte son fardeau.
          85-86. Une jolie fille, mais peu modeste, bien qu'elle joigne les mains, et qu'elle baisse la tête pour faire l'ingénue. Elle est coiffée d'une espèce de béret et n'a sur le corps qu'un très léger manteau, noué sur l'épaule; une de ses voisines soulève ce manteau d'un air moqueur. Ses bras, ses jambes et ses pieds sont nus. A ses côtés sont deux femmes : celle qui soulève le manteau a une robe qui ne descend pas aux genoux, et qui, de plus, est fendue sur les côtés. Sur sa tête s'étale un énorme bourrelet avec une gourmette passant par-dessus. La seconde, qui paraît plus âgée, est plus décemment vêtue : longue robe un peu décolletée, avec garniture de fourrure autour du cou, manches simples à larges parements, bonnet couvrant toute la chevelure, par-dessus lequel est une coiffe qui ressemble assez à la coiffe dite à la mode d'Anne de Bretagne, mais compliquée par derrière d'une longue bande repliée sur le haut de la tête. Toutes trois sont légèrement accroupies. Quelle effronterie dans l'air ironiquement contrit de la femme nue, et que de rouerie dans le rire de celle qui lui soulève le manteau ! Assurément ce sont deux « fillettes » accompagnées d'une de ces personnes respectables qu'au moyen âge on ne craignait pas d'appeler par leur nom, même dans les titres officiels les plus sérieux. Par derrière, un horrible sot, dont le visage osseux, à nez d'aigle, sort d'un capuchon à oreilles d'âne, fait une affreuse grimace en tenant sa large mâchoire à deux mains.

Sujets divers répandus dans l'ornementation générale.

          Quelques sujets à personnages épars dans l'ornementation des jouées des stalles hautes, de leurs dais, et dans celle des rampes des passages à travers les stalles basses méritent d'être mentionnés.
          MAITRESSE STALLE, I. - Dans la jouée, des anges et des enfants servent de crochets aux accolades qui surmontent le bas-relief occupant le panneau inférieur et représentant l'Immaculée Conception. Deux anges, en aubes et amicts jouent l'un de la viole (1) et l'autre du luth; trois enfants nus et sans ailes jouent avec des patenôtres (2); trois autres enfants nus et ailés soufflent dans de longues trompes tortues, aux pavillons décorés.
          Plusieurs personnages servent aussi de crochets aux trois principales accolades qui forment le dais de la stalle. On y distingue : six personnages jouant avec une guirlande de feuillage et de fruits, deux anges, deux génies nus, un homme barbu entièrement nu, une femme nue et ailée, des animaux fantastiques.
Au haut du principal montant de la jouée sont deux anges en aubes et amicts, agenouillés, les mains jointes.
Notes
(1) L'archet est brisé.
(2) L'un d'eux est brisé.

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Les crochets de la grande pyramide sont formés de bouquets de feuillages, de petits personnages nus et d'animaux fantastiques. Au haut de chacun des quatre principaux pinacles qui l'entourent est un ange (1) vêtu d'une aube et d'une dalmatique, et jouant d'un instrument de musique : luth, viole, trompette légèrement recourbée, harpe. Tout en haut de la pyramide, l'Église personnifiée par une femme debout et faisant face à l'autel. Elle est vêtue d'une robe au corsage ajusté et prenant les formes, avec ceinture sur le bas-ventre, et d'un manteau jeté sur les épaules. Sur sa chevelure flottante est posé un court voile et, par-dessus, une couronne royale. D'une main elle tient un calice (2). Cette statuette est fort remarquable : le visage est empreint d'une noblesse et d'une dignité incomparables, les draperies exécutées de main de maître. Il est fâcheux qu'elle soit placée trop haut pour pouvoir être examinée à loisir.
          MAITRESSE STALLE 56. - Quelques animaux fantastiques servent de crochets dans la jouée principale ainsi que dans la grande pyramide. A chacun des quatre principaux pinacles de celle-ci est un ange en aube et dalmatique, jouant d'un instrument de musique. La trop grande hauteur à laquelle ces anges sont placés ne permet d'y distinguer qu'un triangle. Au sommet et faisant pendant à l'Église qui surmonte l'autre pyramide, la Synagogue est figurée par une femme debout, costumée à peu près comme la précédente, sauf que sa ceinture est plus large et plus ornée, et qu'elle ne porte point de voile. Comme l' Eglise, elle porte une couronne, mais une légère inclinaison de sa tête marque que cette couronne va tomber. Un bandeau couvre ses yeux; d'une main, elle tient les tables de la loi qu'elle va laisser échapper, et, de l'autre, la hampe qui se brise d'un étendard (3). Cette statuette a droit aux mêmes éloges que celle à qui elle fait pendant; elle lui est même supérieure. Que ne peut-on voir de si loin la sûreté et la largeur du coup de gouge, l'expression de physionomie qui respire si bien le doute, la souffrance, la folie même, résultat obtenu par je ne sais quelle obliquité, quel retroussé, si je puis ainsi m'exprimer, donné à la bouche, et qui contraste avec le calme et la sérénité répandus dans la physionomie de l'Église (4).
           STALLE 31. - Au-dessous des deux bas-reliefs qui occupent le panneau inférieur de la jouée F-3 et qui se rapportent au doute de Joseph, se trouvent deux petits sujets
     1. Trois enfants nus dont un est ailé, et qui dansent en se tenant par la main.
     2. Une prairie plantée d'arbres, dans laquelle paissent deux moutons. Le berger boit à même d'une bouteille (5); une femme beaucoup plus grande que lui s'approche en levant la main. Nous ignorons la signification de ce sujet, si tant est qu'il en ait une (6).
Notes
(1) Presque tons ont perdu leurs ailes
(2) L'autre main était brisée, ainsi que l'objet qu'elle tenait et qui était sans doute un étendard surmonté d'une croix. II y a quelques années, on a eu la mauvaise idée de remplacer l'une et l'antre.
(3) La partie supérieure de cet étendard, qui avait disparu, a été rétablie plus mal que bien, en même temps que la croix de l'Eglise.
(4) Voy. la savante dissertation de MM. Jourdain et Duval sur le symbolisme bien connu de la représentation de ces deux figures de l'Eglise et de la Synagogue,. (Mém. de la Soc. des Ant. de Pic., in-8°, t. VII, p. 337). - Il est vraisemblable que l'Eglise et la Synagogue ont été ici placées pour accompagner le grand Crucifix qui surmontait le Jubé. Voy. ci-dessus, t. II, p. 6.
(5) Il est cri partie brisé.
(6) C'est peut-être quelque pastourelle à la mode à cette époque.

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Les crochets des deux accolades de ce même panneau sont formés de deux anges vêtus de longues tuniques, de deus petits hommes nus (1) jouant avec des guirlandes et des patenôtres et de quatre animaux fantastiques.
          Au-dessus de ce panneau, la traverse est ornée d'une fort jolie guirlande de chicorée à travers laquelle courent de petits enfants nus, dont un pince du luth. Dans les crochets de la principale accolade en haut de cette même jouée, ou remarque deus petits génies armés chacun d'un arc et à cheval sur un animal fantastique et deus enfants nus bien joufflus et bien potelés, écartant chacun les mâchoires d'un lion.
          Enfin nous avons vu (2) que l'extrémité de la pyramide détruite par l'incendie de 1615, avait été remplacée par un mai de procession en bois sculpté de la même époque et du même style. Ce mai, en forme de flèche est surmonté d'une statuette de saint Michel. L'archange est debout (3), vêtu d'un haubergeon avec corselet à tassettes, tête nue, appuyé sur un écu chargé d'une croix, foulant aux pieds un dragon et levant une main, qui était sans doute armée d'une lance. De la manière dont a été placé le mai qu'il surmonte, il fait face au nord, tandis que les statuettes qui terminent les trois autres pyramides sont tournées vers l'autel.
          STALLE 86. - Sous le bas-relief principal du panneau inférieur de la jouée représentant la Descente du Saint-Esprit, sont deux groupes composés chacun de deux anges en aubes et amicts et tenant un écu parti.
          Les principaux crochets de la pyramide sont formés d'enfants nus et ailés jouant des instruments de musique. Ils sont pour la plupart mutilés : le mieux conservé souffle dans un instrument qui ressemble à notre clarinette (flageol?). Tout en haut est saint Paul debout, longue barbe en pointe, et tenant une énorme épée nue, la pointe en bas, et un livre fermé. Il fait face à l'autel.
          Les petits pendentifs à pinacles qui séparent les dais des stalles hautes sont garnis de petites niches destinées à abriter des statuettes qui paraissent n'avoir jamais existé.
          A travers l'ornementation végétale qui s'étend sur ces dais, MM. Jourdain et Duval ont compté seize figures humaines et cent vingt-quatre d'animaux. Nous ne nous arrêterons qu'à celles qui présentent un intérêt particulier.
          Du côté nord, les crochets de l'accolade, principal motif du dais n° 28, sont formés de choux frisés que mangent des colimaçons.
          Dans la guirlande qui orne l'accolade du n° 29, est un petit homme nu.
          Plus intéressante est l'accolade du n° 59 du côté sud. C'est une guirlande de vigne dans laquelle se jouent un colimaçon, un quadrupède fantastique et deux oiseaux dont l'un est couché en joue par un petit chasseur coiffé d'une sorte de casquette. Son arme, qui paraît être une arquebuse, se compose d'un canon monté sur un fût. C'est la seule arme à feu qui figure dans toutes les stalles (4).
          Dans la guirlande qui orne l'accolade n° 6o courent des oiseaux, des quadrupèdes fantastiques et un petit homme nu.
Notes
(1) Ils sont brisés.
(z) Voy. ci-dessus, t. II, p. 153 .
(3) Ses ailes out disparu.
(4) Voy. cependant l'appuie-mains 16-17.

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          RAMPE B-55. - Les accolades qui abritent les bas-reliefs principaux ont pour crochets huit petits génies jouant des instruments de musique : musette, triangle (1), petit cornet ou flageol, harpe, luth, viole, trompe droite.
          RAMPE H- 110. - Les accolades au-dessus des deus principaux sujets ont pour crochets, l'une, quatre petits génies nus jouant des instruments de musique : triangle, longue trompe, flûte traversière ou flûte allemande et tambour à deux baguettes; l'autre, quatre angelots en aubes et amicts, complétant le concert : viole, luth, harpe, orgue portatif.
          Le tympan des accolades est occupé par deux enfants nus dont l'un, qui tient un petit moulin à vent, est à cheval sur l'autre qui est à quatre pattes (2).
          Dans le principal écoinçon entre les deux accolades, est un homme imberbe vêtu d'une robe ouverte à revers, coiffé d'un chapeau, et paraissant rire et danser.
          RAMPE J-96. - Dans les tympans des deux principales accolades sont sculptés d'une part un chien rongeant un os, et, de l'autre, une licorne (3).

           Les montants principaux des rampes des stalles basses et des grandes parcloses qui séparent les deux maîtresses stalles I et 56 de leurs voisines, sont ornés d'une suite de petits personnages, hommes et femmes, debout dans des niches. Il y en a d'ordinaire trois à chaque montant. Ces personnages ont généralement des costumes fort riches et fort compliqués, mais aucun attribut ne permet de les identifier, si tant est, ce qui n'est guère probable, qu'ils représentent autre chose que des personnages purement décoratifs .
Une description de tous ces personnages l'un après l'autre ne saurait donc porter que sur leurs habillements et deviendrait fastidieuse, d'autant que, si variés que les artistes aient cherché à les faire, il y aurait à y relever peu de pièces de costume que nous n'ayons déjà rencontrées dans les autres sujets des stalles.

Ornementation Renaissance.
      
          Nous devons une place à part aux parties de nos stalles dans lesquelles l'ornementation a été traitée dans le goût de la Renaissance. C'est systématiquement à certains endroits, toujours les mémos, qu'elle a été appliquée. Cette ornementation, assez discrète, se cache presque dans les endroits les moins en vue, mais elle est interprétée dans la plus grande perfection. Tous les rinceaux qui la composent sont d'un goût exquis, d'une finesse et d'une habileté d'exécution qui ne le cèdent en rien aux parties traitées dans le goût gothique. Les quelques figures humaines qu'on y rencontre sont fort remarquables.
          Les ornements sont généralement à tiges fines et de faible saillie. On y rencontre les principaux éléments de ce genre d'ornementation : vases, cartouches, cornes d'abondance, bucranes, fruits, feuilles de poirier, renoncules, campanules, trèfles, etc. Au milieu de tous ces motifs ornemanisés viennent parfois se mêler quelques fleurs traitées au naturel.
Notes
(1) Il est brisé.
(2) Cf. vignettes des heures de Simon Vostre et autres.
(3) En 1493, v. s., la ville d'Amiens offrit :c la reine Anne de Bretagne. qui y faisait sa première entrée. une fontaine d'argent sur laquelle une licorne ou une sirène devait être représentée. Echevin. Du 1er avril 1493 v. s. Arch. de la ville BB 16, fol. 233 v°. - La ville d'Amiens avait déjà, à l'époque de nos stalles, de licornes comme tenants à ses armes, et les comptes de la ville montrent que l'on aimait alors à en mettre un peu partout comme motif de décoration.

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          Voici, en résumé, les parties de nos stalles auxquelles l'ornementation Renaissance a été exclusivement appliquée :
          1° La gorge principale de tous les accoudoirs, le petit cul-de-lampe qui raccorde la partie antérieure du museau de l'accoudoir à celle de la parclose (1) et le gousset qui raccorde l'accoudoir avec l'angle formé par la parclose et le dossier. –
          2° Le petit panneau formant rampe entre chacune des deux maîtresses stalles I et 56 et sa voisine, des deux côtés, et le revers de toutes les rampes des stalles basses. -
          3° La zone inférieure et le chapiteau de la gaine qui enveloppe la colonne antérieure des deux grands piliers de la cathédrale, du côté sud seulement.
          Ces ornements échappent généralement à la description, mais au milieu d'eux sont jetés çà et là des figurines d'hommes et d'animaux, des inscriptions et d'autres détails intéressants que nous ne pouvons passer sous silence. Nous verrons même comment nos artistes, au milieu de cette ornementation symétrique et d'apparence un peu compassée et solennelle, ont su mettre encore leur esprit français qui perce malgré tout, et l'animer par de petites scènes charmantes.

          ACCOUDOIRS. - 2-3. Deux sirènes à queues de poissons, ailées et sonnant de la trompette : entre elles, deux enfants nus tenant un livre ouvert (2)
          3-4. Une tête de lion flanquée de deux quadrupèdes fantastiques à longues queues mordant une guirlande de feuillage.
          4-5 a). Deux sangliers (3) mordant une guirlande de feuillage, et, au milieu, deux angelots en aubes et amicts, tenant un écu. - b). Trois génies nus et ailés (4).
          5-6 Une guirlande de coquilles réunies par une cordelière à nœuds. Dans la coquille du milieu est blotti un petit animal à deux pattes et queue enroulée.
          6-7. Visage humain barbu, à deux ailes.
          7-8. Un sot ou un fou ayant pour tout vêtement un capuchon à longues oreilles, et un enfant entièrement nu qui lui frappe sur le derrière avec une verge. Tous deux sont à quatre pattes.
          8-9. Une tête de bouc de la gueule de laquelle sort une banderole, et dont deux sangliers mordent les cornes.
          9-10. Une sorte de sirène dont les jambes sont remplacées par des enroulements de feuillages.
          13-14. Un marmouset entièrement nu, assis par terre, et dont un animal fantastique mord le derrière; une espèce de faune à pieds de bouc et à deux têtes humaines, également nu et faisant un geste que l'honnêteté ne permet plus de décrire.
          16-17. Dans le cul-de-lampe, un animal à griffes et longue queue (une souris ou un rat?) (5) qui disparaît la tête la première dans fa coquille d'un colimaçon, tandis qu'un animal fantastique ailé lui mord la queue.

Notes
(1) Ce sont souvent des têtes de chérubins à deux ailes, des coquilles, des écus, des têtes feuillues, des colimaçons, des banderoles, des tètes de lion, des tètes grimaçantes, etc.
(z) La sirène parait avoir eu une grande vogue dans l'ornementation de cette: époque. Plusieurs maisons d'Amiens avaient la sirène pour enseigne.
(3) Il y. avait a Amiens la maison du « Porc sangler » et celle de la Hure de sanglier.
(4) Les bras sont brisés,
(5) Cf. les enseignes de maisons à Amiens : Hôtel des Rats; au « Rat qui file à la lanterne ».

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          25-26. Dans le cul-de-lampe, un quadrupède fantastique cherchant à entrer dans un colimaçon.
          31-F. Quadrupède fantastique à bec d'oiseau et longues oreilles, s'approchant de deux hommes nus, assis par terre, l'un feuilletant un livre, et l'autre disparaissant à moitié dans la jouée.
          E-32.. Quadrupède chimérique se léchant les épaules.
          32-33. Deux oiseaux affrontés.
          33-34. Tête de chérubin à deux ailes, accompagnée de deux colimaçons : de l'un sort une espèce de serpent ailé; un quadrupède, dont la queue sert de point initial à l'ornement Renaissance qui décore le reste de la gorge, entre dans l'autre.
          34-35. Un monstre à tête de femme, pattes de souris et sans bras; un oiseau à long col.
          36-37. Sur le côté, une tête grimaçante, la gueule largement ouverte et montrant une menaçante rangée de dents.
          37-38. Monstre ailé à quatre pattes et longue queue, mordant la tête d'un oiseau aux ailes éployées et à la queue feuillue.
          38-39. Un bucrane à longues cornes accosté de deux monstres à têtes et corps humains, feuilles en guise de bras, et qui sortent de gueules de poissons formant le point de départ de l'ornement.
          40-D. Petit génie, soufflant dans une longue trompe recourbée, du pavillon de laquelle partent les ornements.
          D-41. Quadrupède à longue queue enroulé sur lui.-même.
          41-42. Tête de chérubin à deux ailes, coiffée d'un bonnet.
          43-44. Deus oiseaux à longs cols et queues feuillues becquetant dans un vase rempli de fruits.
          45-46, Deux têtes de dauphins, dont les mâchoires supérieures relevées et recourbées dune façon exagérée sont réunies par un lien.
          46-47. Un chien et un sanglier qu'un enfant nu tient chacun par la queue.
          47-48. Deux oiseaux fantastiques, et, au milieu, deux hommes bien joufflus, entièrement nus, bizarrement assis dos à dos et sonnant du cor.
          48-49. Une tête de taureau entre deus têtes de dauphins,
          49-50. Une espèce de lézard et une guenon se disputant un morceau de bois, tandis qu'un petit singe espiègle tire sa mère d'une main et, de l'autre, attrape la queue d'un oiseau chimérique. Petite scène charmante et pleine d'animation.
          50-51. Un enfant nu et ailé, un petit écu au bras gauche et s'apprêtant à frapper d'un bâton un porc-épic qui s'approche de lui; un autre enfant, également nu, mais non ailé, et bizarrement accroupi, les regarde faire.
          C-52. Un petit génie et un oiseau chimérique qui se mord les ailes.
          52-53. Deux sirènes : l'une, ayant une espèce de bâton (1) dans une main et se tenant la chevelure de l'autre; la seconde jouant de la flûte traversière qu'elle tient d'une main, un cornet dans l'autre. Au milieu, sont deux femmes nues couchées et affrontées; elles tiennent un livre ouvert devant elles. - Dans le cul-de-lampe, deux oiseaux fantastiques et un serpent qui s'entremordent.
          54-55 a). Deux petits génies tirant avec effort l'ornement qui sort des yeux d'un bucrane. - b). Une tête de lion contre laquelle paraissent lutter deux hommes nus, armés d'espèces d'assommoirs.

Notes
(1) Il est brisé.

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          54-55. Deux femmes nues, couchées et tenant une sorte d'écharpe qui sort des yeux d'un bucrane placé entre elles deux.
          55-B. Quadrupède bizarre, dont les pattes de derrière sont beaucoup plus - longues que celles de devant comme le kanguroo, et qu'un petit homme encapuchonné, sortant du panneau, frappe avec un bâton.
          G-56, Enroulements d'animaux fantastiques.
          56-57 a). Un homme nu, sonnant du cor et sortant à mi-corps de l'ornement et un animal fantastique. - b). Un enfant nu conduisant avec des rênes une tête d'animal chimérique, et, un peu plus loin, un génie couché.
          58-59. Deux quadrupèdes fantastiques, et, au milieu, deux enfants nus, à demi-couchés et affrontés, tenant un cœur. Dans le cul-de-lampe sont deux oiseaux chimériques qui s'entremordent.
          59-60 a). Un angelot, en aube et amict, tenant deux banderoles sur lesquelles est écrit : IHS | CRISTVS | MARIA | (1). - b). Deux angelots semblables au précédent et tenant trois banderoles où on lit : AMOR | MEVS | CRVCIFIXVS |.
          60-61. Trois enfants nus et potelés, accroupis ou couchés à travers l'ornement.
          61-62. Deux enfants nus, deux oiseaux fantastiques, et, au milieu, une grosse tête humaine de la bouche de laquelle sortent deux ailes.
          62-63. Deux têtes de dauphins affrontées, dont les mâchoires supérieures, relevées et recourbées, sont tenues ensemble par un lien; deux enfants nus.
          63-64. Deux quadrupèdes ramassés sur eux-mêmes, dos à dos et paraissant hurler contre deux têtes de dauphins, la gueule béante et prête à les dévorer.
          64-65. Au milieu, une tête grimaçante à longues oreilles (2).
          65-66. Un mascaron, entre deux sirènes qui tiennent chacune un peigne.
          66-67. Une tête horriblement grimaçante.
          67-68. Deux oiseaux affrontés qui se mordent les ailes.
          63-69. Une tête de lion feuillue entre deux animaux fantastiques qui lui tournent le dos : l'un à ailes d'oiseau et l'autre à ailes de chauve-souris, tous deux à deux pattes et longue queue feuillue.
          69-70. Quatre enfants nus, ailés et couchés, les deux du milieu affrontés et tenant un écu, les deux autres tirant les pieds des premiers attachés par des cordes.
          70-71. Une tête grimaçante entre deux lézards.
          71-72. Cinq enfants nus, les uns avec, les autres sans ailes, très joliment emmanchés dans l'ornement.
          72-73. Quatre enfants nus jouant à travers l'ornement; au milieu, une tête de taureau.
          73-74, Deux enfants nus, ailés et couchés, tirant par la queue deux dauphins affrontés.

Notes
(1) Il faut observer que les inscription ne se voient que dans les stalles du côté nord, et qu'elles ont généralement un caractère religieux. Elles sont intéressantes à relever, et devaient être des oraisons jaculatoires en usage aux XV° et XVI° siècles parmi le peuple. L’une d'elles : « 0 mater Dei, memento mei » avait une très grande vogue. On la voit très fréquemment inscrite sur les monuments ou objets mobiliers de cette époque. Les autres sont plus rare.
(2) Cf. à Amiens les maisons de la Grosse tête, basse rue Notre-Dame et de « le grant Geule bée ».

p 282


          74-75. Une tête de sot faisant une horrible grimace, enveloppée dans un capuchon à longues oreilles, et que deux enfants nus et couchés repoussent du pied,
          75-76. Deux oiseaux se mordant l'un la poitrine, l'autre les ailes, et, au milieu, deux quadrupèdes dos à dos, ramassés sur eux-mêmes et qui semblent les guetter.
          76-77. Tête à deux ailes, dont les extrémités sont tirées par deux enfants nus, accroupis.
          77-78. Un mortier entre deux enfants nus, donnant à becqueter des grappes de raisin à des oiseaux chimériques qui s'approchent d'eux.
          78-79. Une horrible tête grimaçante d'où s'éloignent deux quadrupèdes de la gueule desquels sort l'ornement.
          79-80. Un petit animal ailé, à deux pattes et longue queue, de la gueule duquel part l'ornement d'un côté; un enfant nu qui souffle avec un cornet dans le derrière d'un animal à deux pattes de chien et à tête de sot grimaçante encapuchonnée dans un chaperon à longues oreilles et à grelots.
          80-81. Quadrupède fantastique, dont une tête de dauphin mord le derrière.
          81-82. Deux enfants nus jouant à travers l'ornement.
          82-83. Un enfant nu qui tire un chien par la queue, entre deux oiseaux qui se mordent les ailes.
          83-84. Au milieu, deux enfants nus, couchés, tenant un écu et repoussant du pied deux animaux ailés à têtes humaines (homme et femme), avec deux pieds de bouc.
          84-85. Une tête grimaçante de la bouche de laquelle sortent deux ailes, placée entre deux enfants nus, armés chacun d'une lance ou d'un javelot et d'un écu chargé d'une tête grimaçante, qui menacent deux oiseaux qui se mordent les ailes.
          85-86. Deux enfants nus, sortant à mi-corps de l'ornement et tirant par la queue deux oiseaux becquetant une même grappe de raisin qui forme le milieu. - Sur le cul-de-lampe est une banderole où est écrit : TRVPIN (1).
          86-L Bipède fantastique, d'où sort l'ornement.
          K-87. Enfant nu, à mi-corps.
          87-88. Deux angelots, en aubes et amicts, tenant trois banderoles où est écrit IHS XPS | AMOR | MEVS CRVCIFIXVS.
          88-89. Deux oiseaux qui becquettent une grappe de raisin formant le milieu, et qui sont tirés par la queue par deux hommes nus, barbus, un écu au bras et sortant de l'ornement.
          89-90. Deux têtes de sots encapuchonnées dans des chaperons à longues oreilles, et deux cartouches portant chacun la date 1508.
          90-91. Deux sirènes non ailées, à longue chevelure et tenant chacune un peigne et un miroir rond. Au milieu un enfant nu tire avec effort les extrémités de l'ornement, dans lequel courent des animaux fantastiques. - Dans le cul-de-lampe est un quadrupède à longues oreilles qui mord un chien à la tête.

Notes
(1) Nous avons vu que l'appuie-mains correspondant représentait un tailleur d'images. Voy. ci-dessus, t. 11, p. 260.

p 283


            91-92. Un enfant nu et sans ailes, un ange en aube et amict, un sot imberbe et un oiseau fantastique tenant une banderole où est écrit : IAN TRVPIN | DIEV | TE POVRVOIE (1). Pourquoi Jean Trupin a-t-il mis parmi les tenants de cette naïve invocation, un homme, un ange, un sot et une bête ? Serait-ce pour symboliser son talent - comme d'ailleurs celui de tous ses compagnons - qui savait si bien « passer du grave au doux, du plaisant au sévère » ?
          92-93. Deux quadrupèdes adossés et repliés sur eux-mêmes, paraissant hurler contre deux têtes menaçantes de monstres qui servent de point de départ à l'ornement.
          93-94. Un angelot en aube et amict, tenant deux banderoles où est écrit CRISTO CRVSIXVS (sic) | SVN (sic) CRVCI (2).
          94-95. Tète de sot faisant une horrible grimace.
          95-J. Oiseaux et animaux chimériques mêlés à l'ornement.
          J-96. Un enfant nu, dans l'ornement.
          96-97. Deux petits personnages non ailés, et vêtus d'aubes et d'amicts, malheureusement très abîmés par l'usure et un oiseau sans pattes, tenant trois banderoles où sont écrits ces mots : O MATER DEI | MEMETO (sic) | MEI.
          97-98. Une tête de mort entre deux banderoles, tenues chacune par un angelot en aube et par un oiseau, et sur lesquelles est écrit : MEMENTO | MORI.
          100-101. Enfant nu et accroupi, tirant par la queue deux quadrupèdes; de la gueule de chacun part l'ornement dans lequel courent deux oiseaux.
          101-102. Têtes de dauphins. - Les goussets sont très intéressants, en ce que, sur chacun d'eux est sculpté en très faible relief un petit homme nu traité à la manière italienne, dans un style tout différent de celui des autres figures des stalles et rappelant tout à fait l'antique. L'un est assis par terre, l'autre pêche à la ligne une tête de poisson ornemanisée.
          102-103. Trois enfants nus, l'un accroupi, les deux autres à mi-corps, et jouant à travers l'ornement.
          103-104. Deux animaux affrontés (3), que deux enfants nus tirent chacun par la queue, d'une main, tenant de l'autre une trompette ou un cor dont la bannière est ornée d'une salamandre couronnée ; cette trompette formant le principal motif de l'ornement. Cet emblème de François Ier est remarquable et n'a pas été assez remarqué jusqu'ici, car il permet de dater cette partie des stalles postérieurement à 1515 (4).
          105-106. Deux enfants nus et bien potelés, tenant un écu, et, dans l'ornement, deux enfants nus, à mi-corps.
          106-I. Un enfant nu, à mi-corps, et un oiseau fantastique.
          I-107. Un enfant nu, bizarrement accroupi, et soufflant de toutes ses forces dans une énorme trompette. A l'extrémité du pavillon de l'instrument est un globe du monde surmonté d'une croix, que vient flairer un quadrupède à museau allongé, longues oreilles et longue queue, tandis qu'un enfant nu et couché, ayant au bras un écu d’une forme assez bizarre qui le fait ressembler à un casque, cherche à le percer d'une lance ou plutôt d'un javelot. - Dans le cul-de-lampe est un bipède fantastique aux ailes d'oiseau et à la queue de serpent.

Notes
(1) Nous ne partageons pas l'avis de MM. Jourdain et Duval, qui ont pensé que Jean Trupin avait voulu, par ces mots, se plaindre de la modicité de son salaire. Trois sols par jour étaient une rémunération très suffisante pour un ouvrier de cette époque.
(2) « Christo confixus sum cruci ». Galat., II, 19.
(3) Les têtes sont brisées.
(4) 11 est a rapprocher de la date de 1508 inscrite sur l'accoudoir 89-90.

p 284


  
          107-108. Écu accosté de deux oiseaux qui se mordent les ailes, et, dans l'ornement, deux oiseaux fantastiques.
          108-109 a). Un petit homme (1) en aube et amict et deux oiseaux fantastiques tenant une banderole où est écrit : TRANSI | HOSPES.
          108-109 b). Deux enfants nus, à mi-corps, sortant de l'ornement, et tenant une banderole muette (2).
          109-110. Un enfant nu, bien potelé et accroupi, tirant par la queue deux chiens de la gueule de chacun desquels sort l'ornement.
          110-H. Animaux fantastiques.

          Il y a peu à dire sur les jolis motifs de la Renaissance qui garnissent les rampes. La figure humaine vient souvent s'y mêler à l'ornementation, et on y rencontre fréquemment de ces têtes d'hommes ou de femmes sculptées dans des médaillons circulaires, souvent entourés de couronnes de feuillage dites « chapeaux de triomphe », motifs que l'on désignait à cette époque sous le nom de « médailles ». On ne peut non plus s'étendre sur les ornements qui décorent les gaines des colonnes. Il n'y a rien de particulier à y relever.
        

Notes
(1) La tête est brisée.
(2) Les têtes sont brisées.

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