CHAPITRE VII

STALLES

II
DESCRIPTION.


Stalles nord


             MAITRESSE STALLE G. 56. - Jouée extérieure G (pl. LIX, en Z). – « Et il prit un anneau de sa main et le mit dans celle de Joseph, puis le vêtit d'une étole de fin lin et plaça autour de son cou un collier d'or » (3). C'est ce qui est réparti en trois groupes principaux au milieu des enchevêtrements d'architectures qui composent la partie haute de la jouée.
          1er groupe, a (4). - Ici et dans les sujets suivants, Joseph est de nouveau imberbe, mais gardant toujours les cheveux longs. Il porte une robe courte ne descendant que jusqu'au-dessous des genoux, formant plastron attaché sous les épaules par des aiguillettes et serrée à la taille par une courroie à laquelle est pendue une bourse ornée de glands. Il a un chapeau sur la tête. Un des suivants du pharaon, chaussé de houseaux, en robe demi longue, fendue sur le côté, une bourse à la ceinture, ayant sur la tête un mouchoir par-dessus lequel est un chapeau, fait endosser à Joseph une ample robe à manches, « stola byssina ». Deux autres suivants accompagnent le pharaon, qui préside à la scène.
          2e groupe, b (5). – Le pharaon, accompagné des trois mêmes suivants, met le collier d'or au cou de Joseph qui, revêtu de la longue robe à col rabattu et manches fendues, tient respectueusement son chapeau à' la main. Remarquons que l'artiste a traduit le « torquem auream » de l'Écriture, par une chaîne analogue à celles dont les rois de son époque avaient l'habitude de décorer les personnes qu'ils voulaient honorer ou récompenser.
          3e groupe, c (6). - Toujours accompagné de même, le pharaon passe un anneau au doigt de Joseph, qui, vêtu de la robe de lin, la chaîne au cou, le chapeau à la main, pose un genou en terre.
 

Notes
(3) « Tulitque annulum de manu sua et dedit eum in manu ejus, vestivitque eum stola byssina et collo torquem auream circumposuit ». Gen., XLI, 42.
(4) A gauche du spectateur. - L'ordre chronologique est interverti. D'après l'Écriture, l'anneau a été donné à Joseph avant la robe et le collier.
(5) A droite du spectateur.
(6) Groupe central.

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          Indépendamment de ces trois principaux groupes, trois statuettes, – une d'elles a disparu (1), – ornent encore la jouée extérieure de la stalle, mais, faute d'attributs; il n'est pas possible de les identifier. La seule description des trois qui subsistent suffira, je crois, à montrer que MM. Jourdain et Duval ont eu tort de voir dans les deux premières le pharaon donnant à Joseph le pouvoir de commander à toute l'Égypte.
          1°, d. Un homme imberbe, vêtu d'une robe qu'il retrousse, laissant apercevoir ses pieds chaussés de houseaux. Il est coiffé d'un chapeau orné d'une enseigne.
          2°, e. A côté de lui est un homme à très longue barbe, vêtu d'une tunique talaire, par-dessus laquelle est une espèce de dalmatique fendue sur les côtés, bordée d'un galon perlé et serré à la taille par un morceau d'étoffe noué par devant. Il est coiffé d'une espèce de bonnet, sur lequel est placé un haut chapeau pointu à oreilles, à deux étages tailladés, et surmonté d'une houppe. Serait-ce un prêtre?
          3°. Un homme barbu, en longue robe par-dessus laquelle en est une autre plus courte fendue sur les côtés et serrée par une courroie. Il porte sur la tête un chapeau et dans les mains une banderole.

          Haut dorsal. – Puis le pharaon fit monter Joseph dans le second de ses chars, et fit crier par un héraut que tous aient à fléchir le genou devant lui, et sachent qu'il l'a préposé à toute la terre d'Égypte (2). C'est ce qui est représenté sur la plinthe du haut dorsal de la stalle (pl. LX, en Z).
          Vêtu de la longue robe, imberbe, chapeau sur la tête, mais, sans doute par un oubli de l'artiste, ne portant ni l'anneau ni le collier, quoi qu'en aient dit MM. Jourdain et Duval. Joseph est assis dans un chariot de forme oblongue, orné de sculptures et à chacun des quatre angles duquel est une espèce de montant carré sommé d'un petit animal. Les deux chevaux sont attelés d'une façon fort simple, avec des cordes en guise de traits. Le conducteur est monté sans étriers, sur un des chevaux. En avant du char marche un homme imberbe en souliers, chausses, court pourpoint, laissant passer la chemise entre ces deux dernières pièces du vêtement, et coiffé d'un mouchoir attaché sur le front par un affiquet; il tient dans la main gauche un objet brisé, qui parait avoir été une épée. C'est sans doute le héraut, « clamante prœcone ». Quatre individus diversement costumés, mais dont aucun ne fléchit le genou, sont les témoins du triomphe.

          Miséricorde (pl. LX, en Z). – Non content de ces honneurs, et, après avoir changé le nom de Joseph contre un vocable égyptien signifiant « Sauveur du monde », Pharaon lui fit épouser Azeneth, fille de Putiphar, prêtre d'Héliopolis (3). Les grandes dimensions de la miséricorde ont permis à l'entailleur de donner à la scène du mariage un certain développement. Au milieu d'une salle lambrissée de panneaux à draperies plissées; le grand prêtre est debout. Il porte une longue barbe. Son costume est fort riche et fort curieux : tunique traînante, sur laquelle est une espèce de dalmatique plus courte, fendue, ornée de franges, serrée à la taille, ample manteau rattaché sur la poitrine par un fermail; sur la tête une espèce de mitre assez haute, dont les cornes, fortement
Notes
(1) II semble qu'il devait y en avoir encore d'autres.
(2) Gen., XLI, 43.
(3) Gen., XLI, 45.

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évasées, sont placées à droite et à gauche. Il prend, pour les unir, les mains des deux époux qui se tiennent à sa droite et à sa gauche. Joseph, toujours imberbe, tête nue, vêtu de la robe de lin, la chaîne au cou, met un genou en terre: Aseneth porte la petite coiffe à la mode d'Anne de Bretagne et une longue robe à larges manches fourrées dont une suivante tient la queue; elle a aussi une chaîne au cou et, de plus, une patenôtre à la ceinture. A droite du grand prêtre, trois hommes, parmi lesquels le pharaon, et, à sa gauche, quatre femmes, forment l'assistance. Il faut remarquer la variété des coiffures de ces femmes et leur grande richesse. La symétrie voulue dans l'arrangement des personnages contribue pour beaucoup à donner à l'ensemble une grande solennité.

          Parclose 56-57. - Joseph profita des sept années d'abondance pour faire remplir les greniers de l'Égypte (1). C'est ce qui est figuré dans les trois groupes qui ornent, la partie supérieure de la parclose (pl. LX, en Z).
          1er groupe. (2). – Trois hommes vêtus comme les gens de la campagne : l'un, bat le blé avec un fléau, le second vanne, et le troisième entr'ouvre un sac pour y recevoir les grains.
          2e groupe. – Quatre hommes en longues robes : le premier porte un sac de blé sur sa tête, un autre remplit de grains un boisseau avec une grande cuiller, il a les jambes et les pieds nus ; le troisième, au moyen d'un morceau de bois, égalise le grain dans un boisseau, faisant tomber l'excédant dans un sac ouvert ; le dernier dénoue un sac.
          3e groupe.– A l'extrémité du montant qui termine la parclose, s'élève un joli édicule à pans de bois. Ce sont les greniers, vers lesquels s'avance un homme barbu portant avec effort sur sa tête un sac de grains. Ses chausses sont attachées à son pourpoint par des aiguillettes et sa chemise bouffe entre ces deux vêtements. Joseph préside à ces diverses opérations.
Le long de la rampe gisent des épis, des gerbes, des grains de blé, des sacs.

          MISÉRICORDE - P1. LXIX. 57- - - Sur cette miséricorde, la seule dans son genre, sont sculptées les armes d'Adrien de Hénencourt, doyen du chapitre à l’époque de la confection des stalles. L'écu est écartelé, aux 1 et 4 à trois maillets posés, 2 et 1, qui est de Hénencourt, aux 2 et 3 à deux bandes, qui est de Beauvoir, sur le tout à trois maillets posés 2 et 1, qui est de Mailly-Conty (3). Il est tenu par deus anges à demi agenouillés et aux ailes éployées. Il est probable que cette miséricorde a été changée de place lors de la suppression des stalles voisines de l'entrée du chœur au XVIII° siècle, car la place habituelle du doyen était la première après la maîtresse stalle 1, à droite en entrant, par conséquent une de celles qui disparurent à cette époque.
          Il convient de placer ici la description d'une miséricorde qui occupe          
Notes
(I) Gen., XLI, 47-49
(2) En commençant par en haut.
(3) Voici les émaux rétablis d'après Lamorliére « escartelé au premier et quatrième de Hénencourt, d'argent à trois maillets de sable, au deuxième et troisième, de Beauvoir, d'argent à trois bandes de gueules. (Remarquons que dans notre miséricorde, il n'y a due deux bandes); sur le tout, de Mailly-Conty, d'or. à trois maillets de gueules ».. Lamorlière, Recueil des illustres maisons, P. 303.

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aujourd'hui la stalle n° 87 (pl. LXXIV), et qui provient certainement d'une des deux stalles hautes de ce côté, supprimées au XVIII° siècle pour élargir la porte du chœur, car c'est sa vraie place dans l'histoire de Joseph. Elle ne peut représenter autre chose que Joseph distribuant le blé aux Égyptiens pendant les années de disette (1). Devant un groupe de maisons figurant sans doute les greniers, Joseph vêtu comme ci-dessus, donne des ordres à un ouvrier qui mesure des grains dans un boisseau, en les égalisant avec un morceau de bois. Le boisseau est placé sur une espèce de plateau dans lequel tombe l'excédent. Un acheteur, la bourse pendue à la ceinture, s'approche en se découvrant devant Joseph, et entr'ouvre un sac pour y recevoir sa ration de blé. Un autre acheteur s'avance : il est pieds nus et vêtu d'un pourpoint festonné par le bas, ouvert en cœur sur la poitrine et laissant voir une espèce de chemise tailladée, il porte un sac vide sur son épaule.
          MISÉRICORDE - 58. – La famine s'est fait sentir jusque dans la terre de Chanaan habitée par Jacob. Ayant ouï dire qu'on vendait du blé en Égypte, il envoya ses fils en acheter (2). Le patriarche est assis dans un fauteuil en X à haut dossier : longue barbe, robe talaire à collet et vaste turban sur la tête. Il tire de sa bourse des pièces de monnaie qu'il donne à ses dix fils aînés. Ceux-ci se présentent devant lui diversement vêtus ; plusieurs se découvrent avec respect. Un tout jeune enfant, Benjamin, se tient près du fauteuil paternel (3).
          MISÉRICORDE - 59. – Les dix frères sont arrivés en Égypte et présentés à Joseph. Loin de leur laisser voir qu'il les reconnaissait, il leur parla durement comme à des étrangers, et, malgré leurs dénégations, feignit de les prendre pour des espions (4). Tous les dix sont présents, plusieurs portent des sacs vides ; deux ânes les suivent (5). Comme pour bien démontrer l'honnêteté de leurs intentions, l'un des frères soulevant son chapeau, présente un sac d'écus à Joseph, qui, debout devant un escabeau, fait un geste de doute et d'incrédulité. Dans le lointain; on aperçoit une maisonnette sur un rocher.
          MISÉRICORDE - 6o. – Les frères de Joseph lui ont conté leur histoire tout au long, mais il n'en a rien voulu croire, répétant toujours : « Vous êtes des espions ». Comme preuve de ce qu'ils avancent, l'un d'eux ira chercher leur plus jeune frère qu'ils disent être resté près de leur père; en attendant, les autres seront retenus en prison (6). Joseph (fig. 200), est debout comme ci-devant près de son escabeau, avec la petite maisonnette dans le lointain. Un garde à l'air rébarbatif, vêtu d'une saie bizarre, tailladée aux manches, coiffé d'un chapeau difficile à décrire, chaussé de poulaines, pousse les étrangers, qui ont les mains liées, vers une prison crénelée, où un autre garde en fait entrer un de force.
          MISÉRICORDE - 61. – Après les avoir gardés trois jours enfermés, Joseph consent à ce qu'ils partent avec le grain qu'ils ont acheté, à condition de lui ramener leur plus jeune frère. Un seul restera en prison comme otage (7). Sortis          

Notes
(1) Gen., XLI, 54-57.
(2) Gen., XLII, 1-.4.
(3) Il faut remarquer dans cette miséricorde et dans les suivantes l'habile groupement de tant de personnages sur un si petit espace.
(4) Gen., XLIl, 5-13.
(5) « Portantes frumenta in asinis suis ». Gen., XLII, 26.- " Et violenter subjiciat servituti et nos et asinos nostros ". Gen., XLIII, 13.
(6) Gen., XLII, 15, 16.
(7) Gen., XLII, 17-25.

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de prison et délivrés de leurs liens, ils font des démonstrations de reconnaissance : l'un d'eux, soulevant son chapeau, fléchit le genou devant Joseph, qui, toujours debout devant son escabeau, les écoute d'un air de bonté, mais encore méfiant. Siméon qui restera pour répondre des autres, est réintégré en prison par le garde à habit tailladé. Toujours la maisonnette dans le lointain.
          MISÉRICORDE - 62. – Avant le départ de ses frères, Joseph fait remplir leurs sacs de blé et de vivres pour la route, et y fait replacer l'argent (1). Toujours debout devant son escabeau, avec la maisonnette dans le lointain, à la porte des greniers, qui sont figurés par une maison à pans de bois, il donne des ordres à trois serviteurs deux remplissent de blé les sacs avec un boisseau; le troisième cache un sac d'écus au milieu du grain.
          MISÉRICORDE - P1. LXX. 63. – Ils sont partis, portant le grain sur leurs ânes (2). Les neuf frères vont à pied, conduisant deux ânes chargés de sacs de blés. L'un d'eux les excite avec un fouet à deux lanières.
          MISÉRICORDE - 64. – Un des sacs ayant été ouvert dans une hôtellerie pour donner à manger à un âne, l'argent fut découvert (3). La caravane est arrêtée : un des sacs est ouvert, dans lequel apparaît un sac d'écus. Tous font des gestes de surprise.
          MISÉRICORDE - 65. – Les neuf frères sont arrivés dans la maison de Jacob ; ils lui racontent ce qui leur est advenu- et la volonté exprimée par le gouverneur de l'Égypte de voir leur plus jeune frère. L'un d'eux parle à son père, chapeau bas et fléchissant le genou. Jacob assis dans un fauteuil à la porte de   

Notes
(1) Gen., XLII, 25
(2) Gen., XLII, 26.
(3) Gen., XLII, 27, 28.

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sa maison, met sa main droite sur sa poitrine, et semble dire : « Non descendet filius meus vobiscum » (1). Benjamin se cramponne à son père comme pour refuser de partir.
          MISÉRICORDE - 66. – Mais la famine s'est accrue, et Jacob, qui a fini par consentir à laisser partir Benjamin, renvoie ses fils avec des présents pour Joseph et une double somme d'argent, afin de restituer celle qui a été trouvée dans les sacs, de peur d'une méprise (2). Les neuf frères sont devant leur père, qui est toujours assis dans un fauteuil. Le patriarche présentant d'une main deux sacs d'écus, prend de l'autre Benjamin qui fait mine de résister, tandis que Juda debout, tête découverte, parle à son père pour répondre de la vie de l'enfant.
          MISÉRICORDE - 67. – Les fils de Jacob partent une seconde fois pour l'Égypte, emmenant Benjamin (3). Soit manque de place, soit inadvertance de l'imagier, ils ne sont que huit, plus Benjamin. Ils conduisent un âne. Juda, sans doute, tient l'enfant par la main, comme pour montrer qu'il l'a sous sa protection et sous sa responsabilité.
          MISÉRICORDE - 68. – Benjamin est présenté à Joseph (4). Toujours debout devant le même escabeau et la même maisonnette, celui-ci regarde d'un air affectueux son jeune frère qui fléchit le genou, tandis que Juda, au milieu des huit autres, pousse doucement l'enfant par l'épaule en soulevant son chapeau.
          MISÉRICORDE - Pl. LXXI. 69. – Joseph les ayant vus et Benjamin avec eux, dit à l'intendant de sa maison : Fais entrer ces hommes chez moi, tue des victimes et prépare un festin, car ils mangeront avec moi à midi (5). Tout le fond de la miséricorde est occupé par la maison de Joseph figurée par un vaste palais. Les frères y sont déjà presque tous entrés; le dernier franchit le seuil, tenant Benjamin par la main, tandis que Joseph parle à l'intendant, qui, en vêtements courts, l'écoute la tête découverte et pousse doucement Benjamin par l'épaule.
          MISÉRICORDE - 70. – Ils furent alors saisis de crainte et pensaient être de nouveau incarcérés à cause de l'argent trouvé dans les sacs. S'étant donc approchés de l'intendant, ils s'excusèrent comme ils purent (6 ). Ils ne sont que six, plus Benjamin, et semblent parler à l'intendant en avec des gestes suppliants. Presque tous ont les mains jointes; Benjamin est agenouillé. L'intendant les regarde avec bonté comme pour leur dire : « Votre Dieu et le Dieu de votre père vous a donné des trésors dans vos sacs; pour moi, je me tiens content de l'argent que vous m'avez donné » (7). Dans le fond, on aperçoit des maisons.
          MISÉRICORDE - 71. – Siméon tiré de la prison est amené avec eux, et on apporte de l'eau pour laver leurs pieds (8). Quatre frères de Joseph se tiennent debout à la porte du palais, figuré par un grand bâtiment crénelé; un cinquième est assis ayant devant lui un baquet plein d'eau, dans lequel un petit serviteur imberbe et pieds nus lui lave les pieds.
          MISÉRICORDE - 72. - Joseph étant entré, ils lui offrent des présents (9) et adorent prosternés jusqu'à terre (10). Joseph se tient debout à l'extérieur du palais crénelé qui occupe toute la largeur de la miséricorde ; cinq de ses frères   
Notes
(1) Gen., XLII, 29-38.
(2) Gen., XLIII, 1-15.
(3) Gen., XLIII, 8, 9, 15.
(4) Gen., XLIII, 15
(5) Gen., XLIII, 16, 17.
(6) Gen., XLIII, 19-22.
(7) Gen., XLIII, 23.
(8) Gen., XLIII, 23, 24.
(9) Gen., XLIII, 11.
(10) « Et adoraverunt proni in terram ». Gen., XLIII, 26.

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lui présentent humblement et en fléchissant le genou, des plats chargés de fruits : raisins, poires, figues, etc. (1).
          MISÉRICORDE - 73. – On servit Joseph à part, ses frères à part et les Égyptiens qui étaient avec eux encore à part, car il n'était pas permis aux Égyptiens de manger avec des Hébreux. Ils s'assirent par rang d'âge, et furent très surpris de voir que la part de Benjamin était cinq fois plus forte que celle des autres (2). Nous sommes toujours à l'extérieur du palais crénelé : Joseph est assis seul à une table servie. Ses frères mangent à une autre. Faute de place, ils ne sont que quatre, parmi lesquels Benjamin, placé au haut bout de la table, et paraissant écouter Joseph qui lui parle.
          MISÉRICORDE - 74. – Le festin terminé, Joseph fait remplir les sacs de ses frères, et remettre comme la première fois l'argent au-dessus de chacun d'eux, plus sa coupe d'argent dans le sac du plus jeune (3). Toujours le palais crénelé faisant fond. Joseph debout, commande à trois serviteurs dont deux remplissent les sacs avec un boisseau ; le troisième cache dans un sac plein la coupe (4) et un sac d'écus.
          MISÉRICORDE - Pl. LXII. 75. – Dès le matin, Joseph les a fait partir. Quand ils furent sortis de la ville et un peu éloignés, il envoya son intendant à leur poursuite (5). Même décor. Joseph debout parle à l'intendant qui, armé d'un bâton, s'apprête à partir avec trois gardes coiffés de casques, vêtus et cuirassés à la romaine, dont l'un tient une hallebarde et un autre un objet brisé difficile à reconnaître.
          MISÉRICORDE - 76. – L'intendant et les gardes ont rejoint la caravane : trois sacs sont ouverts. Dans celui de Benjamin, on trouve le sac d'écus et la coupe de Joseph : elle a la forme d'un hanap couvert, analogue à celui qui est présenté au pharaon par le grand échanson, sur la rampe C 51 (6). L'intendant fait un geste à la fois surpris et peiné. Les cinq frères présents, plus Benjamin, qui joint les mains, semblent consternés, tandis qu'un des gardes étend les mains sur les deux premiers sacs, comme pour les saisir (7).
          MISÉRICORDE - 77. – Les fils de Jacob (8) sont retournés vers Joseph ; leurs protestations n'ont pas été entendues, Benjamin restera comme esclave ; Juda s'est offert à sa place, car le vieux Jacob ne survivra pas à une telle douleur. On est à l'entrée du palais, dont les murailles crénelées forment comme précédemment le fond de la composition. Joseph est debout étendant la main gauche et posant la droite sur sa poitrine. Aux dernières paroles de Juda, au souvenir de son père, il ne peut plus retenir ses larmes et crie le fameux « Ego sum Joseph » qui retentit dans toute la maison du pharaon. Ses frères l'entendent d'un air terrifié : trois, dont Benjamin, sont tombés à genoux, les autres joignent les mains (9).
Notes
(1) « Modicum resinae et mellis, et storacis, stactes et therebinthi, et amygdalarum », dit la Genèse (LXIII, 11).
(2) Gen., XL11I, 31-34.
(3) Gen., XLIV, 1, 2.
(4) Elle est brisée.
(5) Gen., XLIV, 4, 5.
(6) L'écriture appelle scyphus la coupe de Joseph qui a été ainsi interprétée par nos artistes.
(7) Gen., XLIV, 6-13.
(8) Il n'y en a que sept, faute de place. II fallait avant tout éviter l'encombrement dans cette scène, afin de bien faire ressortir la figure de Joseph.
(9) Gen., XLIV, 14-34 ; XLV, 1-3. - C'est à tort, à notre avis, que M.M. Jourdain et Duval n'ont pas voulu voir dans cette scène l' « Ego sum Joseph » lui-même, mais seulement Joseph accusant ses frères de vol. Le geste que fait Joseph, en mettant sa main sur sa poitrine est tout à fait significatif. Quant à dire que les artistes auraient craint de rester au-dessous du pathétique, nous ne pouvons l'admettre; ils n'ont pas reculé devant d'autres scènes plus dramatiques et plus difficiles à traduire.

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          MISÉRICORDE - 78. – Alors Joseph embrassa tous ses frères, en commençant par Benjamin (1). Tendrement penché sur le cou de Benjamin qu'il embrasse avec effusion, Joseph relève doucement l'enfant, les bras enlacés. Six autres frères sont présents dans des attitudes qui expriment les sentiments divers dont ils sont animés. Les murailles crénelées du palais se voient toujours à l'arrière-plan.
          MISÉRICORDE - 79. – Les enfants d'Israël sont retournés dans la terre de Chanaan auprès de leur père, et lui racontent ce qui s'est passé (2). Est-ce par inadvertance, est-ce intentionnellement? l'entailleur a encore ici placé le vaste palais crénelé qui sert de fond aux précédents sujets, mais qui n'exprime guère la pacifique demeure d'un patriarche. Les fils de Jacob, au nombre de cinq seulement, s'approchent de leur père avec respect : Juda, le chapeau bas, tient par la main le jeune Benjamin et le ramène au patriarche à qui il semble parler. Au nom de Joseph, Jacob s'est tout d'un coup dressé sur son fauteuil (3), mettant la main sur l'épaule de Juda, comme pour lui dire : « Est-ce bien vrai? »
          MISÉRICORDE - 8o. – Joseph avait demandé à ses frères de lui amener leur père, et celui-ci n'a pas hésité à partir (4). Il est arrivé devant le palais du pharaon, dont les murailles et les hautes tours crénelées occupent toujours le fond de la composition. Par une délicatesse exquise, Joseph qui, dans toutes les scènes précédentes, avait gardé fièrement son chapeau sur la tête, se découvre avec respect pour embrasser son père, tandis que le patriarche demeure couvert. Trois personnages diversement costumés, sans doute des frères de Joseph, sont des témoins émus.
          MISÉRICORDE - Pl. LXXIII. 81. – Joseph présenta ensuite son père et ses frères au pharaon, qui les fit établir dans la terre de Gessen, le pays le plus fertile de l'Egypte (5 ). A la porte d'un palais, le pharaon, le sceptre à la main, est assis dans un fauteuil en X à haut et riche dossier. Le vieux Jacob, tête découverte, fléchit le genou devant lui (6); il est accompagné de Joseph qui, debout, se découvre également. A droite et à gauche se tiennent deux personnages en costumes civils; peut-être des frères de Joseph ou des suivants du pharaon.
          MISÉRICORDE - 82. – Israël sentant sa fin prochaine, fit jurer à Joseph de ne point l'ensevelir en Égypte, mais, après sa mort, de le transporter dans le sépulcre de ses ancêtres (7). A la porte d'un palais crénelé, le patriarche est assis dans un fauteuil en X à haut et riche dossier de style Renaissance et lève la main. Joseph est près de lui, un genou en terre, soulevant son chapeau et posant sa main droite sur la cuisse de son père, pour jurer (8). A côté d'eux se tient un homme imberbe,
          MISÉRICORDE - 83. – Quelque temps après, Jacob étant tombé malade, Joseph lui amena Éphraïm et Manassé, les deux fils qu'il avait eus en Égypte (9). Dans une pièce dont le lambris est orné d'une jolie crête, et à l'extérieur      
Notes
(1) Gen., XLV, 14, 15.
(2) Gen., XLV, 25-28.
(3) « Quasi de gravi somno evigilans ». dit l'Écriture. Gen., XLV, 26.
(4) Gen., XLV, 13, 25-28; XLVI, 29.
(5) Gen., XLVII, 7-10
(6) MM. Jourdain et Duval ont pensé que par une interprétation littérale du "benedicens illi » de la Bible (Gen., XLVII, 7), l'artiste avait représenté Jacob bénissant le pharaon. Le geste du patriarche ne nous parait pas suffisamment caractérisé pour nous faire adopter cette explication. Il semble que si l'artiste avait voulu montrer clairement Jacob bénissant, il lui aurait fait lever davantage la main. Le geste qu'il fait est un geste que les artistes du moyen âge font faire souvent à un personnage qui parle à un autre avec déférence. Une autre raison nous parait péremptoire, c'est que c'est la main gauche qui fait le geste susdit.
(7) Gen., XLVII, 29-3I.
(8) La Bible dit : « Pone manum tuam sub femore meo ». Gels., XLVII, 29.
(9) Gen., XLVIII, 1-2.

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de laquelle on aperçoit un édifice crénelé, Jacob est étendu tout habillé sur un lit (1); à côté est un dressoir sur lequel un plat est posé. A l'arrivée de Joseph, qui entre tenant un de ses enfants de chaque main, le patriarche semble se ranimer et se dresse sur son séant (2). Une femme coiffée d'un bourrelet parait assister le malade.
          MISÉRICORDE - 84 (fig. 201). - Ces deux enfants, Jacob les a assimilés aux siens propres; puis il les a baisés et embrassés (3). Dans une pièce lambrissée à draperies plissées, en dehors de laquelle on aperçoit une maison avec pignon à gradins, Jacob est toujours étendu tout habillé sur son lit, à côté duquel se dresse une chaire à haut dossier. Près de lui se tient la femme à bourrelet. Il embrasse affectueusement l'un des enfants de Joseph, tandis que l'autre attend avec son père au pied du lit.
          MISÉRICORDE - 85 (fig. 189). – Alors Joseph ayant placé Ephraïm à sa droite, c'est-à-dire à la gauche d'Israël, et Manassé à sa gauche, soit à la droite de son père, les approcha tous deux de Jacob, lequel étendant sa main droite, la mit sur la tête d'Ephraïm qui était le plus jeune, et sa gauche sur la tête de Manassé qui était l'aîné, changeant ainsi ses mains de place (4). L'artiste ne s'est pas occupé de la manière dont il avait commencé à représenter Jacob, en tâchant de se conformer a la vérité historique; mais, pour cette scène où tout le moyen âge a vu le symbole de la croix de Jésus-Christ et de la préférence future donnée aux Gentils sur les Juifs (5), il a suivi la tradition iconographique la plus habituelle. A l'extérieur d'un vaste édifice qui tient toute la largeur de la miséricorde, avec un arbre à chaque extrémité. Jacob n'est plus au lit, mais assis dans une chaire monumentale. Manassé, reconnaissable à sa plus grande taille, cheveux longs et lisses, longue robe à larges manches fendues, est à genoux à la droite du patriarche, à sa gauche, Ephraïm, beaucoup plus petit, est   
Notes
(1) II faut remarquer dans cette miséricorde et dans la suivante, la manière dont le lit est traité en raccourci.
(2) « Confortatus ledit in lectulo » Gen., XLVIII, 2
(3) Gen., XLVIII, 13-20.
(4) Gen., XLVIII, 13-20
(5) Voy. CAHIER ET MARTIN Les Vitraux de Bourges, .pp. 19-25.

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debout, pour avoir sa tête à la même hauteur que celle de son frère. II a les cheveux crépus, et est vêtu d'une saie, avec bourse pendue à la ceinture. Le patriarche les bénit en croisant les mains, de sorte que la droite est sur la tête d'Ephraïm, tandis que la gauche est sur celle de Manassé. Joseph debout contemple la scène.
          MISÉRICORDE - 86. – Après quoi, Jacob dit à Joseph : Voilà que je vais mourir, et Dieu sera avec vous et il vous ramènera sur la terre de vos ancêtres. En plus de tes frères, je te donne la part de mes biens que de mon glaive et de mon arc j'ai prise sur les Amorrhéens (1). C'est très probablement cette promesse de Jacob que l'artiste a voulu figurer en nous montrant à l'extérieur d'un très joli et très curieux château, Jacob assis dans un fauteuil à haut dossier, parlant d'un air inspiré, et paraissant désigner du doigt quelque chose dans le lointain, à Joseph qui l'écoute respectueusement découvert, ses deux enfants derrière lui.

          RAMPE K 87 (pl. LXXXI, en Z). – Les circonstances solennelles de la mort de Jacob et de la célèbre prophétie qui l'a précédée (2) sont réparties sur les quatre groupes qui ornent le haut de cette rampe. Il est inutile d'en rappeler les détails, tout le monde les connaît.
          1er groupe (3). – Coiffé d'un turban par-dessus un bonnet et vêtu d'une longue robe à collet, Jacob (4) est assis dans un riche fauteuil en X, à haut dossier. Il parle : « Juda, tes frères te loueront, tu subjugueras tes ennemis, les enfants de ton père t'adoreront. Juda est un lionceau.... Le sceptre ne sera point ôté de Juda ni le prince de sa postérité jusqu'à ce qu'il soit venu celui qui doit être envoyé, et il sera l'attente des nations », etc. A ses côtés se tiennent un jeune enfant, Benjamin sans doute, tenant son chapeau à la main et un autre des fils de Jacob, que MM. Jourdain et Duval ont pensé être Joseph, mais qu'aucun insigne ne fait reconnaître. Ne serait-ce pas plutôt Juda, à qui s'adresse la plus importante partie de la prophétie d'Israël?
          2e groupe. – Six des enfants de Jacob, diversement vêtus et dans diverses attitudes, deux à genoux les mains jointes, d'autres assis (5), écoutent leur père avec respect.
Les deux derniers groupes, consacrés à la mort de Jacob, sont disposés en sens inverse.
          3e groupe (6). - Jacob, entièrement nu et coiffé seulement d'un mouchoir, amaigri par l'âge et la maladie (7), est couché dans un lit dont le haut dossier est à panneaux sculptés de draperies plissées et d'autres ornements; il est appuyé sur un coussin. A ses côtés se tient un de ses fils qui le soutient sous les épaules, en le regardant avec une profonde tristesse. Ce pourrait être Joseph, qui, dès que son père eut rendu le dernier soupir, se jeta en pleurant sur son visage qu'il couvrit de baisers (8). Au pied du lit, le jeune Benjamin, agenouillé et accablé de douleur, baise avec effusion les pieds du moribond.
          4e groupe. – Quatre autres fils de Jacob agenouillés et dans des attitudes marquant une profonde douleur, assistent à la mort de leur père.
Notes
(1) Gen., XLVIII, 21, 22.
(2) Gen., XLIX.
(3) Au haut du plus bas montant.
(4) Son bras gauche est brisé.
(5) Deux ont la tète brisée.
(6) Sur le plus haut montant.
(7) Le nu est traité d'une façon très remarquable.
(8) Gen., L., 1.

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Le long de la traverse supérieure de la rampe on a figuré des plantes, à travers lesquelles courent des chiens.
          MISERICORDE. - Pl. LXXIV. 87. – Nous avons vu (1) que la miséricorde qui occupe cette place devait se trouver primitivement parmi les stalles hautes supprimées au XVIII° Siècle à la suite de la stalle 56. Suivant MM. Jourdain et Duval, il faudrait placer ici la miséricorde qui occupe aujourd'hui le n° 43.
Au centre de la composition est un maçon qui construit une grosse tour cylindrique en carreaux de pierre de taille qu'il fixe sur le mortier en les frappant du manche de sa truelle. Il travaille dans l'intérieur même de la tour, sans échafaudages. Un manœuvre montant sur un plan incliné lui apporte du mortier dans un oiseau, un autre apporte des pierres toutes taillées. A droite et à gauche, sont quatre tailleurs de pierres. Tel est le sujet dans lequel MM. Jourdain et Duval ont voulu voir les Israélites multipliés en Égypte et occupés par le successeur du pharaon à de durs travaux de maçonnerie, et notamment à la construction des villes de Phiton et de Ramesses (2). C'est possible. Toutes les autres miséricordes qui ont été dérangées peuvent en effet retrouver leur place d'une façon précise, et c'est la seule qui reste pour remplir le no 87. Cependant il est extraordinaire que les auteurs des stalles aient choisi une tour pour figurer les constructions élevées en Égypte par les Hébreux. Il est certain que, prise isolément, la miséricorde qui nous occupe ferait du premier coup penser à la construction de la tour de Babel (3). Elle pourrait fort bien provenir d'une des stalles supprimées au XVIII° siècle, d'autant que l'histoire de la tour de Babel trouve sa place chronologique entre le Déluge; qui occupe la miséricorde, n° 1, et le sacrifice de Melchisedech, qui se trouve au n° 2 actuel, et qu'il est plus que probable que les auteurs des stalles n'ont eu garde de l'omettre.
          MISÉRICORDE - 88. – Quoi qu'il en soit, les miséricordes qui suivent sont consacrées à l'histoire de Moïse. N'ayant pu obtenir que les sage-femmes fissent périr à leur naissance tous les enfants mâles des Hébreux, le pharaon fit jeter ceux-ci dans le Nil (4). Du haut d'un pont à deux arches, deux soldats coiffés de barbutes ou de salades précipitent dans le fleuve deux enfants hébreux, l'un entièrement nu, l'autre emmaillotté. Les flots roulent des cadavres d'autres enfants. Le roi, costumé comme son prédécesseur, sceptre à la main et flanqué de deux graves personnages, assiste à l'exécution de ses ordres. Dans le fond, une grande muraille flanquée de tourelles figure les remparts d'une ville.
          MISÉRICORDE - 89. – Une femme de la tribu de Lévi enfanta un fils. Après l'avoir caché pendant trois mois, elle le mit dans une corbeille de jonc enduite de bitume et de poix, et l'exposa sur le Nil au milieu des roseaux du rivage. La sœur de l'enfant se tenait à distance, pour voir ce qui adviendrait (5). Le Nil serpente au milieu d'une campagne pittoresque, plantée d'arbres, dans laquelle on aperçoit un château et une maisonnette. La mère, coiffée d'un bourrelet, est agenouillée sur le rivage, et essuyant une larme, dépose sur les    
Notes
(1) Voy. ci-dessus, t. 44, P. 191.
(2) Exod., I, 11-14.
(3) Gen., XI, 1-9
(4) Exod., I, 22.
(5) Exod., II, 1-4.

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eaux une corbeille oblongue, dans laquelle est étendu un enfant au maillot. La sœur de l'enfant, portant la petite coiffure à la mode d'Anne de Bretagne, se tient sur l'autre rive.
          MISÉRICORDE - 90. – La fille du pharaon est venue avec ses compagnes se laver dans le fleuve : apercevant la corbeille au milieu des papyrus, elle se la fit apporter par une suivante. L'ayant ouverte, elle vit l'enfant qui criait, et elle en eut pitié, disant : « C'est quelque enfant des Hébreux » (1). Le fond de paysage diffère du précédent : arbres, maisons, châteaux sont répandus çà et là.
La princesse s'avance sur le bord du fleuve. Elle a un costume fort élégant robe à manches bouillonnées et décolletée en carré, avec un double rang de chaînes à la ceinture ; riche coiffure à deux cornes ornée sur les oreilles de volutes terminées en ailes d'oiseaux. Trois suivantes l'accompagnent : deux sont coiffées à la mode d'Anne de Bretagne. Agenouillée sur la rive, la troisième porte une coiffe qui fait penser à ce que nous appelons le bonnet à la Charlotte Corday. Elle tire l'enfant de la corbeille, sur l'ordre que la princesse paraît lui en donner. La sœur de l'enfant se tient à quelque distance.
          MISÉRICORDE - 91. – Celle-ci s'est approchée et a offert de procurer à l'enfant une nourrice israélite. C'est sa propre mère qu'elle amène au palais du pharaon (2). La chambre où elle est introduite est garnie d'un lambris à draperies plissées. Coiffée d'un mouchoir, elle porte à la ceinture un petit sac qui ressemble beaucoup à ce que de nos jours on appelle vulgairement un ridicule. Elle présente son sein à l'enfant qui le saisit. L'enfant est nu et porté par une femme élégamment vêtue d'une double jupe et coiffée du même bonnet que nous avons vu porter par une des suivantes de la princesse. Une autre femme coiffée à peu près de même entre derrière la mère de l'enfant. Accompagnée de trois suivantes s'avance la fille du pharaon qui semble dire à la mère : « Prends cet enfant et nourris-le pour moi : je te donnerai ta récompense ».
          MISÉRICORDE - 92. – Il semble que nos artistes se complaisent dans ces scènes intimes, sans penser que la place va leur manquer. Le charmant et naïf sujet que nous voyons fait évidemment double emploi, et il sort tout entier de l'imagination du tailleur d'images. Toujours la même pièce lambrissée, à l'extérieur de laquelle on aperçoit des maisons et des arbres. La mère de Moïse tient son enfant nu, qui suce sa mamelle avec appétit. Les trois suivantes et la fille du pharaon, qui met sa main sur le cou de la nourrice comme pour lui parler, semblent suivre l'opération avec le plus vif intérêt.
          MISÉRICORDE - 93. – Au milieu d'une campagne rocheuse et aride, où l'on aperçoit deux châteaux dont l'un est flanqué de tours carrées, l'enfant, déjà grandi et sur ses pieds, est rendu par sa mère à sa protectrice, devant qui il ôte poliment son petit chapeau. La fille du pharaon, le caressant doucement, l'adopte pour son fils, et lui donne le nom de Moïse, parce qu'elle l'a fait sortir de l'eau (3). Trois suivantes accompagnent la princesse; la sœur de l'enfant vient derrière sa mère, portant un petit panier à anse.
          MISÉRICORDE - 94. – Moïse devenu grand, retourna vers ses frères dont il vit l'affliction. Un Egyptien ayant un jour frappé devant lui un Hébreu, il le mit à mort et le cacha dans le sable (4). Deux actions consécutives sont figurées     
Notes
(1) Exod., II, 5-6.
(2) Exod., II, 7-9.
(3) Exod., II, 9, 10
(4) Exod., II, 11, 12.

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sur la même miséricorde. Au milieu d'un paysage planté d'arbres, d'un côté Moïse devenu jeune homme, mais encore imberbe, plonge un couteau (1) dans la gorge d'un Égyptien de grande stature, à longue barbe, coiffé d'un turban. Il est étendu à terre et Moïse lui pose le pied sur les reins. L'Hébreu, que l'Égyptien avait maltraité, semble s'éloigner en se tenant les reins et les côtes, comme s'il souffrait. Dans la seconde partie, Moïse enfouit dans le sable l'Égyptien dont on n'aperçoit déjà plus que la tête et les épaules.
          MISÉRICORDE - 95. – Le fait étant venu à la connaissance du pharaon, il chercha à faire périr Moïse, mais celui-ci s'enfuit au pays de Madian (2). C'est encore un double sujet. La moitié de la miséricorde, à la gauche du spectateur, représente une salle lambrissée au milieu de laquelle le pharaon est assis dans un fauteuil à riche et haut dossier. Un ministre se tient derrière lui, tandis qu'un autre, l'épée au côté, debout à la gauche du roi, semble lui parler, en soulevant son chapeau et en montrant de la main Moïse qui, dans la seconde moitié de la composition, s'enfuit à travers un pays planté d'arbres, au fond duquel on aperçoit deux châteaux. Il est tête nue, un bâton à la main, et relève légèrement son habit (3).
          RAMPE J 95 (pl. LXXXIV, en Z, et fig. 206). – 1er groupe (4). - Inspiré par Dieu, Aaron est allé au-devant de Moïse, et les deux frères se sont rencontrés, sur une montagne (5). Moïse, beaucoup plus âgé que dans les sujets précédents, portant une longue barbe, et tête nue, est déjà, par un anachronisme qu'on ne s'explique pas, muni de deux cornes figurées par deux excroissances qui lui poussent au haut de la tête (6). Il est vêtu d'une robe traînante, par-dessus laquelle en est une autre moins longue, à manches courtes et larges, fendue sur les côtés, ornée de franges et de galons et serrée à la taille par une écharpe. Aaron, ayant aussi une forte barbe, porte une longue robe, à pèlerine bordée d'un galon et de houppettes, une bourse à la ceinture et un riche collier de besants sur les épaules ; il tient son chapeau à la main. Les deux patriarches, la main dans la main (7), s'embrassent en se tenant par l'épaule. Un caniche aboie à leurs pieds.
          Ils vinrent ensemble et rassemblèrent les « anciens » d'Israël. Aaron leur répéta les paroles que le Seigneur avait dites à Moïse dans le Buisson ardent, fit des signes devant le peuple, et le peuple crut (8). C'est ce qui est figuré dans les trois derniers groupes.
          2e groupe (9). – Moïse et Aaron sont debout : Aaron, le chapeau sur la tête, Moïse toujours découvert et tenant sa verge (10). Aaron semble parler aux anciens d'Israël qui forment les deux groupes suivants.
          3e et 4e groupes. – Dix personnages, en deux groupes de cinq chacun, représentent les anciens d'Israël, dans diverses attitudes, les uns à genoux, d'autres assis, d'autres accroupis; tous ont la tête tournée vers le groupe          
Notes
(1) Il est brisé.
(2) Exod., II, 15.
(3) Le fait si connu et si important du Buisson ardent ne figure pas ici. II a été réservé, suivant la tradition, pour faire partie des quatre figures prophétiques de la Vierge Marie, en tête de l'histoire de celle-ci..
(4) Au haut du plus bas montant.
(5) Exod,, IV, 27, 28.
(6) Ce n'est, on le sait, qu'à la seconde descente du Sinaï, que la face de Moïse parut « cornuta ». Exod., XXXIV, 29 et seq. Les artistes ont pris à la lettre le texte de la Vulgate. Voy. JOURDAIN ET DUVAL, op. Cit.
(7) Elles sont brisées.
(8) Exod., IV, 24, 30.
(9) A l'extrémité du plus haut montant.
(10) Elle est brisée.

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précédent et paraissent écouter avec attention Aaron qui leur parle. Grande variété de coiffures chapeaux, turbans, bonnets carrés ; il faut particulièrement noter un chapeau muni de ce que nous appellerions un couvre-nuque.
Le long de la traverse supérieure, on voit des plantes, un caniche, une espèce de monstre à deux pattes et longue queue enroulée.
          RAMPE J. 96 (pl. LXXXIV, en Y). – Suivant l'ordre donné par Dieu, Moïse, Aaron et les « anciens » d'Israël sont allés trouver le pharaon, et lui ont demandé de laisser partir Israël pour sacrifier à son Dieu dans le désert (1).
          1er groupe (2). – Le pharaon est assis dans un fauteuil dont le dossier est couvert d'une draperie. Il n'a plus le même costume : il porte une longue robe à manches amples et col rabattu et, sur la tête, un bonnet à longues oreilles pointues terminées chacune par un gland ; par-dessus ce bonnet est posé un chapeau à larges bords, orné d'une enseigne et d'une couronne. De la main droite, il tient un sceptre (3). Il faut remarquer la coupe de sa barbe : il a le menton entièrement rasé, la moustache, qui est très forte, et le collier sont seuls conservés. Près de lui se tient un homme âgé, imberbe, robe fendue sur les côtés, avec un affiquet au haut de la fente, encapuchonné dans un chaperon à ample pèlerine, sur lequel est un chapeau.
          2e groupe. – Moïse, costumé comme précédemment, et Aaron beaucoup plus simplement vêtu, chapeau à enseigne sur la tête, sont agenouillés devant le roi figuré dans le groupe précédent, et à qui ils semblent parler. Un arbuste est entre eux deux, artifice habile pour remettre le groupe dans son galbe général et pour lui donner du corps.
          3e groupe. – Les « anciens » d'Israël assistant à l'entrevue (4). Ils sont au nombre de quatre : trois à genoux et un assis. Prenant le terme « seniores » de la Bible dans son sens littéral, l'artiste leur a donné l'air âgé. Deux ont le visage entièrement rasé; les deux autres ne portent que la moustache. Ils sont diversement vêtus et coiffés l'un d'un turban, un autre d'un mouchoir, les deux derniers de chapeaux.
          4e groupe (5). – Nos artistes, vu le peu de place qui leur reste, sont obligés d'aller beaucoup plus vite. Ils passeront souvent par-dessus les événements les plus saillants, les plus connus et les plus symboliques, pour en donner parfois de plus secondaires. Des plaies d'Égypte, par exemple, il n'est pas question, et nous arrivons tout de suite à la manducation de l'Agneau pascal (6). Trois Israélites mangent la Pâque debout autour d'une table rectangulaire portée sur des tréteaux, couverte d'une nappe ; et au milieu de laquelle l'agneau entier est servi sur un plat rond ; le reste du couvert se compose d'un tranchoir carré sur lequel, sont posés deux morceaux de viande, une coupe pleine de vin et une écuelle. Les convives sont diversement vêtus : l'un est chaussé de galoches à semelles épaisses, sans talons ni quartiers, dans lesquelles il a des chaussons ; un autre, de houseaux ; les robes sont longues, diversement fendues et découpées ; ils sont coiffés de chapeaux ou de bonnets    
Notes
(1) Exod., III, 18; v, I.
(2) A l'extrémité du plus haut montant.
(3) La partie supérieure du sceptre et la main gauche sont brisées.
(4) « Ingredierisque tu et seniores Israël ad regem Ægypti ". Exod., III, 18.
(5) Au Haut du plus bas montant.
(6) Exod., XII.

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et, suivant le texte biblique, ils tiennent des bâtons (1). Le long de la traverse supérieure se répandent des plantes, cinq monstres à deux pattes et longues queues, qui s'entrelacent et s'entremordent et deux autres à quatre pattes, dont l'un est muni d'une triple queue.
          MISERICORDE. - Pl. LXXV. 96. - Dieu ayant donc fait périr tous les premiers nés des Égyptiens, et celui du pharaon lui-même, celui-ci s'est enfin décidé à laisser partir les Israélites. Le peuple de Dieu s'est immédiatement mis en route. « Et le Seigneur marchait devant eux pour leur montrer le chemin; paraissant de jour comme une colonne de nuée, et de nuit comme une colonne de feu » (2). L'artiste a pris le texte sacré à la lettre et a représenté la « columna nubis » par une véritable colonne matérielle, de pierre ou de bois, avec base et chapiteau, posée horizontalement dans un nuage, au-dessus d'un désert sablonneux. Moïse se tient debout, sa verge à la main ; de l'autre côté, un autre personnage, Aaron sans doute, en moustaches seulement, vêtu d'un manteau à pèlerine fendu sur le devant, retroussé sur le bras, et coiffé d'un chapeau, dont le bord postérieur est rabattu sur la nuque, regarde la colonne descendre du ciel. A l'arrière-plan, quatre personnages munis de bâtons représentent les Israélites, parmi lesquels une femme coiffée d'un bourrelet tient d'une façon fort originale un enfant nu, à la mamelle, dans les plis de son manteau.
          MISÉRICORDE - 97. – Omettant le Passage de la Mer Rouge, nos artistes nous montrent tout de suite les Israélites occupés à ramasser la manne dans le désert (3). Dans le ciel apparaît une nuée : au milieu d'un désert aride, la manne est tombée figurée par de petits grains ronds comme des grêlons. Trois Israélites, deux hommes et une femme, la recueillent dans des pots à peu près de même dimension, qui figurent le « gomor » de l'Écriture. La femme, regardant la nuée mystérieuse, en emplit également sa robe, mais c'est en vain ; tout ce qu'on aura pris en plus de sa ration disparaîtra. Un quatrième personnage, Aaron, sans doute, en emplit un vase à deux anses beaucoup plus grand que les autres. C'est la manne qui sera conservée pour les générations futures.
          MISÉRICORDE - 98. – Aaron dépose dans le Tabernacle la manne qu'il a recueillie (4). A l'extérieur d'un grand édifice crénelé et flanqué de tours, Aaron est debout. Vêtu d'une longue robe à pèlerine, bordée d'un galon perlé, une espèce de turban sur la tête, il introduit l'urne remplie de manne dans l'Arche figurée par une véritable châsse en forme de cercueil, ornée de caissons sculptés et d'une crête. Cette châsse est posée sur un autel garni par en bas d'une plinthe moulurée, couvert d'une nappe et surmonté d'un retable. Deux personnages, l'un à la pèlerine déchiquetée et ôtant son chapeau à haute forme, l'autre coiffé d'une espèce de bonnet carré et tenant un livre fermé, assistent à genoux à la cérémonie.
          MISÉRICORDE - 99. – Les Hébreux sont parvenus et ont campé au pied du mont Sinaï. Moïse y est monté et a reçu la loi sur deux tables de pierre (5). Impatients de ne point le voir revenir, les Israélites ont forcé Aaron à fabriquer   

Notes
(1) La tète d'un de ces personnages est en partie brisée.
(2) Exod , XlI, XIII.
(3) Exod., XVI.
(4) Exod., XVI, 31.
(5) Exod., XIX-XXXI

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un veau d'or, à mettre devant lui un autel et à lui offrir des victimes (1). Ces deux actions simultanées sont représentées sur la même miséricorde.
          A la droite du spectateur, Moïse sur la montagne, est à genoux devant le Seigneur, qui apparaît à mi-corps dans un nuage. Le Père Éternel est barbu, vêtu d'une chape attachée par un riche fermail, nimbé et tenant un globe surmonté d'une croix. Moïse reçoit deux tables de ses mains. Elles ne paraissent-pas être en pierre (2), mais elles ressemblent aux tablettes de bois enduites de cire dont on se servait au moyen âge : elles sont de forme oblongue, cintrées par en haut, et entourées d'un encadrement.
          A gauche, les Israélites murmurent contre le retard de Moïse. Quatre individus diversement vêtus et dans diverses attitudes. L'un - est-ce Aaron? - a son manteau attaché sur le devant par une olive, avec robe découpée, bordée d'un galon et de bouffettes, chapeau sur la tête; un autre, en saie découpée par le bas, coiffé d'un bonnet par-dessus lequel est posé un chapeau, paraît parler au premier ; un troisième est tête nue. Le quatrième personnage est une femme à demi couchée, corset ouvert en carré, manteau rattaché sur l'épaule droite, bourrelet sur la tête. Un rocher surmonté d'un arbre sépare les deux sujets.
          MISÉRICORDE - 100. – Le Veau d'or (3). Sur un autel carré, porté par quatre colonnettes, s'élève une colonne cylindrique assez courte, au haut de laquelle le Veau d'or est placé. Deux hommes sont agenouillés les mains jointes aux deux extrémités de l'autel. L'un d'eux, portant une espèce de pèlerine à capuchon, est tête nue, l'autre a sur la tête un bonnet à oreilles terminées par de petits glands, et par-dessus, un chapeau orné d'un affiquet sur le devant, et d'un gland à son sommet. Un autre homme et une femme sont debout. Dans le fond, un ménestrel accroupi bat du tambourin. De l'autre côté de la miséricorde, Moïse descend de la montagne, et, apercevant le sacrilège, jette par terre les deux tables qui se brisent (4).
          MISÉRICORDE - 101. – « Et arrachant le veau qu'ils avaient fait, il le mit au feu, le réduisit en une poudre qu'il mélangea dans l'eau et la donna à boire aux enfants d'Israël » (5). Au milieu d'une campagne aride, à travers laquelle serpente un ruisseau, le Veau d'or descendu de son piédestal est posé directement sur l'autel, tandis que Moïse, armé d'un marteau, le met en pièces. Il donne les morceaux à un individu, qui les met dans un pli de son vêtement, pour les jeter ensuite dans un feu allumé derrière lui. Un autre personnage retire les cendres avec une pelle et les jette dans le ruisseau. Sur l'autre rive, deux Israélites (6), recueillent cette eau dans des écuelles et dans des pots, pour la boire.
          MISÉRICORDE - 102. – Dieu apaisé écrit la loi sur les nouvelles tables que Moïse lui a apportées (7). Bien que l'Ecriture dise formellement « duas tabulas », Moïse en tient quatre, deux dans une main et deux dans l'autre. Elles sont faites exactement comme les premières, mais elles ne sont point écrites. Dieu apparaît à mi-corps au milieu d'un nuage. Séparés de Moïse, comme tout à l'heure, par un rocher surmonté d'un arbre, les Israélites figurés par trois personnages, deux hommes et une femme, semblent attendre, cette fois patiemment.
Notes
(1) Exod., XXXII, 1-6.
(2) « Duas tabulas testimonii lapideas ». Exod., XXXI, 18. - Deut., IX, 10, 11.
(3) Exod., XXXII, 15-19.
(4) « Vidit vitulum et choros, iratusque valde, projecit de manu tabulas et confregit eas ad radicem montis ». Exod., XXXII, 19.
(5) Exod., XXXII, 20. '
(6) L'un d'eux a la tête brisée.
(7) Exod., XXXIV.

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          La fin de l'Exode, notamment la construction et la consécration du Tabernacle n'ont pu trouver place, et nous arrivons tout de suite au Lévitique auquel d'ailleurs ne seront faits que fort peu d'emprunts.
          MISÉRICORDE - 103. – « Nadab et Abiu, fils d'Aaron, ayant pris leurs encensoirs, y mirent du feu et de l'encens dessus, offrant devant le Seigneur un feu étranger qui ne leur avait point été commandé. Et un feu sorti du Seigneur les dévora et ils moururent devant le Seigneur » (1). Devant un grand édifice crénelé, flanqué de tours, à côté duquel on aperçoit une maisonnette, est placé un autel à retable couvert d'une nappe et orné de deux jolis chandeliers à piques, sans cierges. Deux flammes partent du milieu de l'autel, aux deux côtés duquel Nadab et Abiu, tous deux imberbes et vêtus de l'amict et de l'aube serrée à la taille (2), coiffés l'un d'un turban, l'autre d'un bonnet qui ressemble assez à un béret, et tenant des encensoirs, tombent à la renverse. L'un d'eux reçoit une flamme dans la poitrine.
          MISÉRICORDE - 104. – Plusieurs passages des livres saints font allusion au culte idolâtre que certains Israélites rendaient à Moloch, divinité des Ammonites. D'après l'opinion la plus répandue, Moloch était une colossale statue en métal creux, représentant un veau, que l'on faisait chauffer jusqu'à l'incandescence, et dans la gueule de laquelle on précipitait des enfants (3). Nous voyons donc une énorme tête de veau ou plutôt de bœuf cornu, la gueule largement ouverte, garnie d'une rangée de dents, et vomissant des flammes. Elle engloutit un jeune enfant tête nue, et chaussé de poulaines, qui joint les mains. Une mère amène un gentil petit garçon, tête et pieds nus et qui joint aussi les mains d'un air innocent et candide. Le père les suit les mains jointes. Une autre mère accourt apportant un petit enfant au maillot qu'elle semble regarder avec amour et regret. Comme MM. Jourdain et Duval le font très justement observer, l'idole a une très grande analogie avec l'entrée de l'enfer telle qu'on la représentait dans les Jugements derniers, au XIII° siècle (4).
Pour plusieurs des derniers sujets, l'ordre chronologique n'est plus, on ne sait pourquoi, suivi d'une façon rigoureuse.
          MISÉRICORDE - Pl. XLVI. 105. – Israël avait encore murmuré contre Dieu et contre Moïse, « c'est pourquoi Dieu envoya contre le peuple des serpents enflammés : plusieurs en furent tués et blessés, et ils vinrent à Moïse et lui dirent : Nous avons péché en parlant contre Dieu et contre toi; prie-le qu'il nous délivre des serpents. Et Moïse pria pour le peuple ». Sur l'ordre du Seigneur, il fit un serpent d'airain, et le plaça comme un signe. Ceux qui le regardaient étaient guéris de leurs morsures (5). Le serpent d'airain, figuré par un dragon à deux pattes et ailé, est placé au haut d'une colonne posée elle-même sur un autel carré porté par quatre colonnettes. Moïse le montre de sa verge à des Hébreux qui s'approchent, se débattant contre des serpents qui cherchent à les mordre. Un autre Israélite – on ne sait si c'est par hasard ou avec intention, mais il a un type sémitique admirablement réussi – s'approche du serpent en étendant les bras et fléchissant le genou d'un air qui exprime la reconnaissance.   
Notes
(1) Lévit., x, 1, 2.
(2) « Vestitos lineis tunicis » Lévit., X, 5
(3) « De semine tuo non dabis ut consecretur idolo Moloch ».. Lévit., XVIII, 21.-Voy. aussi Lévit., XX, 2-5.– « Ut nemo consecraret filium suum aut filiam per ignem Moloch ». IV Reg., XXIII, 10. - Ezech., XVI, 20, 21, etc..
(4) Voy. ci-dessus, t. 1, p. 375.
(5) Num., XXI, 5-9).

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Une femme lui met la main sur l'épaule. La scène se passe au milieu d'une campagne plantée d'arbres, dans le fond de laquelle ou aperçoit deux châteaux flanqués de tours.
          MISÉRICORDE - 106. – C'est au chapitre précédent du livre des Nombres, que se trouve le récit du fait bien connu qui fait le sujet de cette miséricorde. Les Israélites arrivés au désert de Sin murmuraient de manquer d'eau. Sur l'ordre de Dieu, Moïse frappa une pierre de sa verge, et l'eau en sortit avec abondance (1). Dans une campagne plantée d'arbres, Moïse frappe de sa verge une pierre quadrangulaire, qui a presque la forme d'un autel, et d'où jaillissent trois courants d'eau. Six personnages diversement vêtus, trois de chaque côté, contemplent la scène avec des expressions de surprise.
          RAMPE I 106 (pl. LXXXIII, en Z). - 1er groupe (2). - Il faut remonter encore plus haut dans le livre des Nombres pour trouver le sujet ici représenté. Pas n'est besoin de rappeler comment Moïse envoya un homme de chaque tribu explorer la Terre promise, et comment ceux-ci revinrent rapportant, entre autres fruits magnifiques, une branche de vigne avec sa grappe portée par deux hommes sur un brancard (3). L'un des deux hommes est vêtu d'une double robe richement galonnée et gemmée. La robe de l'autre est traînante et serrée à la taille. Ils portent sur leurs épaules un gros bâton noueux auquel une grappe colossale est suspendue. Deux arbustes croissent à leurs pieds.
Le reste de cette rampe et la suivante sont consacrés à l'histoire de Samson (4).
          2e groupe. – Le sujet figuré n'est pas à sa place chronologique, qui devrait être entre les 2e et 3e groupes de la rampe I 101 ; c'est probablement pour faire pendant au dernier de ceux-ci qu'il a été mis à cet endroit. Pour ne pas interrompre la suite des sujets, nous le décrirons à son temps.
          3° groupe. – Samson met en pièces un jeune lion qui se jetait sur lui (5). Barbu, bras et jambes nus, il n'a pour vêtement qu'une longue tunique fendue par devant, à larges manches et serrée à la taille, sans doute pour montrer qu'il ne tirait sa force que de l'esprit du Seigneur. Sa longue chevelure est retenue par un bandeau noué par derrière. Il vient de terrasser le lion dont il écarte de ses mains les deux mâchoires.
          4e groupe (6). – Samson avait détruit les moissons des Philistins en y lâchant des renards dont il avait enflammé les queues. Pour se venger, les Philistins sont montés dans la terre de Juda afin de s'emparer de lui, mais Samson, armé d'une mâchoire d'âne, leur tua mille hommes (7). Un bras levé (8), Samson s'apprête à frapper sur un Philistin qu'il tient terrassé, en s'appuyant sur un autre à l'air jeune, richement vêtu, et déjà mort. Deux cadavres gisent sous lui.
          Le long de la traverse supérieure croissent diverses plantes.
Notes
(1) Num., XX, 1-11.
(2) Sur le plus bas montant.
(3) Num., XIII, 24.
(4) Jud., XIII-XVI.
(5) Jud., XIV, 5, 6.
(6) Sur le plus haut montant.
(7) Jud.. XV, 9-17.
(8) Il est brisé. C'est celui qui tenait la mâchoire d'âne dont on voit encore un morceau attaché à la robe de Samson.
(9) Sur le montant le plus élevé.

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          RAMPE I 107 (pl. LXXXIII, en Y). - 1er groupe (9). - Samson souffrit alors
d'une soif ardente : le Seigneur ouvrit une molaire de la mâchoire d'âne, des eaux en sortirent et Samson put en boire et reprendre des forces (1). Samson (2), est à genoux, en prières devant un rocher planté d'arbres, sur lequel est posée la mâchoire d'âne, de la molaire de laquelle s'échappe un filet d'eau.
          2e groupe. – Samson était allé passer la nuit chez une courtisane dans la ville de Gaza; avertis de sa présence, les Philistins fermèrent les portes et y placèrent des gardes afin de le tuer lorsqu'il sortirait. Samson dormit jusqu'à minuit, et s'étant levé, saisit les deux battants de la porte avec les jambages et la serrure; les ayant chargés sur ses épaules, il alla les porter au haut de la montagne qui regarde Hébron (3). Fléchissant les genoux et portant sous chaque bras un vantail de porte solidement bâti avec ses gonds, pentures, boulons, etc., Samson se dirige vers le haut de la rampe.
          Samson aima une femme, appelée Dalila. Les princes des Philistins tâchèrent de savoir par elle le secret de la force extraordinaire dont il était doué. Après plusieurs fausses réponses, Samson dit à Dalila : Si tu enlaces sept cheveux de ma tête avec de la trame et si tu les attaches à un clou fiché en terre, je serai faible. Dalila l'expérimenta vainement (4). C'est évidemment cette tentative infructueuse qui est représentée dans le groupe de la rampe I 106 (pl. LXXXIII, en Z), faisant pendant à celui que nous allons décrire (5). Dalila est très richement costumée comme une « femme de vie dissolute » qu'elle est : robe à traîne couverte d'une seconde jupe beaucoup plus courte, d'une étoffe raide, taillée en écusson par devant et par derrière, bordée d'un large galon, avec un affiquet dans l'angle formé par la rencontre des deux écussons; corset ouvert en pointe devant et derrière avec bouillons aux emmanchures; sur sa tête un couvre-chef qui cache entièrement sa chevelure, et par-dessus lequel est posé un chapeau à larges bords orné de deux enseignes. Elle est à demi couchée, et Samson est étendu sur ses genoux : longue chevelure, forte barbe, traits énergiques, il n'a pas ce vêtement sommaire que nous lui voyons dans les autres groupes mais il est entièrement couvert d'une armure de plates, avec gantelets et solerets à bec de cane; par-dessus cette armure est drapé un manteau. Il est endormi, ivre sans doute, car deux pots sont à côté de lui, l'un couvert, l'autre sans couvercle et rempli de vin. D'une main, Dalila lui pose sur la tête un instrument qui est malheureusement brisé; son autre bras a aussi disparu. Elle était sans doute occupée à entortiller sept cheveux de son amant dans une trame et à les attacher à un clou.
          3° groupe (pl. LXXXIII, en Y). – Plusieurs fois déçue, Dalila a renouvelé ses instances et a fini par arracher à Samson la vérité. Si sa tête vient à être rasée toute sa force s'en ira. Elle le fait donc dormir sur ses genoux, la tête penchée sur son sein, elle fait venir un barbier, fait raser sept cheveux de son amant et appelle les Philistins (6). Samson a repris son premier costume. Il est endormi couché à plat ventre sur les genoux de sa maîtresse qui, sans s'être donné la peine de faire venir un barbier (7), fait elle-même l'opération au moyen d'un rasoir dont la forme est assez curieuse. Le costume de Dalila, toujours fort    
Notes
(1) Jud.. XV, 17-19.
(2) Une partie du bas du visage est brisée.
(3) Jud., XVI. 1-3.
(4) Jud., XVI, 4-13.
(5) Voy. ci-dessus, t. II, p. 206.
(6) Judic., XVI, 16-19.
(7) « Vocavitque tonsorem », Jud., XVI, 19.

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élégant, diffère du précédent. Sa longue robe serrée à la taille, est ouverte en carré sur la poitrine, laissant voir les plis d'une chemisette, et en pointe avec revers dans le dos ; elle a des manches à gigot tailladées aux poignets. Sa coiffure n'a pas changé.
          4e groupe (1). – Les Philistins se sont sans peine emparés de Samson, lui ont crevé les yeux et l'ont emmené enchaîné prisonnier à Gaza (2). Ce ne sont pas sept cheveux, ni même sept mèches de cheveux (3) qui ont été coupés à Samson, mais toute la chevelure. Il est debout, le crâne complètement dénudé, mais la barbe encore entière, les yeux crevés; il fait réellement pitié. Les mains et les bras liés par des cordes, il est tenu par deux soldats : l'un porte par-dessus une robe fort riche qui descend jusqu'aux mollets, une cuirasse avec épaulières et lanières retombant sur les avant-bras, et est coiffé d'un casque. L'autre vêtu à peu près de même, est drapé dans un ample manteau.
          Le long de la traverse supérieure croissent diverses plantes, à travers lesquelles se promènent un chien, un oiseau à longue queue et un escargot.

          Les quatre dernières miséricordes sont consacrées à l'histoire de David, ou plutôt de sa victoire sur Goliath. Rappelons brièvement les faits. Les Philistins avaient assemblé toutes leurs troupes pour combattre, et campaient entre Socho et Azeca. Saül et les enfants d'Israël vinrent dans la vallée de Térébinthe et disposèrent leur armée pour les combattre. Les Philistins étaient d'un côté sur une montagne, et Israël de l'autre, sur une autre hauteur. Un bâtard sortit du camp des Philistins. Il s'appelait Goliath, il avait six coudées et une palme de haut, et il défiait tous les Hébreux en combat singulier, mais nul n'osait se mesurer avec lui. David, le plus jeune des enfants d'Isaï, avait été envoyé par son père vers ses frères qui étaient au camp de Saül, pour leur apporter des vivres et savoir de leurs nouvelles. Il vit alors Goliath sortir du camp des Philistins pour réitérer son défi et tous les Israélites s'enfuir à sa vue transis de peur. Il s'offrit à aller le combattre. Saül lui objectant sa jeunesse, il lui répondit : Ton serviteur faisait paître le troupeau de son père ; venait un lion ou un ours qui enlevait un bélier, je les poursuivais, je les frappais, je leur arrachais leur proie, s'ils se retournaient contre moi, je les attrapais au menton et les étranglais. Saül revêtit David de ses propres armes, mais David peu accoutumé à une telle charge ne pouvait plus marcher; il s'en défit donc et marcha sur le Philistin armé seulement de son bâton, de sa fronde et de cinq pierres bien polies qu'il avait prises dans le torrent et mises dans sa besace de berger. Lorsque Goliath aperçut David, il le méprisa : c'était un jeune homme roux, d'une belle figure. Mais David mit la main à sa besace, en tira une pierre, la lança avec sa fronde, et frappa le Philistin au front; la pierre s'y enfonça et le géant tomba le visage contre terre. Mais comme David n'avait point d'épée, il courut sur le Philistin dont il tira l'épée du fourreau, et lui trancha la tête. Les Philistins voyant que le plus fort d'entre eux n'était plus, prirent la fuite (4).

          MISÉRICORDE - Pl. LXXVI. 107. – Au milieu d'une prairie plantée d'arbres, où l'on aperçoit châteaux et maisons, David, jeune et imberbe,            

Notes
(1) Sur le plus bas montant.
(2) Ad., XVI, 21.
(3) « Rasit septem crines ejus ». Jud., XVI, 19.
(4) I, Reg., XVII.

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chaussé de houseaux et vêtu d'une saie fendue sur le côté avec plastron attaché sous les épaules par des aiguillettes, besace frangée à la ceinture (1), sa houlette à terre à côté de lui, lutte contre un lion dont il écarte les mâchoires (2), à peu près de la même manière que nous avons vu le faire par Samson (3). Dans l'ardeur de la lutte, son chapeau tombe à terre. Survient un ours qui aura bientôt le même sort. Les moutons d'Isaï paissent tranquillement à droite et à gauche; deux béliers luttent du front.
          MISÉRICORDE - 108. – David en présence de Saül s'offre pour aller combattre le Philistin. Une salle du palais de Saül, à l'extérieur de laquelle on aperçoit un arbre; d'un côté une porte, de l'autre, un joli dressoir sur lequel sont placées deux écuelles. Saül, vieillard à longue barbe, vêtu d'une robé traînante à collet festonné et coiffé d'un haut chapeau orné de la couronne royale et surmonté d'un rang de crevés et d'une boule, le sceptre à la main, est assis dans un fauteuil, accompagné de deux suivants ou ministres debout. Il étend la main gauche et semble écouter les paroles de David qui vient d'entrer, tenant son chapeau d'une main et sa houlette de l'autre.
          MISÉRICORDE - 109. – Goliath est frappé par la pierre. Au milieu d'un paysage avec arbres, châteaux et maisons, David, sa houlette d'une main et sa fronde de l'autre, regarde placidement Goliath qui, frappé à la tête, tombe à la renverse, soutenu par un guerrier. Le géant porte un costume de guerre extrêmement compliqué où l'on a évidemment cherché à rendre la description détaillée qu'en donne l'Écriture armures de plates aux jambes (4), long haubergeon par-dessus lequel est une grande cuirasse imbriquée, articulée (une brigandine?) et garnie de tassettes (5), avec brassards, gantelets et spallières, casque à rosettes sur les tempes (6), ceinturon et épée au fourreau, pendue au côté (7). Il porte un longue barbe. Un soldat le soutient dans ses bras.
          MISÉRICORDE - 110 (8). – Le décor est à peu près semblable au précédent. Le Philistin est étendu à terre, la tête découverte, son casque roulant à côté de lui. Ce casque diffère légèrement de celui de la précédente miséricorde : il est agrémenté d'espèces d'ailes sur les côtés. David prenant le géant par la chevelure, lui tranche la tête avec la propre épée de celui-ci (9). Les Philistins, figurés par deux guerriers vêtus d'armures, de casques et de manteaux, armés de lances et d'épées, prennent la fuite.
Il est impossible de deviner ce qui pouvait être représenté sur les deux dernières miséricordes supprimées au XVIII° siècle. Quoi qu'il en soit, l'histoire de l'Ancien Testament se termine par celle de Job qui occupe les cinq groupes de la rampe H 110.
          RAMPE H 110 (pl. LXXVIII, en Z). – 1er groupe (10). – Job et sa famille dans la prospérité (fig. 202, en Z) (11). Respectable père de famille avec sa longue barbe et ses longs cheveux, une robe traînante à collet bordé d'un riche    
Notes
(1) « Pera pastoralis ». I. Reg., XVII, 40
(2) « Apprehendebam men tum eorum ». I Reg., XVII, 35.
(3) Rampe J 106, 3e groupe.
(4) « Ocreas aereas in cruribus ». I Reg.. XVII, 6.
(5) « Lorica squamata ». I Reg., XVII, 5.
(6) « Cassis aerea super caput ejus ». I Reg., XVII, 5.
(7) MM. Jourdain et Duval, op. cit.. parlent aussi de sa lance, mais nous n'en avons point vu.
(8) Cette miséricorde a été déplacée; elle occupe aujourd'hui le n° 55. – Celle qui se trouve ici devrait occuper le n° 43. (Voy. ci-dessus, t. II, PP- 184 et 189).
(9) Cf. une gravure sur bois du Josèphe, de la Guerre judaïque édité par Antoine Vérard, 1492.,
(10) Sur le montant â gauche du spectateur.
(11) Job, 1, 1-3.

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galon, son chapeau à mèche orné d'une enseigne, Job s'avance accompagné de son épouse, qui porte une élégante robe décolletée en carré par devant, et un bourrelet rattaché par une large gourmette ou écharpe. Autour d'eux se pressent leurs sept fils et leurs trois filles (1), de toutes les tailles et diversement costumés. Une des filles porte autour de la tête un bandeau orné de petits affiquets, une autre est coiffée à la mode d'Anne de Bretagne, la troisième d'un mouchoir. Deux bœufs et trois moutons couchés à leurs pieds synthétisent les sept mille brebis, les trois mille chameaux; les cinq cents paires de bœufs et les cinq cents ânesses qui composaient la fortune du saint homme (2). On est surpris que l'entailleur ait pu grouper sur un si petit espace douze personnages et cinq animaux qui n'y paraissent pas trop à l'étroit:
          2e groupe (3). – Satan a obtenu de Dieu le pouvoir d'éprouver Job. Il a perdu tous ses biens et tous ses enfants; une lèpre effroyable s'est emparée de tout son corps, et il est étendu sur un fumier, raclant ses plaies avec un tesson (4).

Notes
(1) « Natique sunt ei septem filii et tres filiae ». Job, 1, 2.
(2) Job, 1, 3.
(3) Sur la traverse.
(4) Job, I, 8-22; II, 1-8. – Les pauvres malades couchés sur des fumiers n'étaient pas chose inouie au xvi° s. En 1558, durant une peste, des échevins d'Amiens furent commis « pour faire loger ès hospitaulx... les pauvres gens malades, lesquelz sont couchez sur plusieurs fumiers et venelles de celliers en diverses rues de ceste ville, par grand pauvreté ». Arch. de la ville d'Am., BD 31, fol. 157.

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Job, couvert d'ulcères, entièrement nu, est assis sur un tas de fumier. Ses mains jointes et l'expression de son visage tourné vers le Père Éternel qui est au groupe suivant, peignent les sentiments de résignation dont il est animé. Derrière le fumier, ricane Satan, monstre entièrement nu, à figure humaine horriblement grimaçante, le corps couvert de verrues, cornes de bœuf, oreilles d'âne, ailes de chauve-souris, visages monstrueux au bas du ventre et aux genoux, poils sur les reins et les cuisses, griffes d'oiseau en guise de pieds. Il tient dans ses mains une espèce de massue.
          3e groupe. – Le Père Éternel à mi-corps, au milieu de nuages, tête nue, longs cheveux, longue barbe, chape attachée sur la poitrine par un riche fermail, le globe du monde dans une main, étendant l'autre vers Job, au groupe précédent, qu'il regarde avec bienveillance.
          4e et 5e groupes. – Job tenté par sa femme et visité par ses amis (1). Job (2) est encore sur son fumier, mais accablé de tristesse. La main sur son visage, son attitude contraste avec l'air résigné qu'il avait précédemment. Il a le visage tourné vers ses amis et sa femme qui occupent le groupe suivant. Par derrière, Satan, exprime sa satisfaction par un rire effrayant, et s'apprête à frapper encore de son bâton noueux (3).
          La femme de Job (4) est vêtue d'une façon aussi riche que précédemment (5). Les amis du saint homme l'accompagnent au nombre de quatre. Diversement et somptueusement costumés, ils sont debout et regardent Job d'un air de pitié.
Notes
(1) Job, 11, 9-13
(2) Sur la traverse.
(3) Il est curieux de remarquer que cette tradition de représenter le diable ricanant derrière Job sur son fumier, s'est perpétuée jusqu'en plein XVIII° s., comme on peut le voir dans la vignette placée en tête du livre de Job dans la Bible en latin et en français par Lemaistre de Sacy, (Paris, 1717, 4 vol, in-fol.), t. I, p. 830
(4) Sur le montant, a droite du spectateur.
(5) La ruine de son mari ne parait pas l'avoir atteinte.

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